La pros­ti­tu­tion est à la mode

Une étude de l’équipe RDP

L'Informateur - - NEWS - Si­mon.bous­quet-ri­chard@ tc.tc

Les styles «pros­ti­tué» et «proxé­nète» sont à la mode chez les ado­les­cents, se­lon plu­sieurs in­ter­ve­nants au­près des jeunes, qui s’in­quiètent que cette ba­na­li­sa­tion fa­vo­rise le re­cru­te­ment des jeunes filles dans l’in­dus­trie du sexe.

« On parle même de proxé­nètes qui le font pour le style et de filles qui veulent avoir l’air de prostituées », ob­serve Pier­re­son Va­val d’Équipe RDP.

Les clips vi­déo de groupe de Gang­sta rap et ceux de Mi­ley Cy­rus, de La­dy Ga­ga et de Rhian­na, no­tam­ment, va­lo­risent l’ex­po­si­tion du corps nu de la femme. Ce­la en­cou­ra­ge­rait un chan­ge­ment de com­por­te­ment sexuel au­près des jeunes filles, se­lon les in­ter­ve­nants.

« Il y a un chan­ge­ment d’at­ti­tude chez les ado­les­centes qui ac­ceptent plus les rap­pro­che­ments et qui sont moins pu­diques. Chez cer­taines, c’est nor­mal de se faire tou­cher les fesses et il y a une ba­na­li­sa­tion de ce cô­té-là. C’est par­fois même glo­ri­fié », ex­plique Nor­mand Séguin. Le po­li­cier du poste de quar­tier 45 re­marque que cette culture a aus­si des ef­fets sur les jeunes gar­çons en vé­hi­cu­lant le mes­sage que le proxé­né­tisme peut être une fa­çon de ga­gner de l’ar­gent et d’être à la mode.

Le doigt dans l’en­gre­nage

C’est d’ailleurs souvent par la mu­sique que les filles mettent le doigt dans l’en­gre­nage de l’in­dus­trie du sexe. Les proxé­nètes ba­na­lisent souvent l’ex­ploi­ta­tion en fai­sant des com­pa­rai­sons avec les images des clips vi­déo. M. Val­val ra­conte même l’his­toire de jeunes filles en­ga­gées pour tour­ner un clip vi­déo par un groupe de mu­sique com­po­sé de jeunes gar­çons.

« Ils disent à la fille : “tu pa­rais bien, alors tu vas être comme Beyon­cé”. C’est va­lo­ri­sant pour la fille qui va être re­gar­dée sur You­Tube. Ils com­mencent par l’em­bar­quer comme ça, puis tran­quille­ment, ils vont de plus en plus loin. »

Les filles sont souvent re­cru­tées près des éta­blis­se­ments sco­laires ou dans les parcs par des proxé­nètes qui sont par­fois des jeunes qu’elles ont cô­toyés à l’école. Ces re­cru­teurs sont donc dif­fi­ciles à dé­mas­quer.

« On a une per­cep­tion du proxé­nète comme quel­qu’un d’ap­pa­rent, mais ce sont souvent des gens plus so­phis­ti­qués, af­firme M. Va­val. Si les jeunes filles les voient ve­nir, elles n’iront pas vers eux. Il ne faut pas pen­ser que les jeunes veulent se sou­mettre à l’es­cla­vage sexuel vo­lon­tai­re­ment. »

Ce sont même par­fois des ado­les­centes qui re­crutent. Ce phé­no­mène a no­tam­ment été ob­ser­vé dans les centres jeu­nesse.

« Elles vont leur dire que c’est un mé­tier comme un autre. Elles pré­sentent ça comme une «bu­si­ness» qui per­met d’être in­dé­pen­dante et c’est ça qui est at­ti­rant », croit l’in­ter­ve­nant d’Équipe RDP.

D’autres tombent dans le piège d’une pré­ten­due re­la­tion amou­reuse qui tourne gra­duel­le­ment au proxé­né­tisme. « Ces jeunes ont des be­soins ou des ca­rences au ni­veau iden­ti­taire, éco­no­mique et so­cial », ex­plique-t-il.

Une fois que les jeunes filles sont at­ti­rées dans le mi­lieu de la pros­ti­tu­tion, leur sou­te­neur les in­cite à cou­per tout contact avec leur com­mu­nau­té et leur fa­mille. Les in­ter­ve­nants ont donc peu de temps pour agir.

« Dans nos ac­ti­vi­tés, nous avons vu de jeunes filles qui mal­gré tout l’ac­com­pa­gne­ment et les res­sources qu’elles avaient se sont orien­tées vers la pros­ti­tu­tion », dé­plore M. Val­val. Il sou­ligne tou­te­fois l’im­por­tance de la fa­mille, des in­ter­ve­nants et de la com­mu­nau­té pour évi­ter que les jeunes femmes ne choi­sissent cette ave­nue. Le mi­lieu est éga­le­ment d’une im­por­tance ca­pi­tale lorsque les femmes tentent de sor­tir de la pros­ti­tu­tion.

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