Bout Au du­monde pour ses jeunes pa­tients

L'Informateur - - LA UNE - Si­mon.bous­quet-ri­chard@tc.tc

Un psy­chiatre de l’Ins­ti­tut Pi­nel a mar­ché plus de 140 km dans le dé­sert de glace pour fi­nan­cer l’ins­tal­la­tion d’une chambre d’apai­se­ment et de re­laxa­tion par la sti­mu­la­tion sen­so­rielle contrô­lée pour les adoles

cents qu’il soigne.

Comme ses pa­tients, An­toine de Chan­té­rac a par­fois eu be­soin de se ré­fu­gier dans des abris d’ur­gence pen­dant son pé­riple de 20 jours sur la Terre de Baf­fin.

C’est d’ailleurs afin de per­mettre l’ins­tal­la­tion d’une pièce qui ser­vi­ra de re­fuge pour les ado­les­cents de 12 à 18 ans qui fré­quentent l’Ins­ti­tut que le psy­chiatre s’est lan­cé dans cette aven­ture. Ce­la lui a per­mis d’amas­ser 8500 $ sur les 10 000 $ né­ces­saires au pro­jet.

Cette nou­velle tech­nique de re­laxa­tion par la sti­mu­la­tion sen­so­rielle contrô­lée est de plus en plus uti­li­sée par les spé­cia­listes et per­met­tra de cal­mer les pa­tients en crise de contact avec la réa­li­té, d’an­xié­té ou d’hy­per­sti­mu­la­tion sans avoir re­cours à la force ou aux mé­di­ca­ments.

« Ce­la a un double ob­jec­tif. D’abord d’évi­ter l’es­ca­lade lors de crise, mais aus­si de per­mettre aux pa­tients d’ap­prendre à gé­rer leurs émo­tions. C’est parce que c’est très per­ti­nent pour notre clien­tèle que ça me tient à coeur », ex­plique M. de Chan­té­rac qui, en pé­riode de coupe fi­nan­cière, s’est lan­cé ce dé­fi pour le bien-être de ses pa­tients.

Une épreuve qui ser­vi­ra d’exemple

En s’em­bar­quant dans cette aven­ture, le psy­chiatre vou­lait éga­le­ment mon­trer à ses pa­tients qu’il est pos­sible de se fixer des défis et de les réa­li­ser, mal­gré les em­bûches. Il pour­ra ain­si faire des pa­ral­lèles avec son voyage et la ré­in­ser­tion so­ciale des jeunes.

Le 16 mars, M. de Chan­té­rac s’est donc en­vo­lé avec trois per­sonnes en di­rec­tion d’Iqa­luit dans le cercle arc­tique.

Même si le voyage s’est bien pas­sé et que le spé­cia­liste est re­ve­nu avec tous ses or­teils, il a dû af­fron­ter des tem­pé­ra­tures par­ti­cu­liè­re­ment froides pour la sai­son. Cer­taines nuits, le mer­cure est des­cen­du sous les -40 °C, sans comp­ter le vent.

« Il y avait trois élé­ments qui jouaient sur mon mo­ral : le froid, la faim et le som­meil », ra­conte M. de Chan­té­rac qui se sur­prend de la grande in­fluence de ces be­soins sur sa mo­ti­va­tion.

Le psy­chiatre a donc dû ap­prendre à vivre avec le vent gla­cial comme ses pa­tients doivent vivre avec leur ma­la­die. Comme eux, il a aus­si dû af­fron­ter des crises qui l’ont apeu­ré.

Une nuit, l’ex­plo­ra­teur a été ré­veillé su­bi­te­ment par des vents vio­lents qui me­na­çaient de l’em­por­ter avec son cam­pe­ment. Quelques heures plus tôt, il avait so­li­de­ment fixé sa tente sur la ban­quise en rai­son des ra­fales qui souf­flait à une ving­taine de km/h.

« Le vent a aug­men­té du­rant la nuit et à 4 h du ma­tin, on s’est ré­veillé en sur­saut. C’était as­sez bru­tal parce que ce sont les ra­fales qui nous ont ré­veillés. La tente com­men­çait à s’en­vo­ler alors on a tout de suite mis la tente par terre. »

La pe­tite équipe a dû re­ve­nir sur ses pas sur une dis­tance de 4 km pour trou­ver un abri d’ur­gence où se pro­té­ger. La marche noc­turne de quelques heures a été pénible puis­qu’ils ont dû af­fron­ter un vent gla­cial de face qui souf­flait à 100 km/h.

« C’était vrai­ment pénible. J’avais mis toutes les cou­ver­tures sur mon visage pour me pro­té­ger du vent. On était com­plè­te­ment gelé. On était en mode sur­vie et on pen­sait seule­ment à at­teindre l’abri. »

Quelle ne fut pas leur sur­prise de tom­ber sur Ben Ro­ckett et son équi­pier dans cet abri de contre­pla­qués d’un mètre car­ré per­du au mi­lieu d’un ter­ri­toire peu fré­quen­té du­rant la sai­son froide. Les deux ex­plo­ra­teurs bri­tan­niques ef­fec­tuaient alors la pre­mière tra­ver­sée de l’île de Baf­fin à vé­lo au mo­ment où ils ont aus­si été sur­pris par le vent. Les deux groupes sont ain­si res­tés pris du­rant 24 heures.

Le voyage a aus­si été l’oc­ca­sion de prendre conscience des condi­tions et des dif­fi­cul­tés aux­quelles sont confron­tées les Inuit en ter­mi­nant le pé­riple dans un pe­tit vil­lage arc­tique.

« J’ai dis­cu­té avec une dame et elle m’a dit que ce qui est le plus dif­fi­cile est l’ab­sence de lu­mière de la mi-no­vembre à la mi-fé­vrier. Le so­leil ne se lève ja­mais, on voit seule­ment une lueur à l’ho­ri­zon. Le taux de sui­cide est très éle­vé dans ces com­mu­nau­tés du­rant cette pé­riode. La dame me di­sait que c’est aus­si très dif­fi­cile parce qu’il fait froid. »

Le voyage n’a tou­te­fois pas été que noirceur et les aven­tu­riers ont eu la chance de voir des pay­sages ma­gni­fiques.

« Nous avons eu des mo­ments de grand plai­sir et de belles jour­nées ensoleillées. Par­fois, je re­gar­dais la beau­té de la na­ture et j’avais un pe­tit fris­son d’émo­tion », conclut-il. Pour en­cou­ra­ger An­toine de Chan­té­rac et faire un don à la Fon­da­tion Pi­nel, ren­dez-vous à l’adresse : http:// bit.ly/1gf­jYzz

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