Des en­fants dro­gués

L'Informateur - - LA UNE - ste­pha­nie.al­ca­raz-ro­bin­son@tc.tc

Le centre Le Grand Che­min ac­cueille des jeunes toxi­co­manes qui ont com­men­cé leur consom­ma­tion alors que cer­tains n'étaient en­core que des en­fants. Un jeune té­moigne de son par­cours dans le monde de la drogue et de sa vo­lon­té de s’en sor­tir.

Bien qu’il soit dif­fi­cile de croire que des pro­blèmes de consom­ma­tion puissent af­fli­ger des jeunes âgés d’à peine 12 ou 13 ans, chaque an­née, ils sont une cen­taine d’en­fants et d’ado­les­cents de 12 à 17 ans à en­tre­prendre une dé­marche thé­ra­peu­tique au centre Le Grand Che­min, si­tué à l’hô­pi­tal Ri­vière-des-Prai­ries. Leur ob­jec­tif : se li­bé­rer de leur dé­pen­dance, soit à l’al­cool, aux drogues ou au jeu.

En 2012, par­mi ces jeunes, quatre étaient âgés de seule­ment 13 ans. Leur moyenne d’âge était de 15,8 ans en 2013. Leur his­toire et leur vi­sage va­rient, mais ce qui ne change pas c’est que les consé­quences de leur consom­ma­tion peuvent être énormes. « La consom­ma­tion d’un jeune de cet âge est sem­blable à quel­qu’un de plus vieux, in­dique An­nie Mar­cotte, co­or­don­na­trice par in­té­rim du centre Le Grand Che­min de Mon­tréal. Un jeune de 13 ou 14 ans qui ar­rive ici, par­fois a com­men­cé à consom­mer à par­tir de 10 ou 11 ans. Au ni­veau des sub­stances, c’est très sem­blable, tout âge confon­du.

L’ap­proche de l’in­ter­ven­tion, quoi­qu’elle puisse être adap­tée aux plus jeunes, de­meure sem­blable. Tous sont au centre pour un sé­jour de huit à dix se­maines, pri­vés de cel­lu­laire, de sor­ties et de Fa­ce­book. Après les avoir ac­cueillis, les in­ter­ve­nants les amè­ne­ront à se po­ser des ques­tions sur leur pro­blé­ma­tique.

« Il ne faut ce­pen­dant pas se fier à cette sta­tis­tique, pré­cise la co­or­don­na­trice. Il se peut qu’un jeune quitte avant le temps, en ayant connu un re­vi­re­ment to­tal. »

« Nous avons dé­jà eu un jeune de 12 ans à qui on a rac­cour­ci le pro­gramme. À cet âge, si le contexte fa­mi­lial est fa­vo­rable et qu’il ne res­sent pas l’en­vie de consom­mer, on peut en ve­nir à fi­nir plus ra­pi­de­ment, en huit se­maines au lieu de dix se­maines. Seule­ment 40 % des jeunes com­plè­te­ront le pro­gramme in­terne avec suc­cès.

« Ces jeunes de­mandent par contre un peu plus d’ac­com­pa­gne­ment une fois à l’ex­té­rieur. Les res­sources ne sont pas tou­jours pré­sentes. Il faut qu’ils se trouvent des ac­ti­vi­tés pour se res­pon­sa­bi­li­ser. On tente de sol­li­ci­ter un peu plus l’im­pli­ca­tion de la fa­mille. »

Des signes avant-cou­reurs

La consom­ma­tion et la dé­pen­dance al­tèrent le com­por­te­ment et la rou­tine d’un jeune, qui chan­ge­ra par­fois du tout au tout. Cer­tains signes ne dé­mentent pas.

« Au­tant à 12 ans qu’à 17 ans, le jeune va s’iso­ler, ne pren­dra pas les re­pas aux heures nor­males, ces­se­ra même de s’ali­men­ter. Il pour­ra ces­ser de fré­quen­ter l’école. »

Pour se pro­cu­rer l’ob­jet de son dé­sir, un jeune ira jus­qu’à com­mettre des crimes. Vols, échange de fa­veurs sexuelles contre de la drogue, etc.

« Comme pour les adultes, pour­suit Mme Mar­cotte, cer­tains de­vront tout perdre avant de se rendre compte qu’ils ont un pro­blème. Pour d’autres, une sus­pen­sion au tra­vail se­ra suf­fi­sante. Par­fois, pour un ado­les­cent, il fau­dra une sus­pen­sion à l’école pour qu’il réa­lise qu’il y a quelque chose qui ne fonc­tionne pas. D’autres en viennent à lâ­cher l’école, à dé­cro­cher. Le pro­ces­sus est sem­blable, mais à un ni­veau différent. »

« On ne peut peindre un por­trait-type des jeunes qui se trouvent ici, argue Mme Mar­cotte. Ils pro­viennent tous de mi­lieux dif­fé­rents, de pa­rents res­pon­sables ou qui ont je­té l’éponge. On re­trouve des pa­rents qui ont des pro­blèmes de consom­ma­tion… Il existe une pa­no­plie de fac­teurs qui ex­pliquent qu’un jeune com­mence à consom­mer. »

Thé­ra­pie ac­ces­sible à tous

Le centre offre la thé­ra­pie, ain­si que toutes les ac­ti­vi­tés connexes, à tous les jeunes. Au­cuns frais ne sont à dé­bour­ser pour les pa­rents. « On s’as­sure ain­si qu’au­cun jeune ne soit pé­na­li­sé, ex­plique Mme Mar­cotte. Nous com­pre­nons que ce ne sont pas tous les pa­rents qui peuvent s’of­frir des thé­ra­pies coû­teuses. »

Le centre Le Grand Che­min, 7070, bou­le­vard Per­ras, Mon­tréal. 514 381-1218. www.le­grand­che­min.qc.ca.

(Photo: Sté­pha­nie Al­ca­raz Ro­bin­son)

An­nie Mar­cotte aide les jeunes à che­mi­ner, pour leur as­su­rer un ave­nir plus pro­met­teur.

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