Un brin d’exo­tisme à Ma­rie-Vic­to­rin

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Le­duc-Fre­nette sa­muel.le­duc-fre­nette@trans­con­ti­nen­tal.ca

La Confé­rence des élus de Mon­tréal or­ga­ni­sait ré­cem­ment la Fête des étu­diants in­ter­na­tio­naux. Cet évé­ne­ment rap­pelle que si les uni­ver­si­tés mont­réa­laises bé­né­fi­cient d’im­por­tantes co­hortes d’étu­diants étran­gers, les cé­geps de la mé­tro­pole les comptent pra­ti­que­ment sur le bout de leurs doigts. L’In­for­ma­teur en a ren­con­tré quelques-uns au cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin.

« J’ai tou­jours vou­lu voya­gé au Ca­na­da », af­firme d’en­trée de jeu Ke­vin De­laurent, 24 ans, ré­cem­ment dé­mar­qué de Po­ly­né­sie fran­çaise pour étu­dier le gra­phisme. Ses col­lègues et lui—la tech­nique en gra­phisme est po­pu­laire au sein des étu­diants étran­gers—par­tagent à peu près tous le même avis à pro­pos de leur nou­veau pro­gramme d’étude : plus tech­nique, le gra­phisme au Qué­bec est aus­si plus ac­ces­sible et plus re­con­nu qu’en France.

« Dès la pre­mière an­née, on com­mence di­rec­te­ment en tech­nique », dit Pierre Al­loh, 27 ans. Ce der­nier a pas­sé une an­née dans un pro­gramme si­mi­laire à Pau, dans le sud de la France. Ce pro­gramme lui ap­pa­rais­sait peu­têtre trop abs­trait, sur­tout la pre­mière an­née, alors que les étu­diants n’abordent pas le cô­té tech­nique de cette forme d’art vi­suel.

Amou­reux de Pa­ris, Mon­tréal lui offre aus­si da­van­tage de pos­si­bi­li­tés que Pau. « Le dy­na­misme de la ville aus­si est une source d’ins­pi­ra­tion », laisse-t-il tom­ber.

De l’avis de M. De­laurent, la Po­ly­né­sie fran­çaise n’offre rien de com­pa­rable. « À Ta­hi­ti, il n’y a tout sim­ple­ment pas d’école de gra­phisme, men­tionne-t-il. On en fait un peu, mais ce n’est pas du gra­phisme en tant que tel. » En France, où il au­rait pu ten­ter sa chance, M. De­laurent a dû se ré­si­gner en voyant les coûts éle­vés exi­gés pour en­trer dans cer­taines écoles spé­cia­li­sées.

Ces étu­diants ont tra­ver­sé l’At­lan­tique au­tant pour la qua­li­té du pro­gramme au­quel ils se sont ins­crits que pour le mo­dèle d’édu­ca- tion ca­rac­té­ris­tique au Qué­bec.

« Au Ma­roc, quand on ar­rive au ly­cée, les trois der­nières an­nées sont plus dif­fi­ciles, es­time Ha­jar Mah­sous­si, 17 ans. Il n’y a pas de contact entre les élèves et les pro­fes­seurs. […] Ici, quand on a un pro­blème avec la ma­tière, on dis­cute avec le pro­fes­seur et il es­saie de nous ai­der. »

« C’est plus sti­mu­lant, il y a plus de moyens », ajoute de son cô­té Ro­mane Bri­card, une Fran­çaise de 19 ans. Cette der­nière trouve que les re­la­tions entre les pro­fes­seurs et les étu­diants sont meilleures qu’en France. Les en­sei­gnants qué­bé­cois lui pa­raissent plus pas­sion­nés par leur ma­tière que ceux des ly­cées fran­çais.

« Si tu n’es pas ca­pable de sup­por­ter ce fonc­tion­ne­ment-là, tu craques, in­dique Stan­ley Li­lon, 21 ans, en par­lant du sys­tème d’édu­ca­tion fran­çais. Ici, les pro­fes­seurs ne veulent vrai­ment pas qu’on échoue un pro­gramme qu’on a choi­si. »

Si ces étu­diants n’ont que de bons mots pour le pro­gramme d’étude qu’ils ont choi­si, ils sont conscients que beau­coup de tra­vail les at­tend pour s’adap­ter plei­ne­ment à leur so­cié­té d’ac­cueil. Mais le plus dif­fi­cile de­meure sou­vent de pas­ser au tra­vers de toute la pa­pe­rasse ad­mi­nis­tra­tive né­ces­saire pour ob­te­nir un vi­sa de sé­jour.

On nous me­nace constam­ment de re­je­ter notre dos­sier s’il manque un pa­pier, s’ob­jecte M. Li­lon. Les étu­diants doivent aus­si prou­ver qu’ils ont les reins as­sez so­lides pour pou­voir sub­ve­nir à leurs be­soins pen­dant toutes ces an­nées.

Mais la plu­part de­meurent convain­cus que leur sé­jour vaut toutes ces dé­marches. Veulent- ils res­ter? Quelques-uns as­surent que oui. « J’ai­me­rais bien tra­vailler ici, si­gnale M. Al­loh. Du moins, pen­dant un cer­tain temps. »

Le cé­gep s’in­ter­na­tio­na­lise

Les 48 cé­geps membres de la Fé­dé­ra­tion adhèrent tous à Cé­gep in­ter­na­tio­nal, un or­ga­nisme fon­dé en 1992 qui vise à fa­vo­ri­ser les échanges entre les étu­diants qué­bé­cois et étran­gers.

En 2010, 33 des 39 cé­geps ayant ré­pon­du à une en­quête me­née par l’or­ga­nisme ont af­fir­mé em­ployer au moins une per­sonne au re­cru­te­ment des étu­diants étran­gers.

Il s’agit de l’une des tâches de Jean-Pierre Mi­ron, di­rec­teur au Bu­reau de dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal au cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin. Se­lon lui, en­vi­ron une tren­taine d’étu­diants étran­gers s’ins­crivent chaque an­née à son éta­blis­se­ment.

Même si ce chiffre peut pa­raître faible par rap­port aux presque 4000 étu­diants ins­crits cette an­née, M. Mi­ron croit que ce n’est pas une prio­ri­té pour Ma­rie-Vic­to­rin, qui ne doit pas com­pen­ser une pé­nu­rie de cé­gé­piens comme il peut y en avoir à l’ex­té­rieur des centres ur­bains.

Pour l’an­née sco­laire 2011-2012, la très forte ma­jo­ri­té des étu­diants étran­gers à Ma­rieVic­to­rin sont Fran­çais (23). Pour le reste, le Ma­roc, le Ca­me­roun, la Co­lom­bie, La Réunion, la Mar­ti­nique, le Rwan­da, Haï­ti et la Gua­de­loupe ont cha­cun un re­pré­sen­tant.

(Pho­to : Pa­trick Des­champs)

Ha­jar Mah­sous­si et Ro­mane Bri­card (à l'avant-plan) et Ke­vin De­laurent, Jean-Pierre Mi­ron et Pierre Al­loh (à l'ar­rière-plan).

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