Bain de cultures à Ci­té des Prai­ries

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Le­duc-fre­nette sa­muel.le­duc-fre­nette@tc.tc

À Ci­té des Prai­ries, une ins­ti­tu­tion qui re­groupe les jeunes contre­ve­nants du Centre jeu­nesse de Mon­tréal, le Mois de l’his­toire des Noirs a été l’oc­ca­sion pour cer­tains de mon­trer à tous leur culture d’ori­gine. Ain­si, à la fin du mois de fé­vrier, dix jeunes ont pré­sen­té des kiosques thé­ma­tiques avec vê­te­ments, nour­ri­tures et pho­tos. Deux d’entre eux ont ac­cep­té de té­moi­gner de leur ex­pé­rience.

James* et Luis* sont res­pec­ti­ve­ment d’ori­gine haï­tienne et do­mi­ni­caine. Lorsque l’on a fait le tour des uni­tés du centre afin de connaître les ori­gines eth­niques des jeunes, les deux gar­çons de 17 ans se sont im­mé­dia­te­ment pro­po­sés pour mon­ter un kiosque.

« Ça m’a per­mis de mon­trer et d’ex­ploi­ter les beau­tés de mon pays. »

James, 17 ans

Se­lon les or­ga­ni­sa­teurs, il s’agis­sait à la base d’une ac­ti­vi­té pour que les jeunes se connaissent eux-mêmes. « La plu­part des jeunes ne connaissent pas vrai­ment leurs ori­gines », rap­pelle Wen­dy De­luy, édu­ca­trice au­près des jeunes contre­ve­nants et pro­gram­ma­trice du Mois de l’his­toire des Noirs à Ci­té des Prai­ries. Mais l’ac­ti­vi­té a per­mis à tout le monde d’en ap­prendre un peu plus sur dif­fé­rents pays.

« Moi, j’ai fait l’ex­po­si­tion parce que les gens sont por­tés à me confondre », men­tionne Luis, qui est Noir. De l’aveu même de ce gar­çon d’ori­gine do­mi­ni­caine, il est sou­vent pris pour un Haï­tien ou un Afri­cain.

« Ça me per­met moi-même de sa­voir plus de choses sur ma na­ture », ren­ché­rit James.

La pré­pa­ra­tion a été l’oc­ca­sion pour eux de mieux connaître leur his­toire fa­mi­liale.

« On com­mence par mettre sur une feuille ce qu’on connaît et à faire des re­cherches, ex­plique Luis. J’ai même ap­pe­lé ma mère qui vient de ce pays. »

Cha­cun a eu as­sez de moyens pour mon­ter des kiosques as­sez dif­fé­rents l’un de l’autre. Si James a da­van­tage fait place au sens du goût, avec son ca­fé haï­tien, ses pâ­tis­se­ries et ses ins­tru­ments de cui­sine, Luis s’est conten­té de nom­breuses images de voyage, de pan­neaux d’in­for­ma­tion et de vê­te­ments.

Un bi­lan po­si­tif

Cette pré­sen­ta­tion au pu­blic ne s’est pas fait sans une bonne dose de stress. « Ce qui vient en pre­mier, c’est le stress, re­con­naît Luis. [Mais] leur par­ler de ton pays prend le des­sus. Tu es fier de par­ler de ton pays et c’est l’fun. »

Même ré­ac­tion du cô­té de James, qui a dû lui aus­si gé­rer son stress. « Ça prend beau­coup de vo­lon­té et de mo­ti­va­tion se­lon moi, dit-il. Tu te de­mandes comment faire pour faire ve­nir le monde [à ton kiosque]. »

Mais l’ac­cueil cha­leu­reux que le pu­blic a ré­ser­vé aux ex­po­sants a tôt fait de les ras­su­rer. « On voyait l’es­prit cu­rieux dans leurs yeux, in­dique James. Ça m’a fait plai­sir de ré­pondre à leurs ques­tions. »

Luis ajoute que beau­coup mé­con­nais­saient le pays qu’il pré­sen­tait. « Les gens pen­saient que c’était un pays de culture plus la­tine, mais c’est très si­mi­laire aux pays voi­sins », ra­conte-til, fier d’avoir dé­bou­lon­né un mythe.

Une fier­té que par­tage James, mais pour d’autres rai­sons. « Moi, ça a été cher­ché une fier­té, car mon pays a été vic­time de plu­sieurs ca­tas­trophes, ex­plique-t-il. Ça m’a per­mis de mon­trer et d’ex­ploi­ter les beau­tés de mon pays. »

Si c’était à re­faire, nul doute que les deux com­pa­gnons re­plon­ge­raient à nou­veau dans cette aven­ture.

*nom fic­tif

(Pho­to : Pa­trick Des­champs)

Wen­dy De­luy, édu­ca­trice, ac­com­pa­gnée de Luis et de James.

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