Les Kriks, le jeu des res­sources

Des em­ployés de l’hô­pi­tal Ri­vière-des-prai­ries créent un jeu de so­cié­té

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Sa­muel Leduc-frenette

En l’an 3000, la com­mu­nau­té des Kriks est me­na­cée par des en­va­his­seurs, qui leur ont sou­ti­ré toutes leurs res­sources. Seule une bri­gade de sen­ti­nelles n’a pas été af­fec­tée. Pour cette rai­son, elle de­vra pro­té­ger son peuple contre cette in­gé­rence.

Cette mise en si­tua­tion est à quelques mots près celle qui est sug­gé­rée dans le guide du jeu de so­cié­té Les Kriks : le jeu des res­sources. Ce der­nier a été con­çu par des in­ter­ve­nants de l’Hô­pi­tal Ri­vière-des-Prai­ries (HRDP), une ins­ti­tu­tion spé­cia­li­sée en pé­do­psy­chia­trie. Il vise à ai­der les jeunes pa­tients de l’éta­blis­se­ment à se fa­mi­lia­ri­ser avec les res­sources d’aide qui sont à leur dis­po­si­tion dans leur quo­ti­dien.

Cette planche de jeu, va­gue­ment ins­pi­rée de celle du clas­sique Mo­no­po­ly, re­prend les cou­leurs criardes de vert, de rose et de bleu qui ca­rac­té­risent le monde fic­tif des Kriks. En plus des cartes à jouer, qui re­pré­sentent les dif­fé­rentes res­sources réelles (comme les psy­cho­logues, la po­lice, les amis, etc., qui sont tous à la dis­po­si­tion des jeunes en dif­fi­cul­té) uti­li­sées dans une par­tie ré­gu­lière, ce passe-temps « psy­choé­du­ca­tif » est com­po­sé de pions, d’un sa­blier et d’un dé.

Le but du jeu est de re­le­ver, avec l’aide de ces cartes res­sources, tous les dé­fis qui viennent en­tra­ver la pro­gres­sion des joueurs vers la for­te­resse des Kriks, ren­due in­ac­ces­sible par les en­va­his­seurs.

Un pré­texte pour par­ler

Une ving­taine d’ex­perts de dif­fé­rents do­maines ont don­né leur avis sur le jeu. « On ne l’a pas éva­lué scien­ti­fi­que­ment », ad­met le psy­cho­logue et pro­fes­seur d’université Ré­al La­belle, mais il semble avoir un impact po­si­tif sur les jeunes qui y prennent part.

C’est Syl­vie Bour­don, une édu­ca­trice spé­cia­li­sée à l’HRDP, qui a con­çu une pre­mière mou­ture du jeu il y a une di­zaine d’an­nées. Elle vou­lait au dé­part ai­der de fa­çon lu­dique les jeunes à trou­ver des res­sources dans leur mi­lieu.

Elle es­time que sa créa­tion a très tôt rem­por­té un vif suc­cès. Avec la com­mer­cia­li­sa­tion du jeu, elle a in­té­gré aux res­sources ex­té­rieures dis­po­nibles les res­sources per­son­nelles de chaque joueur. En d’autres termes, ce­lui-ci doit, pour re­le­ver un dé­fi, faire ap­pel au­tant aux autres qu’à lui-même

Pour M. La­belle, le jeu est es­sen­tiel­le­ment un pré­texte pour faire par­ler les jeunes qui y jouent. Ceux-ci peuvent être aux prises avec des troubles an­xieux, des idées sui­ci­daires, des dé­pres­sions ou des pro­blèmes psy­cho­tiques, donne-t-il en exemple.

« Dans le fond, c’est un pré­texte pour les ame­ner à par­ler », ajoute-il.

« Les jeunes re­tiennent les res­sources ex­ternes », men­tionne Mme Bour­don, d’ac­cord avec l’ana­lyse que fait son confrère de l’HRDP. « Ils pensent à des res­sources quand ils ar­rivent à un dé­fi. On re­marque qu’ils re­tiennent la fa­çon de pro­cé­der. »

Un jeu pour tous

Même si le jeu a été créé dans un contexte mé­di­cal, il ne s’adresse pas qu’aux jeunes qui ont des pro­blèmes psy­cho­lo­giques ou psy­chia­triques.

Au contraire, ses créa­teurs vou­draient faire connaître Les Kriks aux or­ga­nismes jeu­nesse, aux centres jeu­nesse et aux écoles, no­tam­ment.

En fait, tous les jeunes de 12 à 17 ans peuvent y trou­ver leur compte, es­timent-ils.

Après tout, sou­ligne Mme Bour­don, le jeu peut s’adap­ter à ses joueurs, qui peuvent ajou­ter aux cartes exis­tantes de nou­velles res­sources ou de nou­veaux dé­fis.

D’ailleurs, quand M. La­belle joue, il com­pare l’am­biance de jeu à un feu de camp, où tout le monde se sent bien et s’ouvre aux autres.

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