Femmes dans la construc­tion : pas les bien­ve­nues

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Jo­sianne Desjardins

Les tra­vailleuses de la construc­tion doivent se battre contre la dis­cri­mi­na­tion sys­té­mique à l’em­bauche et sont sou­vent vic­times de har­cè­le­ment psy­cho­lo­gique et sexuel au tra­vail, constate le Con­seil d’in­ter­ven­tion pour l’ac­cès des femmes au tra­vail (CIAFT).

Après trois ans de re­cherche, l’or­ga­nisme a dé­voi­lé en 2012 une étude ba­sée sur 35 té­moi­gnages de femmes in­ti­tu­lée : « Quand la dé­ter- mi­na­tion ne suf­fit pas : la si­tua­tion des tra­vailleuses de la construc­tion au Qué­bec ».

Une mi­no­ri­té de tra­vailleuses ren­con­trées, soit neuf d’entre elles, disent avoir vé­cu de « bonnes ex­pé­riences » pro­fes­sion­nelles. En contre­par­tie, elles sont 16 sur les 35 par­ti­ci­pants de l’étude à avoir su­bi des cas de dis­cri­mi­na­tion ou de har­cè­le­ment sexuel et psy­cho­lo­gique.

« Les tra­vailleuses ne connaissent pas leurs droits lors­qu’elles vivent des si­tua­tions de dis­cri­mi­na­tion ou de har­cè­le­ment psy­cho­lo­gique ou sexuel. Les re­cours pos­sibles sont in­adap­tés aux réa­li­tés du sec­teur. Les sources d’ap­pui ou de sou­tien sont pra­ti­que­ment in­exis­tantes pour ai­der les tra­vailleuses à faire face à ces si­tua­tions », peut-on lire dans le rap­port.

Le CIAFT constate aus­si une dé­res­pon­sa­bi­li­sa­tion du cô­té des em­ployeurs, des syn­di­cats et de la CCQ en lien avec ces pro­blèmes.

Ex­pé­riences frus­trantes

Ka­ryne Pré­gent, une ré­si­dente de Ri­vière-desP­rai­ries qui est de­ve­nue re­pré­sen­tante syn­di­cale en condi­tion fé­mi­nine pour la CSNCons­truc­tion après avoir vé­cu des ex­pé­riences de tra­vail frus­trantes, a té­moi­gné de son vé­cu lors du dé­voi­le­ment du rap­port.

La me­nui­sière avait ren­con­tré L’In­for­ma­teur de Ri­vière-des-Prai­ries pour faire part de son his­toire. Elle ra­con­tait qu’elle de­vait en­cais­ser les blagues dé­gra­dantes de ses col­lègues sur le chan­tier. Un jour, elle au­rait même re­trou­vé un des­sin mo­queur d’elle dans les toi­lettes.

Son CV au­rait aus­si été dé­chi­ré sous ses yeux par un pa­tron qui lui a dit: «Oui, oui, ché­rie, je t’ap­pelle!» De plus, des col­lègues lui au­raient dit qu’elle de­vait tailler sa place au tra­vail en fai­sant une «fel­la­tion au boss».

Les tra­vailleuses de la construc­tion re­pré­sentent seule­ment 1,3 % de la main-d’oeuvre. En­vi­ron 60 % des femmes aban­donnent leur mé­tier après 5 ans.

Me­sures contrai­gnantes

Pour mettre fin à ce genre d’his­toire, le CIAFT croit qu’il est temps pour le gou­ver­ne­ment d’im­plan­ter des « me­sures contrai­gnantes » afin d’aug­men­ter les ef­fec­tifs fé­mi­nins sur les chan­tiers au Qué­bec.

L’or­ga­nisme sug­gère que les pro­jets pu­blics ma­jeurs soient obli­gés d’em­bau­cher au moins 4 % de tra­vailleuses.

Il pro­pose aus­si la créa­tion d’une struc­ture in­dé­pen­dante de sou­tien dans les cas de har­cè­le­ment et d’un pro­gramme obli­ga­toire de sen­si­bi­li­sa­tion, ou en­core la mise en place d’une struc­ture de for­ma­tion, de pla­ce­ment et de sui­vi des femmes qui se des­tinent à la construc­tion.

Le rap­port com­plet est dis­po­nible au www.ciaft.qc.ca.

(photo: archives)

Ka­ryne Pré­gent a vé­cu de l’in­ti­mi­da­tion et du har­cè­le­ment lors­qu’elle était me­nui­sière.

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