Des en­tre­prises de l’est de la ville dans les poches de Sur­pre­nant

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Phi­lippe-Vincent Foi­sy

Des firmes mont­réa­laises

Té­moi­gnage

Entre 2000 et 2005, l’ex-in­gé­nieur à la Ville de Mon­tréal, Gilles Sur­pre­nant, a em­po­ché en­vi­ron 477 000 $ en pots-de-vin, dont 180 000 $ en 2004 seule­ment.

Le pro­cu­reur de la Com­mis­sion Char­bon­neau, Me De­nis Gal­lant, a fait ap­pel le 23 oc­tobre à la mé­moire de M. Sur­pre­nant qui ad­met avoir par­ti­ci­pé à « tru­quer » et « ar­ran­ger » 61 contrats, soit 95 % de tous les ap­pels d’offres pour cette pé­riode.

C’est donc 61 pots-de-vin de mon­tants va­riables que M. Sur­pre­nant a re­çus du­rant cinq ans. Il cal­cu­lait de mé­moire la somme ap­proxi­ma­tive qui s’est re­trou­vée dans ses poches pour cha­cun d’entre eux. BenTech Construc­tion, TGA Mon­tréal et Co­nex Construc­tion rou­tière, des en­tre­prises ap­par­te­nant res­pec­ti­ve­ment à An­to­nio Ben­ti­ve­nia, Joey Piaz­za et To­ny Conte, ont pu ob­te­nir de lu­cra­tifs contrats « tru­qués » pour la re­cons­truc­tion d’égouts dans l’ar­ron­dis­se­ment Ri­vière-des-Prai­ries—Pointe-aux-Trembles et dans la Ville de Mon­tréal-Est.

An­to­nio Ben­ti­ve­nia de BenTech a ob­te­nu un contrat de 339 696$ pour le pro­lon­ge­ment d’une conduite sur la rue Ro­bert-Élie. Il a re­mis une en­ve­loppe à M. Sur­pre­nant conte­nant 3000$.

Joey Piaz­za de TGA Mon­tréal a ver­sé au fonc­tion­naire 14 000 $ pour son aide dans un contrat de re­cons­truc­tion d’égouts sur la ter­rasse Sainte-Ma­ria-Go­ret­ti, la rue Ma­rion, la 96e Ave­nue et la 100e Ave­nue. Il avait rem­por­té l’ap­pel d’offres avec une sou­mis­sion à 5 948 433 $.

To­ny Conte, de Co­nex, bien connu de M. Sur­pre­nant, lui a re­mis 10 000$ pour la re­cons­truc­tion d’égouts sur la rue Bu­reau d’une va­leur de 1 933 048, 50 $. Il a ten­té lors de son té­moi­gnage de di­mi­nuer son im­pli­ca­tion, af­fir­mant que la « taxe » qu’il per­ce­vait avoi­si­nait da­van­tage le 0,5% des contrats avant les taxes et les contin­gences, plu­tôt que le 1%, avan­cé par Li­no Zam­bi­to lors de son té­moi­gnage.

Se­lon lui, sa cote était plu­tôt à la dis­cré­tion des en­tre­pre­neurs. Le pro­cu­reur de la com­mis­sion, De­nis Gal­lant, lui a tou­te­fois fait ad­mettre qu’il avait un ba­rème pour cal­cu­ler, après toutes ces an­nées, les mon­tants qu’il au­rait dû tou­cher.

« Vous en avez re­çu tel­le­ment [des pots-de­vin], vous de­vez vous ser­vir d’un point de ré­fé­rence [pour cal­cu­ler] », lui a-t-il lan­cé.

M. Sur­pre­nant a ad­mis ne pas avoir in­clus dans le 600 000 $ per­çu en pots-de-vin les « ex­tras » comme les sou­pers, les tour­nois de golf et des abon­ne­ments de saison du Ca­na­dien de Mon­tréal qu’il a re­çus en 2004, d’une va­leur ap­proxi­ma­tive de 10 000 $.

Si les en­tre­pre­neurs avaient l’ha­bi­tude de le convo­quer pour lui don­ner les pots-de-vin, il lui ar­ri­vait, à l’oc­ca­sion, de les contac­ter di­rec­te­ment afin de les ren­con­trer pour les per­ce­voir.

La cor­rup­tion, « un se­cret de Po­li­chi­nelle »

Si Gilles Sur­pre­nant n’a pas men­tion­né à sa fa­mille les mil­liers de dol­lars qu’il a em­po­chés, c’était « un se­cret de Po­li­chi­nelle » au sein même du dé­par­te­ment où il tra­vaillait.

Il a ex­pli­qué que même s’il avait de la dif­fi­cul­té à se sou­ve­nir si un ap­pel d’offres a été tru­qué à l’époque, il re­con­naît les signes de col­lu­sion grâce à leur stra­ta­gème.

« On le voit bien avec l’éta­le­ment des mon­tants et les com­pa­gnies qui ont sou­mis­sion­né », a-t-il ex­pli­qué à plu­sieurs re­prises. Il s’agit sou­vent des mêmes com­pa­gnies qui for­maient le « car­tel des égouts ».

Re­pre­nant la balle au bond, le pro­cu­reur de la Com­mis­sion Me De­nis Gal­lant lui a de­man­dé si les fonc­tion­naires se po­saient des ques­tions en consta­tant que les prix étaient gon­flés de 30 à 35% et que c’était tou­jours les mêmes en­tre­pre­neurs qui sou­mis­sion­naient.

« Les prix étaient plus chers et c’était tou­jours les mêmes joueurs... c’est deux in­di­ca­teurs », a de­man­dé Me Gal­lant, vi­si­ble­ment éton­né.

M. Sur­pre­nant a af­fir­mé que les fonc­tion­naires le sa­vaient, mais qu’au­cune me­sure cor­rec­tive n’a été mise en place.

« Ja­mais per­sonne n’est ve­nu nous voir pour nous dire de mettre un frein à ça », a-t-il ex­pli­qué.

Il ré­di­geait d’ailleurs les notes ex­pli­ca­tives pour « faire pas­ser » les aug­men­ta­tions de coûts, avec Yves The­mens, son su­pé­rieur et « ami », qui ache­mi­nait alors le dos­sier à Ro­bert Mar­cil.

(Pho­to : Phi­lippe-Vincent Foi­sy)

Gilles Sur­pre­nant qui ex­plique un plan où des faux ex­tras ont été fac­tu­rés.

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