Pa­blo Ro­dri­guez, six mois après le dé­luge

L’an­cien dé­pu­té d’Ho­no­ré-Mer­cier tra­vaille dans l’in­dus­trie de l’en­vi­ron­ne­ment

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Le­duc-Fre­nette sa­muel.le­duc-fre­nette@trans­con­ti­nen­tal.ca

Le 2 mai der­nier, lors des élec­tions fé­dé­rales, Pa­blo Ro­dri­guez a per­du le poste de dé­pu­té d’Ho­no­ré-Mer­cier qu’il oc­cu­pait de­puis sept ans. Après avoir pas­sé des va­cances d’été bien rem­plies, il s’est at­ta­qué à un nou­veau dé­fi en sep­tembre : il est main­te­nant pré­si­dent­di­rec­teur gé­né­ral d’Eco­lo­mon­do, une en­tre­prise ver­sée dans la re­cherche et le dé­ve­lop­pe­ment en­vi­ron­ne­men­tal. L’In­for­ma­teur l’a ren­con­tré dans ses nou­veaux bureaux de SaintLaurent.

« De quel droit est-ce qu’on peut dé­truire la pla­nète au­jourd’hui? » , se de­mande M. Ro­dri­guez lorsque ques­tion­né sur les va­leurs qui l’animent. Ce­lui qui a pas­sé 14 ans dans le do­maine du dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal, no­tam­ment à Ox­fam, en­tend bien consa­crer sa vie après la po­li­tique à des causes avec les­quelles il est en ac­cord.

« Il fal­lait qu’il y ait un lien, dit-il. Le do­maine d’ac­tion d’Eco­lo­mon­do cor­res­pond à mes va­leurs. » L’en­tre­prise de Con­tre­coeur, dont le siège so­cial est à Saint-Laurent, est al­lée le re­cru­ter. Il en est pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de­puis sep­tembre.

« C’est un concept qui a à mon avis un ave­nir très pro­met­teur », lance-t-il au jour­na­liste dès qu’il passe le pas de la porte de son bu­reau. L’en­tre­prise a éla­bo­ré un concept d’« usine clé en main » de re­cy­clage de ma­tières usa­gées comme les pneus. Les réacteurs de l’usine tirent de ces ma­tières de l’acier, du noir de car­bone, du gaz— qui fait fonc­tion­ner l’usine—et de l’huile.

Ba­che­lier en ad­mi­nis­tra­tion, M. Ro­dri­guez en est en­core à ap­prendre les ru­di­ments de cette science de la dé­com­po­si­tion ther­mique.

Mais re­ve­nons à la po­li­tique, qui n’est ja­mais bien loin dans toutes les conver­sa­tions qu’il en­tame. « Je n’ai au­cun re­gret ni pour la cam­pagne, ni pour les sept der­nières an­nées du­rant les­quelles j’étais en po­li­tique, laisse-t-il tom­ber. Je pense que per­sonne ne s’at­ten­dait à ce que la vague orange ait au­tant de force. »

Il ne s’y at­ten­dait pas, parce qu’en po­li­tique, il est in­con­ce­vable de pen­ser à la dé­faite. « Quelque part, il y a un deuil, il y a beau­coup de tris­tesse de sa­voir qu’il y a des gens qu’on ne re­ver­ra pas. Mais c’est la game. »

Le 3 mai au ma­tin, il n’avait plus d’em­ploi, de même que les cinq per­sonnes qu’il em­ployait à son bu­reau d’Ot­ta­wa ou à ce­lui de sa cir­cons­crip­tion. Des bureaux qu’il a d’ailleurs dû éva­cuer en un mois.

« Au len­de­main des élec­tions, j’ai eu plu­sieurs offres, et je me consi­dère comme très chan­ceux, es­time-t-il. Mais la pre­mière chose que j’ai faite c’est d’es­sayer de pla­cer ma gang. » En d’autres termes, il ne vou­lait pas lais­ser tom­ber ceux qui l’avaient sou­te­nu de­puis de nom­breuses an­nées.

Lorsque le temps d’éva­luer les offres qu’il a re­çues—dans le sec­teur pri­vé au­tant qu’à d’autres ordres de gou­ver­ne­ment—est ve­nu, il a plu­tôt op­té pour un été calme, en fa­mille.

« C’était im­por­tant pour moi de prendre un cer­tain re­cul, dit-il. Après sept ans de tou­jours rouler à fond de train sept jours se­maine, je me suis dit que je vou­lais pas­ser du temps en fa­mille. »

Après quatre élec­tions, il pou­vait en­fin pas­ser un été com­plet en va­cances. Il pou­vait aus­si faire « des choses simples comme al­ler voir les matchs de soc­cer de [sa] fille. »

« Les fins de se­maine, je pou­vais voir mes chums, évoque-t-il. J’ai re­noué avec de vieux amis. »

Au re­tour des va­cances, « les offres sont de­meu­rées », dont celle d’Eco­lo­mon­do.

La po­li­tique jus­qu’au bout

M. Ro­dri­guez dit en­tre­te­nir en­core de nom­breux liens avec les or­ga­nismes de son an­cien com­té. « Il y a quelque chose de vrai­ment sin­cère qui s’est dé­ve­lop­pé de tout ça. »

Au­rait-il en­vie de faire à nou­veau le saut dans l’arène po­li­tique? « Je vais voir en­tre­temps, mais d’une fa­çon ou d’une autre, je ne se­rai ja­mais loin de la po­li­tique. »

Même s’il a été ap­pro­ché par quelques par­tis, il ne compte pas re­ve­nir, du moins pas à court terme.

« C’est le meilleur outil dont on dis­pose pour chan­ger la so­cié­té », rap­pelle-t-il comme pour jus­ti­fier son en­ga­ge­ment. La fi­gure du po­li­ti­cien bla­sé lui est étran­gère.

« Moi quand je suis ar­ri­vé là je me suis dit que j’al­lais chan­ger le monde, men­tionne-t-il. En­trer en po­li­tique t’amène une dose de réa­lisme, mais te donne en même temps les ou­tils pour t’ai­der. »

Pour l’ins­tant, M. Ro­dri­guez en­tend re­le­ver ce nou­veau dé­fi en­vi­ron­ne­men­tal, as­sis dans son bu­reau qui donne sur l’au­to­route 13.

(Photo : Pa­trick Des­champs)

Pa­blo Ro­dri­guez

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