Dix fugues chaque jour au Qué­bec

Ils sont jeunes, dé­brouillards et à la recherche de li­ber­té. Pas une jour­née ne passe sans qu’une di­zaine d’ado­les­cents ne quittent leur ré­si­dence fa­mi­liale sans en aver­tir leurs pa­rents, ré­vèlent des don­nées ob­te­nues par TC Me­dia.

L'Informateur - - NEWS - Ma­rie-Jo­sée Pa­rent

Avec 96 fugues rap­por­tées à En­fant-Re­tour Qué­bec, entre jan­vier 2010 et oc­tobre 2013, Mon­tréal se re­trouve loin de­vant les autres villes de la pro­vince.

En ce mois de no­vembre, mois de la pré­ven­tion des fugues, En­fant-Re­tour Qué­bec sonne l’alarme.

« Il y a une dé­sen­si­bi­li­sa­tion du pu­blic, car il y en a des mil­liers, es­time la di­rec­trice gé­né­rale de l’or­ga­nisme, Pi­na Ar­ca­mone. Lors­qu’un ado­les­cent fuit à plu­sieurs re­prises, ce­la mène les gens à ba­na­li­ser sa dis­pa­ri­tion. Pour­tant, l’en­fant est très vul­né­rable. Il s’expose à bien des dan­gers. Il n’a pas d’ar­gent. Il a faim et sou­vent froid. Il de­vient une proie fa­cile pour les pré­da­teurs. »

Deux pro­fils de fu­gueurs

Le manque de res­sources est d’ailleurs ce qui ex­pli­quait le re­tour à la mai­son pour les deux tiers des fu­gueurs dans les 24 heures pre­mières heures en 2012. Se­lon le rap­port sur les en­fants dis­pa­rus, 86 % d’entre eux sont re­ve­nus au cours de la pre­mière semaine.

Ces ado­les­cents en étaient sou­vent à leur pre­mière fuite. Sous le coup de la co­lère, ils ont pris la poudre d’es­cam­pette. Le geste étant spon­ta­né, la fugue n’est ja­mais bien longue.

L’autre pro­fil de fu­gueurs est beau­coup mieux or­ga­ni­sé. Les jeunes n’en sont pas à leur pre­mière fuite et leur dis­pa­ri­tion est pla­ni­fiée et pré­pa­rée.

« On nous in­forme d’une fugue lorsque l’en­fant est dis­pa­ru de­puis une semaine ou plus, in­dique Mme Ar­ca­mone. À moins qu’on craigne pour sa vie, on ne le sait ja­mais dès les pre­mières heures. »

C’est pour­tant à ce mo­ment que les ado­les­cents sont les plus vul­né­rables. « Les filles re­pré­sentent 79 % de nos dos­siers. À cet âge, elles manquent sou­vent d’es­time de soi. Elles ont be­soin d’être va­lo­ri­sées. Elles vont ren­con­trer des adultes qui vont leur don­ner confiance et leur pro­mettre de les ai­der », ex­plique la di­rec­trice gé­né­rale.

Ces pré­da­teurs peuvent alors les en­traî­ner dans des ac­ti­vi­tés, tels que : le vol, la pros­ti­tu­tion ou la vente de drogue. Par­mi les dos­siers ou­verts par l’or­ga­nisme, on note que 13 % des fu­gueuses au­raient été ex­po­sées à l’ex­ploi­ta­tion sexuelle et 17 % en ont été réel­le­ment vic­times.

No­vembre

À cette époque de l’an­née, le té­lé­phone sonne ré­gu­liè­re­ment chez En­fant-Re­tour Qué­bec. Le mois de no­vembre est ce­lui où les si­gna­le­ments sont les plus nom­breux.

« Les fugues sont sou­vent le ré­sul­tat d’un manque de com­mu­ni­ca­tion. La re­mise du pre­mier bul­le­tin en no­vembre est l’oc­ca­sion pour les pa­rents de dé­cou­vrir les mau­vaises notes de leur en­fant », sou­ligne Mme Ar­ca­mone.

Cette der­nière men­tionne que le prin­temps, avec le re­tour du beau temps et la fin des classes, est aus­si l’une des pé­riodes fortes de l’an­née.

Re­cherches

Pour re­trou­ver les fu­gueurs, l’aide du pu­blic et des po­li­ciers s’avère tou­jours pré­cieuse. « Un en­fant sur six est re­trou­vé grâce à la pu­bli­ca­tion de sa photo dans les mé­dias et les ré­seaux so­ciaux, ré­vèle Mme Ar­ca­mone. Ces modes de com­mu­ni­ca­tion pro­pulsent la nou­velle en très peu de temps. »

Dans 65 % des cas trai­tés par l’or­ga­nisme, ce sont tou­te­fois les po­li­ciers qui ont lo­ca­li­sé l’ado­les­cent en fuite. Le tiers des jeunes ont fi­ni par aban­don­ner leur ca­vale et ren­trer à la mai­son. Les re­cherches de la fa­mille ont per­mis de conclure le dos­sier dans seule­ment 2 % des si­tua­tions.

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