Khaos, un lut­teur pas comme les autres

L'Informateur - - VIE DE QUARTIER - Sa­muel Le­duc-Fre­nette

Qui a dit qu’il ne fal­lait pas être ori­gi­nal pour être lut­teur? Dans la troupe du cé­lèbre Jacques Rou­geau, on y re­trouve des pe­tits, des grands, des gros, des minces et, de­puis l’an­née der­nière, une per­sonne… au­tiste. Le Poin­te­lier Si­mon Roy, alias Khaos, prend part à la tour­née de la com­pa­gnie de M. Rou­geau, un rêve qu’il ne pou­vait pas conce­voir, il y a quatre ans, alors qu’il re­gar­dait en­core les pros de la WWE se ta­per sur la ca­boche.

À cette époque, Si­mon ve­nait de ter­mi­ner l’école et se cher­chait quelque chose à faire. C’est lui-même qui a de­man­dé à ses pa­rents, Ca­role et Da­niel, de s’ins­crire dans une école de lutte. En cher­chant sur le net, Ca­role est tom­bée sur celle qu’opère Jacques Rou­geau, à Le Gar­deur.

Sur place, Si­mon a es­sayé, et a pris goût à cette dis­ci­pline. Un en­traî­neur che­vron­né a af­fir­mé à ses pa­rents que Si­mon pour­rait tou­jours ap­prendre la base de la lutte. Mais pour M. Rou­geau, le gar­çon avait bien peu de chances d’un jour mon­ter sur le ring.

Une pre­mière fois

Ce­la n’a pas em­pê­ché Si­mon de per­sé­vé­rer. Non sans mal tou­te­fois. Au dé­but, ra­conte son père, il avait de la dif­fi­cul­té à al­ler vers les autres et à leur par­ler. Il était cen­tré sur lui-même. Quand on

lui a don­né le rôle de Khaos, qui est un per­son­nage mé­chant, Si­mon avait du mal à l’as­su­mer.

Au bout d’un cer­tain temps, il a fi­ni par s’y faire, et ses pa­rents s’ac­cordent pour dire qu’il joue bien le mé­chant. « Il ar­rive à mettre la foule en co­lère pour rendre son par­te­naire plus sym­pa­thique », dit Ca­role, fiè­re­ment.

Son par­te­naire, c’est Steve Cor­beil, alias Thun­der. Il est dys­pha­sique, c’est-à-dire qu’il a des pro­blèmes de mo­tri­ci­té, de lan­gage et de com­pré­hen­sion.

C’est en­semble qu’ils pra­tiquent. L’an der­nier, M. Rou­geau a eu be­soin d’eux lors d’une mê­lée gé­né­rale, plus com­mu­né­ment ap­pe­lée « Royal Rumble ». Lors d’une tour­née pas­sant par Ga­ti­neau et Trois-Ri­vières, les deux jeunes hommes ont pris part à ce com­bat pen­dant pas plus de 30 se­condes.

Les en­traî­neurs ont t el­le­ment été im­pres­sion­nés qu’ils les ont mis au pro­gramme pour la tour­née 2012-2013. Leurs trois pre­miers com­bats avaient lieu à la fin dé­cembre. D’autres au­ront lieu ce prin­temps. Ils font dé­sor­mais par­tie de la troupe de lutte.

Af­fron­ter la ma­la­die

At­teint de troubles en­va­his­sants de dé­ve­lop­pe­ment (TED), Si­mon, qui est au­jourd’hui âgé de 25 ans, a pris beau­coup confiance. « La lutte lui a per­mis de re­mon­ter son es­time de lui-même », juge sa mère.

Ses pa­rents ne s’at­ten­daient pas à ce que ce sport le fasse au­tant pro­gres­ser. À tel point que son père se de­mande même si ces avan­cées pour­raient faire en sorte que son fils de­vienne plus au­to­nome un jour.

« Avant la lutte, il y a quatre ans, je t’au­rais dit non, men­tionne Da­niel. Main­te­nant, je ne sais pas com­ment ça va se faire, mais je pense que oui. »

Tous sont cons­cients que si Si­mon ré­gresse, il se pour­rait qu’il ne fasse plus par­tie de la troupe. Mais le jeune lut­teur a un seul ob­jec­tif : conti­nuer de pra­ti­quer ce sport qu’il af­fec­tionne. « Je re­fuse de lâ­cher prise », tonne-til. Pour l’ins­tant, son pa­tron semble très sa­tis­fait de lui. « Jacques Rou­geau a dit qu’il a ap­pris au­tant que les jeunes dans son école », rap­porte Ca­role.

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