Sols ar­gi­leux, ques­sé ça?

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Daph­née Tran­che­mon­tagne daph­née.tran­che­mon­tagne@tc.tc

Une grande par­tie du ter­ri­toire de l’Est est com­po­sée de sols ar­gi­leux. Mais concrè­te­ment, qu’est-ce que ça veut dire? Qu’est-ce que ça im­plique? Afin d’en sa­voir plus, la jour­na­liste Daph­née Tran­che­mon­tagne a in­ter­ro­gé Al­fred Jaouich, pro­fes­seur spé­cia­li­sé en pé­do­lo­gie et géo­lo­gie de l’en­vi­ron­ne­ment au Dé­par­te­ment des sciences de la Terre et de l’At­mo­sphère de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Mon­tréal (UQAM).

« Les sols ar­gi­leux sont un ves­tige de l’his­toire géo­lo­gique. Il s’agit de dé­pôts ma­rins qui ont sui­vi l’ère de gla­cia­tion, à l’en­droit où se trou­vait la mer Cham­plain. On en re­trouve une grande couche de plu­sieurs mètres de pro­fon­deur, prin­ci­pa­le­ment dans la ré­gion des basses terres du Saint-Laurent. Il y en a par­tout à Mon­tréal, mais aus­si à Vau­dreuil, Ri­gaud, Cham­bly et Saint-Hya­cinthe, où il y a des terres planes », ex­pose le pro­fes­seur.

Sur une carte re­tra­çant la géo­lo­gie mon­tréa­laise, on re­marque que l’ar­gile ma­rine est pré­sente de ma­nière plus im­por­tante dans les sec­teurs du Pla­teau-Mont-Royal, de Ro­se­mont–La Pe­tite- Pa­trie, de Mer­cier– Ho­che­la­gaMai­son­neuve; de Ri­vière-des-Prai­ries–Poin­teaux-Trembles; Côte-des-Neiges–Notre-Da­mede-Grâce et Mon­tréal-Est.

Une des par­ti­cu­la­ri­tés de ce type de sol est sa grande ca­pa­ci­té à re­te­nir de l’eau, ce qui lui confère une bonne sta­bi­li­té. Tou­te­fois, une fois des­sé­ché, il se contracte, ce qui en­gendre une forte pres­sion sur les fon­da­tions.

« Il faut qu’il y ait beau­coup d’eau dans le sol. Dans le cas de l’ar­gile, on parle d’en­vi­ron 60 % ou 65 %. Du­rant les mois chauds d’été, l’hu­mi­di­té peut des­cendre à moins de 10 %. La der­nière sai­son es­ti­vale a été d’au­tant plus pro­blé­ma­tique parce qu’elle s’est pro­lon­gée. Il n’y avait presque plus de nappe d’eau. On pou­vait creu­ser jus­qu’à trois mètres sans qu’il y en ait. Il s’agit d’une si­tua­tion ex­cep­tion­nelle », fait va­loir M. Jaouich.

Un pro­blème connu et des pistes de so­lu­tions

« Il y a des so­lu­tions pour ré­duire ce phé­no­mène. Il faut que la terre reste hu­mide, qu’on évite de plan­ter cer­tains arbres à crois­sance ra­pide près des mai­sons, no­tam­ment l’érable ar­gen­té et le peu­plier del­toïde. On a ten­dance à les mettre à proxi­mi­té des fon­da­tions en ou­bliant qu’ils vont gran­dir.

« On a re­dé­ve­lop­pé Mon­tréal en construi­sant sur des rem­blais, parce que ça coûte moins cher de les en­ter­rer et de les re­cou­vrir avec un sol vé­gé­tal que de re­ti­rer les an­ciennes struc­tures. Ça em­pêche le ruis­sel­le­ment et l’ab­sorp­tion d’une par­tie im­por­tante d’eau. C’est nous qui avons dé­na­tu­ré la na­ture », rap­pelle M. Jaouich.

Le spé­cia­liste in­siste sur l’im­por­tance de l’hu­mi­di­té du sol dans la conser­va­tion de sa ca­pa­ci­té por­tante. D’ailleurs, l’École po­ly­tech­nique s’est dé­jà pen­chée sur le cas de l’hy­dra­ta­tion en pro­fon­deur des sols ar­gi­leux. Au­cune me­sure en ce sens n’est en­vi­sa­gée à court ou moyen terme par la Ville de Mon­tréal, a lais­sé sa­voir Pa­tri­cia Lowe, des re­la­tions mé­dias.

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