Un quar­tier jeune, mais à quel prix ?

L'Informateur - - VOX POP - Sa­muel Le­duc-fre­nette

Se­lon les don­nées que nous four­nit Gi­nette Alarie, di­rec­trice gé­né­rale du Car­re­four jeu­nesse-em­ploi (CJE) de Ri­vière-des-Prai­ries, les jeunes ont tout pour se dé­ve­lop­per dans le quar­tier. Sauf que leur faible ni­veau de sco­la­ri­té et la cou­leur de leur peau peuvent de­ve­nir un désa­van­tage.

« Gé­né­ra­le­ment, ils se placent as­sez bien dans le quar­tier », lance Mme Alarie en par­lant des jeunes à la re­cherche d’un em­ploi qui fré­quentent son or­ga­nisme sis sur l’ave­nue Alexis-Car­rel.

« Le quar­tier se dé­ve­loppe, ça crée de l’es­poir », ajoute-t-elle, ci­tant l’exemple du quin­cailler Ro­na qui a ou­vert une suc­cur­sale sur le bou­le­vard Mau­rice- Du­ples­sis, en mars der­nier.

Bien qu’elle n’ait pas eu de contacts étroits avec la di­rec­tion de la suc­cur­sale, Mme Alarie ima­gine que nombre des jeunes qui y tra­vaillent pro­viennent du quar­tier.

Comme c’est sou­vent le cas, les em­plois pour les jeunes fai­ble­ment sco­la­ri­sés sont d’abord liés au do­maine de la vente et des

Des ser­vices ef­fi­caces

ser­vices. Viennent en­suite le do­maine des af­faires, des fi­nances et de l’ad­mi­nis­tra­tion puis, ex ae­quo, le do­maine des mé­tiers, des trans­ports et de la ma­chi­ne­rie ain­si que ce­lui de la trans­for­ma­tion, de la fa­bri­ca­tion et des ser­vices d’uti­li­té pu­blique.

Les nom­breux parcs in­dus­triels du quar­tier sont aus­si un atout pour les jeunes qui se pré­des­tinent à des em­plois dans le sec­teur se­con­daire de la trans­for­ma­tion. Quand les jeunes cognent à la porte du CJE, les in­ter­ve­nants com­mencent par leur po­ser une ques­tion simple : quelle est l’en­tre­prise idéale dans la­quelle vous vou­driez tra­vailler ?

La plu­part ré­pondent qu’ils veulent tra­vailler dans une en­tre­prise du quar­tier. En sim­pli­fiant le pro­ces­sus, c’est à par­tir de cette in­for­ma­tion que le CJE es­saie de dé­ni­cher des em­ployeurs cor­res­pon­dant au pro­fil des jeunes.

« Quand les em­ployeurs dans le quar­tier ac­ceptent de prendre des sta­giaires, c’est vrai­ment un plus », af­firme la di­rec­trice gé­né­rale. Elle es­père qu’à court ou moyen terme, des stages ré­mu­né­rés se­ront of­ferts à la clien­tèle du centre.

Les jeunes qui dé­si­rent par exemple suivre une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle peuvent éga­le­ment bé­né­fi­cier de l’aide fi­nan­cière d’Em­ploiQué­bec. Pour ce faire, ils doivent tou­te­fois choi­sir un pro­gramme d’étude sanc­tion­né par l’or­ga­nisme et lui four­nir un rap­port d’orien­ta­tion.

Il y a une liste de di­plômes d’études pro­fes­sion­nelles se­lon les de­mandes du mar­ché, in­dique Mme Alarie, de sorte que cer­tains do­maines ne se trouvent pas sa­tu­rés de de­mandes.

« Dans le mi­lieu de la construc­tion, il y a de longues listes d’at­tente, dé­plore-t-elle. J’ai un jeune qui doit at­tendre 2014. »

Sco­la­ri­té et pré­ju­gés ra­ciaux

Mal­gré qu’une forte pro­por­tion de jeunes adultes de 25 ans à 29 ans quittent le quar­tier, ce­lui-ci est com­po­sé d’une po­pu­la­tion ado­les­cente plus im­por­tante qu’à Mon­tréal.

Gé­né­ra­le­ment, les Prai­ri­vois sont par­mi ceux qui pos­sèdent le moins de di­plômes sco­laires à Mon­tréal. Mais cette tendance ob­ser­vable au cours des an­nées 2000 pour­rait peu­têtre évo­luer pour le mieux au cours des pro­chaines an­nées.

« Cette an­née, j’ai vu une mon­tée des jeunes qui ont le di­plôme se­con­daire, se ré­jouit Mme Alarie. En plus de l’aug­men­ta­tion de la sco­la­ri­té, il y a l’aug­men­ta­tion de l’âge. »

Cette bonne nou­velle ne doit tou­te­fois pas dé­vier l’at­ten­tion du pu­blic d’un pro­blème im­por­tant, ce­lui de la dis­cri­mi­na­tion fon­dée sur la race et de la mau­vaise in­té­gra­tion des im­mi­grés.

« Il y a en­core beau­coup de pré­ju­gés en­vers la com­mu­nau­té noire », sou­tient Mme Alarie. Par­mi toutes les com­mu­nau­tés vi­sibles de la mé­tro­pole, la com­mu­nau­té noire est deux fois et de­mie plus im­por­tante que les autres à Ri­vière-des-Prai­ries.

« La ma­jo­ri­té de notre clien­tèle est de la com­mu­nau­té noire, et j’en ai 17 % de souche qué­bé­coise, af­firme-t-elle. Les Ita­liens re­pré­sentent seule­ment 4 % de la clien­tèle. »

Les Noirs ont donc plus de dif­fi­cul­té à se trou­ver un em­ploi. Mais cette dif­fi­cul­té ré­sulte aus­si de la fa­çon qu’ils sont ad­mis au pays, alors que l’on pour­rait mieux les préparer au mar­ché du tra­vail en leur en­sei­gnant les codes cultu­rels de leur so­cié­té d’ac­cueil.

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