PRIS dans l’en­gre­nage des gangs de rue

Un gar­çon, ac­cu­sé entre autres de proxé­né­tisme, se ra­conte. Il s’est en­fon­cé len­te­ment dans les rouages d’un gang de rue alors qu’il n’avait que 13 ans. Au­jourd’hui, il tente de ti­rer des le­çons de son ex­pé­rience.

L'Informateur - - LA UNE - Alice.braud@tc.tc

À l’âge de 13 ans, Oli­vier (nom fic­tif) est en­tré dans un gang de rue. Au­jourd’hui, pla­cé à Ci­té des Prai­ries, le jeune homme tente de com­prendre pour­quoi il en est ar­ri­vé là. Ce­lui-ci nous ra­conte l’état d’es­prit dans le­quel il se trou­vait quand il fai­sait par­tie d’un gang de rue.

In­cul­pé pour proxé­né­tisme, Oli­vier tra­vaille sur lui-même pour se don­ner une se­conde chance. Les dé­lits ef­fec­tués par le gar­çon et sa di­zaine d’amis sont de­ve­nus de plus en plus im­por­tants à me­sure que le gang pre­nait de l’im­por­tance. Pour­tant, avant que la po­lice ne l’ar­rête, ce­lui-ci ne se consi­dé­rait pas comme ap­par­te­nant à un gang de rue.

« Moi j’ai for­mé mon groupe d’amis, on fai­sait des dé­lits. Mais je ne sais pas com­ment le dire, pour moi je n’étais pas dans un gang de rue. Je l’ai fi­na­le­ment ap­pris quand les po­li­ciers m’ont ar­rê­té et qu’ils m’ont qua­li­fié comme ap­par­te­nant à un gang de rue », rap­porte-t-il.

Même si Oli­vier es­pé­rait un jour quit­ter cette or­ga­ni­sa­tion, la puis­sance, la do­mi­na­tion et l’ar­gent étaient de­ve­nus un leit­mo­tiv trop fort.

« Vers 13 ans, en en­trant au se­con­daire, j’ai com­men­cé à fré­quen­ter des gens. J’aime do­mi­ner, j’aime ça avoir le contrôle, c’est pour ça que j’ai com­men­cé à for­mer mes amis et ma gang. Je sa­vais que l’on me res­pec­tait. Et puis l’ar­gent aus­si ça te donne en­vie de conti­nuer », avoue-t-il.

Même si Oli­vier était bien res­pec­té dans son quar­tier, il n’était pas rare qu’il re­çoive des me­naces de la part d’autres gangs, no­tam­ment en rai­son du prix trop bas qu’il fixait sur la re­vente de drogue.

« J’ai re­çu plu­sieurs me­naces des gens de l’ex­té­rieur, qui di­saient que le prix que je fai­sais était en train de dé­ran­ger leur en­tre­prise à eux, que je ven­dais en des­sous du prix du mar­ché », ex­plique Oli­vier.

L’ar­res­ta­tion et le che­mi­ne­ment

Son ar­res­ta­tion, Oli­vier la per­çoit comme un mal pour un bien. Une fa­çon pour lui, de chan­ger de voie, d’évo­luer et de se construire un nou­vel ave­nir.

« In­cons­ciem­ment, c’est comme si je vou­lais me faire ar­rê­ter. J’al­lais bien­tôt avoir 18 ans, j’al­lais à 200 km/h , j’al­lais frap­per un mur. Je me dis que si je ne m’étais pas fait ar­rê­ter là, je se­rais peu­têtre al­lé au pé­ni­ten­cier. Même si je n’aime pas du tout cet en­droit (Ci­té des Prai­ries), je me dis que c’est mieux que de pas­ser de l’autre cô­té (la pri­son) », sou­ligne-t-il.

Oli­vier dit avoir gran­di dans une fa­mille stable, mais il se pré­oc­cu­pait pour­tant peu des in­quié- tudes que sa fa­mille por­tait à son égard.

« Ma mère s’en dou­tait un peu. Elle sa­vait que je fu­mais de la drogue, que je ren­trais de plus en plus tard à la mai­son. Ma mère est ar­ri­vée au Ca­na­da il y a 25 ans. Elle a tra­vaillé dans le monde ma­nu­fac­tu­rier, mais elle s’est tou­jours dé­brouillée et elle a gra­vi les éche­lons. Moi aus­si je vou­lais faire mon bout de che­min seul », confie-t-il.

Au­jourd’hui, Oli­vier es­père pou­voir se trou­ver un tra­vail, fi­nir son DEP en sou­dure et re­par­tir du bon pied. Sans vou­loir ca­res­ser de rêve en par­ti­cu­lier. Il es­père juste ne pas pas­ser de l’autre cô­té.

(Photo :pa­co­pho­to.ca)

À Ci­té des Prai­ries, Oli­vier tra­vaille sur lui-même pour se don­ner une se­conde chance.

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