Ra­phaël ra­conte sa des­cente aux en­fers

Dro­gué à 14 ans

L'Informateur - - NEWS - Ste­pha­nie.al­ca­raz-ro­bin­son@tc.tc

À pre­mière vue, Ra­phaël (nom fic­tif) res­semble à un jeune comme tous les autres. Dif­fi­cile de croire que ce jeune homme de 17 ans, qui s’ex­prime bien et semble se­rein dans sa dé­marche, se bat tou­jours contre une dé­pen­dance aux drogues et à l’al­cool.

C’est à l’âge de 14 ans que sa consom­ma­tion dé­bute, d’abord avec du can­na­bis, en­suite de l’al­cool. « J’ai aus­si fait un peu de co­caïne. J’ai fait du speed et de l’ecs­ta­sy, avoue-t-il can­di­de­ment. Dans le fond, peu im­porte ce qu’on m’au­rait don­né pour fuir… pour me ge­ler… je l’au­rais pris. »

Son pas­sage au centre Le Grand Che­min lui a per­mis de com­prendre pour­quoi il avait dé­bu­té cette consom­ma­tion.

« Je n’avais pas vrai­ment confiance en moi, confie-t-il. On di­rait que mes pa­rents m’avaient tel­le­ment don­né d’at­ten­tion, que ren­du à l’école, tsé, j’en n’avais plus. Je suis al­lé cher­cher ce que mes pa­rents me don­naient dans les yeux des autres. »

Il a com­men­cé à fré­quen­ter une bande de dro­gués, qui lui pa­rais­sait co­ol. « Fi­na­le­ment, ce n’est pas si co­ol que ça. On porte des masques. Mais ce n’est pas vrai. Ce n’est pas ça. »

Ra­phaël a en­tre­pris une pre­mière thé­ra­pie, qu’il a quit­tée après cinq se­maines. À cet âge-là, on se croit in­vin­cible. Mal­heu­reu­se­ment, il a re­chu­té et a com­pris qu’il de­vait re­ve­nir au Centre.

« J’ai fait quelque temps en centre jeu­nesse, ex­plique-t-il. Je sa­vais que j’en avais be­soin, mais… Ça ne me ten­tait pas. Ça ne pou­vait plus conti­nuer, tsé. J’suis ar­ri­vé avec de la bonne vo­lon­té. Les jeunes qui viennent en thé­ra­pie, s’ils veulent s’ai­der, ils vont s’ai­der, tsé. Tu ne peux pas ve­nir en thé­ra­pie et nier que t’as un pro­blème. Tu dois le faire pour toi, on ne te pous­se­ra pas pour ve­nir ici. »

Après avoir com­plé­té son che­mi­ne­ment, il re­vient au centre pour du res­sour­ce­ment, car la vie à l’ex­té­rieur peut par­fois être accablante. Il veut s’en sor­tir et prend toute l’aide qu’il peut avoir.

« Si je ne m’en sors pas, c’est parce que je n’en au­rai pas eu la vo­lon­té. Car tout est là pour m’ai­der. Oui, j’ai fait des re­chutes… J’ai chan­gé beau­coup, quand même. Je m’ex­prime mieux. Au lieu d’at­ta­quer les autres, je suis calme et je vais dire com­ment je per­çois les choses. Je ra­bais­sais les autres, car je n’avais pas d’es­time. »

Lors­qu’on lui de­mande ce dont il est fier, Ra­phaël hé­site et prend un long mo­ment de ré­flexion. « Je suis fier d’être en cin­quième se­con­daire, fi­nit-il par dire. Aus­si, d’avoir une bonne fa­mille et d’être bon dans les sports. »

Le com­bat n’est pas ter­mi­né pour Ra­phaël. Mais il est en­tou­ré de per­sonnes, dont An­nie Mar­cotte, co­or­don­na­trice par in­té­rim du Centre, qui ont confiance en lui.

« Il a par­cou­ru un grand che­min. C’est un jeune qui a réa­li­sé bien des choses sur sa dé­pen­dance », com­mente-t-elle.

(Photo: Sté­pha­nie Al­ca­raz Ro­bin­son)

Ra­phaël tra­verse un mo­ment dif­fi­cile, mais il sait qu’il y a une lu­mière au bout du tun­nel.

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