Des syn­di­qués re­mettent en ques­tion leurs mé­thodes de travail

Ma­ni­fes­ta­tion au CLSC Mer­cier-Est - An­jou

L'Informateur - - NEWS - steve.ca­ron@tc.tc

An­xié­té, stress et dé­mo­ti­va­tion, l’op­ti­mi­sa­tion des ser­vices par la quan­ti­fi­ca­tion des in­ter­ven­tions au CSSS de la Pointe-de-l’île (com­mu­né­ment ap­pe­lée la mé­thode Toyo­ta) n’a pas que des ef­fets bé­né­fiques, es­time le Syn­di­cat des tra­vailleuses et tra­vailleurs du CSSS de la Pointe-del’île qui s’in­quiète de ses ef­fets sur le per­son­nel.

Im­plan­tées de­puis oc­tobre 2010, par la firme Proac­tion, les nou­velles fa­çons de faire sont re­mises en ques­tion. Des syn­di­qués ont d’ailleurs ma­ni­fes­té leur mé­con­ten­te­ment la se­maine der­nière. Dans une en­quête-ter­rain me­née par le syn­di­cat, plu­sieurs em­ployés af­fec­tés au sou­tien à do­mi­cile ont li­vré des témoignages alar­mants.

« C’est ren­du que lorsque je vais chez un client, même si ce­lui-ci ré­vèle une si­tua­tion dif­fi­cile qui exi­ge­rait de la com­pas­sion et du temps, je suis concen­trée sur le temps qui me reste pour être à jour et at­teindre ma cible quo­ti­dienne », de ré­vé­ler une par­ti­ci­pante.

Dans la nou­velle mé­thode mise en place, chan­ger un pan­se­ment, don­ner un bain, se rendre d’un client à l’autre, tout doit être fait dans une pé­riode don­née. Les em­ployés ont l’im­pres­sion que les clients - terme qui rem­place ce­lui d’usa­ger – ne sont plus que des nu­mé­ros.

Une employée ra­conte que lors­qu’elle se ren­dait chez l’un de ses clients, ce­lui-ci l’at­ten­dait nu afin d’être en me­sure de ren­con­trer le temps al­loué pour don­ner un bain et res­pec­ter les quo­tas éta­blis.

« Lors­qu’il y a de la conges­tion rou­tière, c’est dif­fi­cile de pou­voir ren­con­trer quatre clients par jour. Même chose lors­qu’un client est confus, qu’il a une mau­vaise jour­née ou qu’il a tout sim­ple­ment en­vie de dis­cu­ter. Il fau­drait que l’em­ployé coupe court aux dis­cus­sions pour res­pec­ter ses quo­tas. On as­siste à une vé­ri­table dé­per­son­na­li­sa­tion des soins. Ça n’a pas de sens », sou­ligne Ni­cole Da­niel, pré­si­dente du syn­di­cat.

Le taux de rou­le­ment du per­son­nel et l’ab­sen­téisme dans une équipe en par­ti­cu­lier a de quoi in­quié­ter la pré­si­dente : 15 dé­parts de­puis juin 2012, dont cinq per­sonnes re­jointes ont confir­mé que le mo­tif de leur dé­part ou de leur ab­sence-ma­la­die était lié à l’or­ga­ni­sa­tion du travail et au style re­la­tion­nel de leur ges­tion­naire, ré­vèle l’en­quête du syn­di­cat.

Luc Bas­tien, vice-pré­sident ré­gio­nal à la Fé­dé­ra­tion de la san­té et des ser­vices so­ciaux – CSN, de­mande un mo­ra­toire sur la mise en place de telles mé­thodes d’op­ti­mi­sa­tion pour prendre le temps d’éva­luer la si­tua­tion et mieux or­ga­ni­ser les ser­vices.

Des ré­sul­tats pro­bants

De­puis sa mise en place, la mé­thode d’op­ti­mi­sa­tion a don­né des ré­sul­tats qui ra­vissent la di­rec­tion du CSSS de la Pointe-de-l’île.

Ma­thil­da Abi An­toun, di­rec­trice à la di­rec­tion du sou­tien à l’au­to­no­mie des per­sonnes âgées au CSSS de la Pointe-de-l’île, est convain­cue que ce vi­rage était né­ces­saire et que ce sont les clients qui en sont les ga­gnants.

« En 2011, nous avions 1300 clients sur notre liste d’at­tente et au­jourd’hui, ils sont 520. Ça re­pré­sente une di­mi­nu­tion de 60 %.

« Le nombre de plaintes a éga­le­ment di­mi­nué de 50 % par rap­port à 2011.

« Un son­dage me­né au­près de notre clien­tèle fait état d’un taux de sa­tis­fac­tion de 91 % des clients », af­firment-elle.

La di­rec­trice ne voit que du po­si­tif dans la nou­velle ré­or­ga­ni­sa­tion du travail du CSSS de la Pointe-de-l’île.

« L’op­ti­mi­sa­tion des ser­vices mise en place par Proac­tion est une for­mule flexible. Le temps ac­cor­dé pour chaque soin dis­pen­sé est un ordre de gran­deur sur le­quel s’ap­puyer. »

En op­tant pour cette mé­thode de ges­tion, l’ob­jec­tif du CSSS était de se concen­trer sur les tâches très ter­rain, celles qui ont une va­leur ajou­tée pour la clien­tèle. Et à ce cha­pitre, les ré­sul­tats ob­te­nus parlent d’eux-mêmes, se­lon Mme Abi An­toun.

(Pho­to: TC Me­dias – Steve Ca­ron)

Les membres du Syn­di­cat des tra­vailleuses et tra­vailleurs du CSSS de la Pointe-de-l’île ont ré­cem­ment ma­ni­fes­té leur exas­pé­ra­tion à leur em­ployeur. Ils en ont contre la mé­thode mise en place pour optimiser les ser­vices et af­firment être à bout de souffle.

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