L’état du fran­çais à Ri­vière-des-Prai­ries

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Fre­nett■Sa­muelLe­duc- e

Dans une étude pu­bliée l’au­tomne der­nier, l’Of­fice qué­bé­cois de la langue fran­çaise (OQLF) rap­por­tait que la moi­tié des ré­si­dents du quar­tier Ri­vière-des-Prai­ries uti­lisent le fran­çais à la maison. Ce­la, lors même que plus de 80 % des Pra­ri­vois disent connaître la langue de Mi­chel Trem­blay.

Cette si­tua­tion est en par­tie due à la forte com­mu­nau­té im­mi­grante de Ri­vière-desP­rai­ries. Un phé­no­mène qui, bien en­ten­du, ca­rac­té­rise la plu­part des quar­tiers mont­réa­lais.

Mais la dif­fé­rence entre Ri­vière-des-Prai­ries et les autres quar­tiers de l’est de la mé­tro­pole ré­side dans le fait que les im­mi­grés ont pro­por­tion­nel­le­ment choi­si da­van­tage de pas­ser à l’an­glais qu’au fran­çais.

Ain­si, si 51,8 % des 54000 ré­si­dents parlent fran­çais à la maison, 26,1 % parlent an­glais. Cette pro­por­tion, qui équi­vaut à 13 400 per­sonnes, dé­passe de beau­coup le nombre d’an­glo­phones de nais­sance, qui sont, se­lon le der­nier re­cen­se­ment de 2006, 4910.

Ce trans­fert vers l’an­glais est an­cien dans le quar­tier, puisque 70 % des im­mi­grés sont ar­ri­vés avant 1990 au pays.

« Ce sont sou­vent des ita­lo­phones qui avaient ob­te­nu le droit de fré­quen­ter les écoles an­glaises avant 1976 », af­firme Pierre Ser­ré, un cher­cheur in­dé­pen­dant en sciences po­li­tiques et spé­cia­liste des com­por­te­ments élec­to­raux des groupes lin­guis­tiques au Qué­bec. En ef­fet, après l’élec­tion du Par­ti qué­bé­cois en 1976, la Charte de la langue fran­çaise adop­tée en 1977, com­mu­né­ment ap­pe­lée la loi 101, a for­cé les nou­veaux ar­ri­vants à fré­quen­ter le ré­seau sco­laire fran­çais de la pro­vince.

Comme la po­pu­la­tion d’ori­gine ita­lienne est es­ti­mée à 21 675 in­di­vi­dus, et que 15 365 Prai­ri­vois disent être de langue ma­ter­nelle ita­lienne, M. Ser­ré af­firme qu’une bonne par­tie d’entre eux sont pas­sés à l’an­glais dans la vie de tous les jours.

Une faible ca­pa­ci­té d’in­té­gra­tion

Il se­rait na­tu­rel de croire qu’il s’agit d’une si­tua­tion ré­pan­due à Mon­tréal. Sauf que dans les quar­tiers ad­ja­cents, une ma­jo­ri­té d’im­mi­grés al­lo­phones, c’est-à-dire ne par­lant ni fran­çais ni an­glais, sont pas­sés au fran­çais.

Se­lon des cal­culs ef­fec­tués par Gé­rald Pa­quin, qui en­seigne à l’École de tech­no­lo­gie su­pé­rieure (ETS), les sub­sti­tu­tions avan­tagent le fran­çais dans les ar­ron­dis­se­ments de Mon­tréal-Nord et d’An­jou dans 70 % des cas.

In­ver­se­ment, dans l’ar­ron­dis­se­ment Ri­viè­redes-Prai­ries—Pointe-aux-Trembles, les sub­sti­tu­tions se font dans 58 % des cas vers l’an­glais. Et comme Pointe-aux-Trembles est à 94 % fran­co­phone, la com­mu­nau­té an­glo­phone qui gros­sit le plus est celle de Ri­vière-des-Prai­ries.

Ces trois ar­ron­dis­se­ments ont pour­tant des pro­por­tions com­pa­rables de fran­co­phones, d’an­glo­phones et d’al­lo­phones, fait re­mar­quer M. Pa­quin dans sa conclu­sion.

Les an­glo­phones du Qué­bec qui font par­tie de la mi­no­ri­té his­to­rique d’ori­gine bri­tan­nique ne dé­passent pas les 3 % de la po­pu­la­tion du Qué­bec, es­time M. Ser­ré. Cette sur­re­pré­sen­ta­tion et cet at­trait pour l’an­glais ne fa­vo­ri­se­ront donc pas le fran­çais dans les an­nées à ve­nir.

« Le mi­lieu, ici, on le sait, sup­porte par­fai­te­ment l’uti­li­sa­tion de l’an­glais, men­tionne-t-il en par­lant de Mon­tréal de fa­çon gé­né­rale. Quel­qu’un qui est uni­lingue an­glais en ar­ri­vant, il n’a au­cune obli­ga­tion so­ciale d’ap­prendre le fran­çais. Il peut par­fai­te­ment se dé­brouiller uni­que­ment en an­glais. »

La ca­pa­ci­té d’ac­cueil du Qué­bec est aus­si li­mi­tée, ajoute M. Ser­ré. Des États amé­ri­cains aus­si, si­non plus po­pu­leux que le Qué­bec ac­cueillent moins d’im­mi­grants que les 50 000 nou­veaux ar­ri­vants qui s’éta­blissent chaque an­née au Qué­bec.

« La ca­pa­ci­té d’in­té­gra­tion des im­mi­grants, elle est de loin in­fé­rieure à 50 000 », laisse-t-il en­tendre, si elle n’est pas in­fé­rieure à 30 000. Une es­ti­ma­tion de la ca­pa­ci­té d’ac­cueil réelle de­meure tou­te­fois bien hy­po­thé­tique.

Quant à l’évo­lu­tion de l’an­glais dans Ri­vière-des-Prai­ries, il fau­dra at­tendre le re­cen­se­ment de 2011 pour avoir des don­nées plus fraîches. À moins que, comme l’ont fait re­mar­quer cer­tains cher­cheurs, les nou­velles mé­thodes de Sta­tis­tique Ca­na­da rendent ces in­for­ma­tions moins fiables…

(Pho­to : Pa­trick Des­champs)

Les an­glo­phones sont sur­tout d’ori­gine ita­lienne à Ri­vière-des-Prai­ries. Sur la pho­to : un ter­rain de bocce, au centre ré­créa­tif.

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