Un pa­triote à Ri­vière-des-Prai­ries

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Le­duc-Fre­nette

Un mois avant le dé­but de l’été, la jour­née na­tio­nale des pa­triotes (21 mai) est pour beau­coup sy­no­nyme de congé. Ayant rem­pla­cé au Qué­bec la fête de Dol­lard ou la fête de la Reine il y a dix ans, cette Jour­née de­vrait pour­tant ser­vir à rap­pe­ler aux Qué­bé­cois les va­leurs dé­mo­cra­tiques dé­fen­dues par les pa­triotes lors des ré­bel­lions de 1837 et 1838. Les Prai­ri­vois de­vraient être d’au­tant plus fiers que l’un de leurs an­cêtres, François Ar­mand (c1780-1863), a pris part aux hos­ti­li­tés.

Fils de Pierre Ar­mand dit Flamme et de Mar­gue­rite Noël, François Ar­mand dit Flamme naît à Qué­bec. Comme bon nombre de Ca­na­diens de l’époque, il de­vient culti­va­teur. Éta­bli à Ri­vière-des-Prai­ries (RDP), il est no­tam­ment connu pour être l’un des ac­tion­naires les plus im­por­tants de la Banque du Peuple, une ins­ti­tu­tion alors fon­dée pour con­cur­ren­cer la très puis­sante Banque de Mon­tréal.

Lors des évé­ne­ments de 1837 et 1838, ce lieu­te­nant-co­lo­nel de mi­lice est dans la cin­quan­taine avan­cée. Le 21 avril 1837, on sait qu’il tente d’être can­di­dat, fort pro­ba­ble­ment pour le Par­ti pa­triote, le Par­ti der­rière la contes­ta­tion du pou­voir bri­tan­nique en place, dans le com­té de La­che­naie.

Dans la fou­lée des ré­bel­lions, il est em­pri­son­né à Mon­tréal le 4 no­vembre 1838. Après qu’une pé­ti­tion en sa fa­veur est si­gnée par le cu­ré de RDP et par les ha­bi­tants des lieux, il est re­lâ­ché, sans pro­cès, le 13 dé­cembre 1838.

Il n’a pas été pos­sible de sa­voir quel a été le rôle exact qu’il a joué lors des ré­bel­lions. Le Prai­ri­vois d’adop­tion est mort le 31 mai 1863, à RDP même.

Quelques traces de son vé­cu

Il existe en­core une trace bien vi­sible de la pré­sence de François Ar­mand dit Flamme à Ri­vière-des-Prai­ries. Dans l’est du quar­tier, au 12 930, bou­le­vard Gouin, est éri­gée la mai­son Ar­mand.

Cette mai­son de pierres, pro­ba­ble­ment construite entre 1730 et 1735, a été, comme son nom l’in­dique, oc­cu­pée par Ar­mand et sa des­cen­dance.

Pour Jean-Marc St-Jean, na­tif du quar­tier et vice-pré­sident de la So­cié­té his­to­rique de RDP, ce per­son­nage n'est pas to­ta­le­ment in­con­nu. « J’en avais en­ten­du par­ler, on avait des don­nées », men­tionne-t-il en ré­fé­rence aux ar­chi- ves que la SHRDP ac­cu­mule.

M. St-Jean avoue tout de même avoir trou­vé peu d’in­for­ma­tion à son su­jet. En ef­fet, un in­cen­die a ra­va­gé de nom­breuses ar­chives à l’an­cien hô­tel de ville de RDP.

Voi­ci tout de même, en sub­stance, la pé­ti­tion que le cu­ré de la pa­roisse et plu­sieurs ci­toyens ont adres­sée aux au­to­ri­tés dans le but de faire li­bé­rer François Ar­mand, en 1838 :

[…] Nous sommes sur­pris d’ap­prendre l’in­car­cé­ra­tion de François Ar­mand l’un des ca­pi­taines loyaux de cette Pa­roisse, et qu’il [illi­sible] à son Ex­cel­lence de nous par­don­ner notre sur­prise, vu que le dit François Ar­mand ne nous a ja­mais par­lé d’af­faires po­li­tiques, qu’il nous a tou­jours fait preuve de loyau­té, n’ayant ja­mais man­qué dans l’oc­ca­sion d’in­cul­quer dans l’es­prit de ses mi­li­ciens des prin­cipes d’obéis­sance et de su­bor­di­na­tion en­vers le gou­ver­ne­ment de sa Ma­jes­té, prin­cipes que nous avons tou­jours sui­vi (sic) nous-mêmes en­vers tous nos su­pé­rieurs, des­quels nous pou­vons dire avec sa­tis­fac­tion, nous ne nous sommes ja­mais at­ti­ré de re­proches. Nous ôsons (sic) donc su­plier (sic) avec confiance son Ex­cel­lence de prendre en consi­dé­ra­tions la [illi­sible] que nous lui fai­sons de rendre un ver­tueux ci­toyen à sa fa­mille éplo­rée, le tout hum­ble­ment sou­mis, si­gné at­tes­té en pré­sence de votre [illi­sible].

(Pho­to : gra­cieu­se­té)

La mai­son Ar­mand semble bien pré­ser­vée. Elle est ac­tuel­le­ment sise au 12 930, bou­le­vard Gouin, à Ri­vière-des-Prai­ries.

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