« Ra­me­ner les gens à l’es­sen­tiel »

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Le­duc-Fre­nette

En ce temps des fêtes, beau­coup de Prai­ri­vois ont une pen­sée pour le Noël d’an­tan, ce­lui qui se cé­lé­brait en fa­mille au­tour d’un bon re­pas. À moins que ce ne soit pour le re­pas du jour de l’An, qui oc­cu­pait ja­dis une large place dans toutes ces fes­ti­vi­tés. Bien que seule­ment 3 % des pa­rois­siens fré­quentent en­core as­si­dû­ment les messes d’église, la messe de mi­nuit est tou­jours aus­si po­pu­laire. Un at­ta­che­ment à la tra­di­tion qui pour­rait tou­te­fois s’ef­fri­ter, laisse en­tendre le cu­ré des pa­roisses Saint-Jo­seph et Sainte-Marthe, Fer­nand Beau­lieu.

« Il y a un phé­no­mène qui est en­core pré­sent. C’est le cô­té spé­cial de la fête de Noël, in­siste M. Beau­lieu. Il y a les gens que tu ne ver­ras pas du reste de l’an­née, mais que tu vas ren­con­trer à Noël. »

Les rai­sons pour cette désaf­fec­tion sont nom­breuses. « Les gens ont mis de cô­té les va­leurs spi­ri­tuelles. On ne croit qu’en soi­même. On de­vient le centre. Ce qui fait qu’en ce mo­ment, on perd le sens, in­dique-t-il. Tout ce qui est re­li­gieux, tout ce qui est spi­ri­tuel, on le met de cô­té. »

En plus du scep­ti­cisme am­biant, qui est en par­fois en porte à faux avec la foi, la mul­ti­pli­ca­tion des centres d’in­té­rêt dis­perse l’at­ten­tion des pa­rois­siens. Ceux-ci ont donc moins de temps à consa­crer à leur église.

« Avec la com­mer­cia­li­sa­tion, il y a les bé­belles, les guir­landes, je di­rais même le père Noël qui nous dis­traient, qui nous em­pêchent de faire si­lence.

« Mal­heu­reu­se­ment, on a com­mer­cia­li­sé la fête de Noël, s’of­fusque-t-il. C’est ça que je trouve triste, parce qu’il y a des gens qui se sentent obli­gés de faire des ca­deaux. »

Pour­tant, se­lon lui, l’idée de Noël de­meure de cé­lé­brer la nais­sance du Ch­rist en fa­mille. « On est tous et toutes les en­fants du Père, di­til. Noël en pa­roisse, c’est de se re­trou­ver en­semble comme membres d’une même fa­mille. »

Ce qui est mal­heu­reux dans tout ça, c’est que beau­coup de jeunes n’au­ront pas de sou­ve­nirs du Noël d’an­tan, si­gnale-t-il. « Quand on sort de l’église, c’est plein d’autres choses. Ce qu’on es­saie d’évi­ter, c’est que c’est “le plein d’autres choses” qui reste en mé­moire. »

Au dé­tri­ment, jus­te­ment, des va­leurs dé­fen­dues par l’Église. « Est-ce que ça va du­rer et pas­ser à tra­vers les époques, on ne le sait pas. »

L’avent, une pé­riode de ques­tion­ne­ment

M. Beau­lieu croit qu’il faut prendre le temps de s’ar­rê­ter du­rant cette pé­riode. S’ar­rê­ter et son­ger à son che­mi­ne­ment spi­ri­tuel.

« Je de­man­dais aux en­fants c’est quoi le sens de Noël, dit-il en par­lant des jeunes qui suivent un par­cours ca­té­ché­tique à l’église. J’ai été agréa­ble­ment sur­pris. […] La pre­mière ré­ponse que j’ai eue c’est que Noël c’est la fête de nais­sance de Jé­sus. »

Comme chaque an­née, les quatre messes pré­cé­dant Noël, celles en fait qui cor­res­pondent à la pé­riode de l’avent, ont toutes un thème dif­fé­rent. Ces quatre thèmes servent à ré­flé­chir sur la nais­sance pro­chaine de Jé­sus.

« La pre­mière étape, ç’a été de dire aux gens que si on veut en­tendre la pa­role de Dieu, il faut ac­cep­ter de faire si­lence. On n’est pas dans un monde où on pri­vi­lé­gie le si­lence. Au contraire. Parce que si­lence veut dire ré­flexion, re­tour à l’in­té­rieur de soi-même. On est plus dans un monde où on nous in­vite au su­per­fi­ciel. On évite de nous ame­ner ou de nous faire vivre le si­lence. »

Le di­manche sui­vant a fait place au thème de la pa­tience. « Nous sommes dans un monde où ça te prend quelque chose ins­tan­ta­né­ment. »

Sauf que « le Sei­gneur prend son temps pour être cer­tain que tout le monde ait le temps de com­prendre et de se tour­ner vers lui, dé­ve­loppe-t-il. Ce qui nous amène avec la pa­tience à dé­ve­lop­per la to­lé­rance. »

Le troi­sième di­manche a été consa­cré au thème de la joie. Ain­si, l’as­pect fes­tif de la nais­sance de Jé­sus de­vrait être com­pa­rable à celle pro­vo­quée par la nais­sance de son propre en­fant.

En­fin, le der­nier thème, qui re­vient d’ailleurs an­née après an­née, est ce­lui de Ma­rie, la mère de Jé­sus.

« C’est par elle que Jé­sus ar­rive dans notre monde, ex­plique-t-il. Je trouve in­té­res­sant que Ma­rie re­çoive [Jé­sus] et qu’elle le donne au monde. »

Les quatre di­manches de l’avent étant pas­sés, M. Beau­lieu a ac­cueilli ses fi­dèles, comme de juste, les 24 et 25 dé­cembre, et les ac­cueille­ra de nou­veau le 31 dé­cembre et le 1er jan­vier.

(Pho­to : Pa­trick Des­champs)

Le cu­ré Fer­nand Beau­lieu, de­vant une crèche que des pa­rois­siens et lui ont construite plus tôt en dé­cembre.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.