Pro­jet de loi sur les jeunes contre­ve­nants: non aux peines d’adultes

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Josianne Des­jar­dins josianne.des­jar­dins@trans­con­ti­nen­tal.ca

Des ado­les­cents qui ont com­mis des dé­lits s’op­posent au pro­jet de loi C-10. Une fois adop­té par le gou­ver­ne­ment Har­per, de nom­breux jeunes dé­lin­quants dé­cla­rés cou­pables de crimes graves éco­pe­ront de peines plus longues dans des pri­sons pour adultes.

« En nous en­voyant là-bas, la pri­son nous ser­vi­rait d’école du crime, nous se­rions avec des cri­mi­nels en­dur­cis qui nous ap­pren­draient à de­ve­nir des vrais cri­mi­nels », a lan­cé Ju­lien* lors d’un point de presse le 17 oc­tobre au Centre jeu­nesse de Mon­tréal-Ins­ti­tut uni­ver­si­taire (CJM-IU) de Ri­vière-des-Prai­ries.

Ce jeune purge sa peine de­puis plus d’un an dans ce centre de ré­adap­ta­tion parce qu’il « n’ar­ri­vait pas à gé­rer son agres­si­vi­té », a-t-il dit pour évi­ter de di­vul­guer la na­ture du crime grave qu’il a com­mis. Tou­te­fois, ce­lui-ci consi­dère qu’il s’agis­sait de la meilleure op­tion pour lui.

« Les jeunes n’au­raient pas les mêmes ser­vices en pri­son, ni des édu­ca­teurs pour les ai­der. Je sais que ce n’est pas tout le monde qui en a en­vie ou qui est prêt à se ré­ha­bi­li­ter, mais les édu­ca­teurs sont là pour ça », a-t-il pour­sui­vi.

Le pro­jet de loi C-10 ne don­ne­rait pas la chance aux jeunes de re­prendre le droit che­min, se­lon Mi­ckaël*, un autre ado­les­cent du centre qui s’est pro­non­cé sur le su­jet.

« Quand tu es jeune, ce que tu as ap­pris vient de tes pa­rents et tu es fa­ci­le­ment in­fluen­çable. La pri­son ne l’ai­de­ra pas, ça va juste l’en­dur­cir parce qu’il ne connai­tra rien d’autre. En centre jeu­nesse, on ap­prend qu’il n’y a pas juste la dé­lin­quance dans la vie », a-t-il té­moi­gné. Mi­ckaël bé­né­fi­cie entre autres de sor­ties pro­vi­soires pour ter­mi­ner ses études se­con­daires et tra­vailler à temps par­tiel.

« Pas né­ces­saire » de res­ser­rer la loi

Le CJM-IU ain­si que l’As­so­cia­tion des centres jeu­nesse du Qué­bec s’en­tendent pour dire que le pro­jet de loi C-10 consti­tue « un re­cul net » pour la ré­adap­ta­tion et la ré­in­ser­tion so­ciale de leur clien­tèle.

Le pro­jet de loi C-10, nom­mé la Loi sur la sé­cu­ri­té des rues et des com­mu­nau­tés, a été dé­po­sé par le gou­ver­ne­ment Har­per le 20 sep­tembre. Une fois adop­tée, la loi per­met­trait no­tam­ment aux pro­cu­reurs de la Cou­ronne d’as­su­jet­tir des jeunes contre­ve­nants trou­vés cou­pables de crimes graves à des peines pour adultes. Les pro­cu­reurs pour­raient aus­si au­to­ri­ser la pu­bli­ca­tion dans les mé­dias de l’iden­ti­té des mi­neurs qui ont com­mis ces crimes.

Pour Mi­chèle Goyette, di­rec­trice des ser­vices spé­cia­li­sés au CJM-IU, il n’est pas né­ces­saire de mo­di­fier la loi parce qu’elle « per­met dé­jà d’adres­ser l’ex­cep­tion à un jeune contre­ve­nant pour qu’il re­çoive une peine pour adultes ».

« On ne dit pas que ce n’est ja­mais per­ti­nent, mais ça ar­rive peut-être une fois par an­née où l’on se dit qu’on ne se­ra pas ca­pable de pro­té­ger la so­cié­té », af­firme-t-elle.

Mme Goyette s’in­quiète aus­si de l’ob­jec­tif du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral qui vise, par cette loi, à rendre pro­por­tion­nel la peine au délit com­mis.

« Un jeune peut avoir un ac­ci­dent de par­cours très im­por­tant. Je ne veut pas nier la gra­vi­té des crimes com­mis par des jeunes, mais il y a des élé­ments qui nous per­mettent de sa­voir qu’ils vont s’en sor­tir et qu’ils n’au­ront pas be­soin d’al­ler 25 ans en pri­son pour au­tant », s’in­surge-t-elle. En plus d’ac­cueillir plus de jeunes contre­ve­nants, Clé­ment La­porte, co­or­don­na­teur au centre d’ex­per­tise sur la dé­lin­quance des jeunes et les troubles de com­por­te­ment, es­time que les centres jeu­nesses de­vront chan­ger leur ap­proche pour res­sem­bler à de vé­ri­tables pri­sons avec l’adop­tion du pro­jet de loi C-10.

« On va de­voir trans­for­mer nos centres en mi­lieu car­cé­ral et mo­di­fier notre fa­çon de pen­ser. Il fau­dra aus­si as­su­rer plus de sé­cu­ri­té parce que les jeunes pour­raient po­ser des gestes vio­lents s’ils savent qu’ils sont condam­nés à la pri­son pour des an­nées », jus­ti­fie-t-il.

Par ailleurs, ce der­nier pense qu’en au­to­ri­sant la pu­bli­ca­tion du nom d’un ado­les­cent dé­lin­quant dans les mé­dias, « les jeunes les plus cri­mi­na­li­sés au­raient ten­dance à se glo­ri­fier » au­près des membres de ré­seaux cri­mi­nels.

M. La­porte in­siste sur l’ef­fi­ca­ci­té de la mis­sion pre­mière des centres jeu­nesse en­vers les jeunes contre­ve­nants et la po­pu­la­tion. « La pro­tec­tion du­rable du pu­blic passe par la ré­ha­bi­li­ta­tion des jeunes pour en faire des ci­toyens res­pon­sables et in­té­grés à la so­cié­té. Lors­qu’ils en sortent, ils ont fait leur temps et payer leur dette ».

*Noms fic­tifs

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