Un fugue jeune 200 FOIS en cinq ans

Âgé d’à peine 15 ans, Frank (nom fic­tif) compte 201 fugues à son ac­tif. Ses pre­mières es­ca­pades ont dé­bu­té à 10 ans, à la suite d’un pla­ce­ment dans un centre jeu­nesse de l’est de Mon­tréal.

L'Informateur - - LA UNE - steve.ca­ron@tc.tc

L’ado­les­cent pro­fi­tait de ces sor­ties im­promp­tues, sou­vent faites sur le coup de l’im­pul­si­vi­té, pour al­ler voir ses amis ou en­core les membres de sa fa­mille dans Ho­che­la­ga-Mai­son­neuve.

Pré­ci­sons que pour les centres jeu­nesse, une fugue se comp­ta­bi­lise dès qu’un jeune sort sans pré­ve­nir les in­ter­ve­nants. Ain­si, un ado­les­cent qui dé­cide de flâ­ner pen­dant quelques heures dans un parc voi­sin et qui se­rait par­ti sans aver­tir ses in­ter­ve­nants est consi­dé­ré en fugue.

« Il m’ar­ri­vait de par­tir pen­dant deux ou trois jours, par­fois plus. Je re­ve­nais par moi­même au centre ou d’autres fois, c’était les po­li­ciers qui me ra­me­naient », confie-t-il.

Frank ré­pète qu’il ne ré­flé­chis­sait pas à ses actes avant de par­tir in­opi­né­ment. Ses fugues étaient la fa­çon qu’il avait trou­vée pour com­battre l’en­nui et la tris­tesse d’être sé­pa­ré de ses proches.

« J’avais be­soin d’at­ten­tion. Ça n’al­lait pas très bien à l’école et j’avais de mau­vaises fré­quen­ta­tions. Je cou­chais chez des amis qui m’hé­ber­geaient tem­po­rai­re­ment. Je n’ai ja­mais eu à pas­ser une nuit dans la rue, ni à po­ser des gestes illé­gaux pour dor­mir ou man­ger », pré­cise l’ado­les­cent.

Chan­ge­ment de cap

Après des an­nées de ga­lère spo­ra­dique, le jeune homme a dé­ci­dé de re­prendre sa vie en main. Les nom­breuses dis­cus­sions avec les in­ter­ve­nants des centres jeu­nesse – Frank a fré­quen­té di­vers éta­blis­se­ments – l’ont ame­né à ré­flé­chir et à s’in­té­grer dans son nou­vel en­vi­ron­ne­ment.

« Je fais par­tie de l’équipe de volleyball, je vais au gym et je par­ti­cipe à plu­sieurs ac­ti­vi­tés, in­dique-t-il. J’ai pris la dé­ci­sion de ne plus fu­guer. J’ai main­te­nant des buts et des ob­jec­tifs. Je suis des cours pour de­ve­nir rem­bour­reur et j’aime ça. Je suis sur la bonne voie, le bon che­min. Je ne veux pas re­tom­ber dans le cycle des fugues. »

Les ef­forts de Frank portent leurs fruits. Il a main­te­nant droit à des sor­ties de fin de semaine ou en­core de jour. Évi­dem­ment, il en fait la de­mande et il pré­vient ses in­ter­ve­nants.

Quand un jeune ar­rive en centre jeu­nesse, il y a une pé­riode d’adap­ta­tion. Cha­cun la fait à sa fa­çon.

De se re­trou­ver loin des siens n’est ja­mais une chose fa­cile pour les jeunes que nous ac­cueillons, ad­met Jo­ce­lyne Bou­dreault, agente d’in­for­ma­tion au Centre jeu­nesse de Mon­tréal – Ins­ti­tut uni­ver­si­taire.

Le lien pa­ren­tal est très fort et il ar­rive que cer­tains aient plus de dif­fi­cul­tés que d’autres à gé­rer la si­tua­tion. Le tra­vail des in­ter­ve­nants est de dé­ve­lop­per un in­té­rêt, une pas­sion chez le jeune pour l’in­té­grer dans son nou­veau mi­lieu de vie. Et à force de tra­vail, les édu­ca­teurs peuvent ob­te­nir de bons ré­sul­tats… comme dans le cas de Frank.

(Photo: pa­co­pho­to.ca)

Avec plus de 200 fugues à son ac­tif, Frank a ac­cep­té de ra­con­ter son his­toire, dans le cadre du mois de la pré­ven­tion des fugues d’En­fant-Re­tour Qué­bec.

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