Se com­por­ter di­gne­ment, même face à l’épreuve

L'Informateur - - SOUTENONS LA CAUSE... - Sa­muel Le­duc-Fre­nette sa­muel.le­duc-fre­nette@tc.tc

En­vi­ron 11 ans après avoir re­çu un diag­nos­tic du can­cer du sein, Lu­cie garde la tête haute. Même si elle a su­bi l’abla­tion de son sein gauche, elle conti­nue d’es­pé­rer que le can­cer la quit­te­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment. Des masses in­con­nues ont der­niè­re­ment été iden­ti­fiées dans son sein droit. Elle doit ren­con­trer la mé­de­cin au dé­but de no­vembre. Son idée est faite : si ces masses ne sont pas clai­re­ment bé­nignes, elle pré­fère su­bir une se­conde abla­tion plu­tôt que de vivre dans l’an­goisse.

Cette as­su­rance, Lu­cie l’a ga­gnée au fil des an­nées. Au dé­but de 2001, lors­qu’elle a re­çu son diag­nos­tic, elle n’avait ja­mais eu d’en­nuis de san­té de cette am­pleur. Elle avait alors 54 ans.

« J’ai eu beau­coup d’autres épreuves dans ma vie qui ont fait que celle-là c’était seule­ment une autre », tient-elle tou­te­fois à pré­ci­ser. « La vie, c’est un com­bat. »

Cette der­nière maxime, elle se l’est fait sienne lors­qu’elle a ap­pris que trois tu­meurs lo­geaient dans son sein gauche. Entre la ra­dio­thé­ra­pie, qui pou­vait au moins ra­len­tir la pro­gres­sion des masses, et l’abla­tion pure et simple du sein, elle a op­té pour la se­conde op­tion. Après tout, le mé­de­cin ne pou­vait ga­ran­tir le suc­cès de la pre­mière.

« Je lui ai dit : “mets toutes les chances de mon bord” », re­late-t-elle. Elle ne vou­lait pas jouer avec le feu, car sa fa­mille dé­nom­brait deux cas de can­cer qui s’étaient avé­rés mor­tels jus­qu’à ce jour.

Pé­nible ré­mis­sion

Lu­cie s’est vite ren­du compte de la sa­gesse de sa dé­ci­sion. Lorsque le chi­rur­gien a cou­pé son sein, en mai de la même an­née, il a dé­cou­vert que 11 de ses 12 gan­glions étaient at­teints par les mé­ta­stases. Le can­cer au­rait pu fa­ci­le­ment se ré­pandre ailleurs.

Après l’opé­ra­tion, Lu­cie a dû en­du­rer six mois de trai­te­ments de chi­mio­thé­ra­pie. Mais les 20 trai­te­ments de ra­dio­thé­ra­pie qui ont sui­vi se sont ré­vé­lés pires. Elle s’est ren­due ma­lade à cause de pierres à la vé­si­cule bi­liaire qui sont de­ve­nues très dou­lou­reuses.

D’autres consé­quences ont vu le jour dans la fou­lée de ces trai­te­ments. Pen­dant trois ans, Lu­cie a éprou­vé de la dif­fi­cul­té à mar­cher. « En al­lant en Gas­pé­sie chaque été, j’avais de la dif­fi­cul­té à dé­bar­quer de l’au­to, j’avais des rai­deurs dans les jambes », ra­conte la Prai­ri­voise d’ori­gine gas­pé­sienne.

En 2010, lors d’un dé­mé­na­ge­ment, elle s’est bles­sée au bras gauche. De­puis ce jour, elle souffre d’em­phy­sème, alors que ses tis­sus cel­lu­laires enflent ce bras.

« Je ne nour­ris pas le né­ga­tif », dit celle qui est très ré­si­liente face à son état de san­té. « Si tu te mets à crier et à hur­ler, ça n’ar­range rien. C’est l’ac­cep­ta­tion, l’im­por­tant, et l’amour au­tour de toi. »

« J’ai eu une vie bonne mal­gré les épreuves, ajoute-t-elle. J’ai eu la chance d’être sur mes deux jambes. »

Lu­cie veut sur­tout évi­ter de faire souf­frir son en­tou­rage, qui, par­fois, est plus en dé­tresse que la per­sonne ma­lade.

« Mon ma­ri vit des peurs plus fortes que moi », dit-elle en ré­fé­rence à l’ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral dont il a été vic­time.

« Je nour­ris le po­si­tif », ré­pète-t-elle en pen­sant à son ren­dez-vous de no­vembre.

(Pho­to : Isa­belle Ber­ge­ron)

Lu­cie ne veut pas faire vivre l’« en­fer » à ses proches, comme son frère l’a fait avant de mou­rir du can­cer, lui qui n’ac­cep­tait pas sa mort im­mi­nente.

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