Pré­ve­nir les fugues

L'Informateur - - VIE DE QUARTIER - Josianne Des­jar­dins

Cher­cher de l’aide comme parent

Ni­cole (nom fic­tif) sait comment un parent peut se sen­tir lorsque son en­fant est en fugue. Il y a quelques an­nées, sa fille a pris, deux fois plu­tôt qu’une, la poudre d’es­cam­pette. Au­jourd’hui, cette mère s’al­lie à la cause d’En­fant-Re­tour Qué­bec pour sou­te­nir les pa­rents qui vivent cette épreuve.

C’est lorsque sa fille avait 15 ans qu’elle a fait sa pre­mière fugue, en di­rec­tion de To­ron­to.

« C’est la pire chose qui peut ar­ri­ver, de ne pas sa­voir où est son en­fant. Je dor­mais très peu, je ne vi­vais plus. J’avais peur qu’elle vive de l’abus, qu’elle soit en dan­ger », se sou­vient-elle.

Ni­cole sa­vait pour­quoi sa fille avait quit­té le nid fa­mi­lial: elle vou­lait « se ca­cher » pour consom­mer de la drogue, de l’hé­roïne ou en­core de l’ecs­ta­sy.

La mère a fi­na­le­ment réus­si à re­trou­ver sa fille au bout de deux se­maines, en sol­li­ci­tant l’aide de la po­lice à To­ron­to et des em­ployés d’au­berges de jeu­nesse.

Mais dès que les pro­blèmes ont re­fait sur­face, la jeune fille n’a pas hé­si­té à re­prendre la fuite, pour un long mois cette fois-ci.

« Elle était en dan­ger. Nous avons eu de l’aide d’En­fant-Re­tour. Lorsque nous l’avons re­trou­vée, elle est al­lée en centre d’ac­cueil. Elle était en co­lère d’être là au dé­but, mais elle a eu beau­coup d’aide des édu­ca­teurs », ra­conte-t-elle. Après avoir vé­cu ces ex­pé­riences, Ni­cole réa­lise qu’elle n’au­rait pas dû hé­si­ter avant d’al­ler cher­cher de l’aide.

« On pense que la vie s’ar­rête là, mais il n’y a pas de honte à ça parce que ça peut ar­ri­ver dans les meilleures fa­milles. Les pa­rents doivent al­ler cher­cher de l’aide et par­ti­ci­per à des groupes d’en­traide », es­time-t-elle.

« Ils m’ont ai­dée [En­fant-re­tour] quand j’en ai eu be­soin. Main­te­nant, je suis dans une po­si­tion où je peux ai­der d’autres pa­rents à par­tir de ce que j’ai vé­cu », ajoute la mère qui par­ti­cipe à des cli­niques d’iden­ti­fi­ca­tion ou en­core à des ac­ti­vi­tés de fi­nan­ce­ment de l’or­ga­nisme.

Même sa fille, qui est main­te­nant dans la tren­taine, tente d’ai­der des jeunes qui pour­raient être aux prises avec des pro­blèmes qu’elle a vé­cus. Ré­cem­ment, elle a fait une confé­rence dans une école où le taux de dé­cro­chage est éle­vé. « Je suis tel­le­ment fière d’elle. C’est une victoire pour nous », se ré­jouit Ni­cole.

La di­rec­trice gé­né­rale d’En­fant-Re­tour, Pi­na Ar­ca­mone, in­siste pour que les pa­rents ne s’isolent pas dans ce genre de si­tua­tion. « Si vous crai­gnez que votre en­fant fugue ou fré­quente de mau­vaises per­sonnes, notre sup­port de­meure confi­den­tiel et ano­nyme », rap­pelle-t-elle.

De plus, cette der­nière sou­ligne qu’il est im­por­tant de ne pas ba­na­li­ser la fugue. « Ce n’est pas sy­no­nyme de plai­sir pour eux, c’est plu­tôt un si­gnal de dé­tresse. Ils vivent des si­tua­tions dif­fi­ciles à gé­rer (in­ti­mi­da­tion, échec, conflits avec des amis) ils se sentent en­va­his par ça et la fugue est leur seule porte de sor­tie », ex­plique Mme Ar­ca­mone.

En tant que parent, « il faut être pa­tient et ne jamais perdre es­poir. C’est souf­frant pour nous, mais les en­fants vivent eux aus­si leur souf­france », conclut Ni­cole.

No­vembre est le Mois de la prévention des fugues. Pour contac­ter l’or­ga­nisme En­fant-Re­tour Qué­bec : 514 843- 4333 ou www.en­fant-re­tour­que­bec.ca

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.