Pas le choix de prendre l'au­to

RDP-PAT : 7 tra­vailleurs sur 10 uti­lisent leur voi­ture

L'Informateur - - LA UNE - Fre­de­rique.cha­rest@tc.tc

Mal­gré la conges­tion sur le ré­seau ar­té­riel, plus d’un Mont­réa­lais sur deux uti­lise sa voi­ture pour se rendre au tra­vail. Plus on s’éloigne du centre, plus l’au­to est le moyen de trans­port de choix.

C’est ce que ré­vèlent les don­nées re­cueillies par Statistique Ca­na­da lors de l’en­quête na­tio­nale des mé­nages de 2011 et pu­bliées sur le site In­ter­net de la Ville de Mon­tréal.

Sans sur­prise, les Mont­réa­lais qui uti­lisent da­van­tage leur voi­ture sont ceux qui vivent dans les quar­tiers les moins den­sé­ment peu­plés, loin des quar­tiers cen­traux. Or, c’est là que se trouvent les prin­ci­paux pôles d’em­plois.

Par­mi les ar­ron­dis­se­ments, c’est à L’Île-Bi­zard (81 %) que l’on re­trouve la plus forte pro­por­tion d’au­to­mo­bi­listes. Suivent en­suite Pier­re­fonds (75 %), Ri­vière-des-Prai­ries – Pointe-auxT­rembles (72,5 %), La­chine (68 %) et SaintLéo­nard (64,5 %).

Dans les autres villes de l’île, ce sont les tra­vailleurs de Kirk­land (78,3 %), Sen­ne­ville (77,9 %), Bea­cons­field (74,9 %) et Hamps­tead (74,9 %) qui comptent le plus sur la voi­ture pour se rendre au bu­reau.

« Les gens se dé­placent pour­quoi ? Pour tra­vailler et pour étu­dier, prin­ci­pa­le­ment. Dans les en­droits où il y a une proxi­mi­té entre où ils ha­bitent et où ils tra­vaillent et étu­dient, il va y avoir moins de conges­tion gé­né­rée parce que les gens vont prendre le trans­port col­lec­tif ou ac­tif », com­mente Florence Junca-Ade­not, pro­fes­seure as­so­ciée à l’école de la ges­tion de l’UQAM.

Conges­tion

Se­lon une étude pu­bliée à l’été 2014 par l’en­tre­prise Tom­tom, une firme spé­cia­li­sée dans la col­lecte de don­nées sur la cir­cu­la­tion, Mon­tréal se re­trou­vait en qua­trième place des villes ca­na­diennes les plus conges­tion­nées en 2013. L’au­to­mo­bi­liste mont­réa­lais a per­du en moyenne 78 h dans la cir­cu­la­tion. Une perte de temps qui peut nuire à la pro­duc­ti­vi­té des en­tre­prises.

« On ne peut pas dire que la conges­tion sur­vienne uni­que­ment sur les ponts. Vous en avez sur l’île de Mon­tréal qui est gé­né­rée par les gens qui viennent de l’ex­té­rieur de l’île, mais aus­si de l’île elle-même. Par exemple, le tra­fic qui émane de Pointe-aux-Trembles va res­sem­bler étran­ge­ment à ce­lui de Ter­re­bonne », ex­plique Mme Junca-Ade­not, qui a été pa­tronne de l’Agence mé­tro­po­li­taine de trans­port (AMT) de 1996 à 2004.

Dans l’ag­glo­mé­ra­tion de Mon­tréal, la quan­ti­té de voi­tures en cir­cu­la­tion a aug­men­té beau­coup plus ra­pi­de­ment que la po­pu­la­tion. Entre 2006 et 2011, la po­pu­la­tion s’est ac­crue de 1,73 %. La quan­ti­té de voi­tures, 6,35 %.

Trans­port en com­mun

Un peu plus du tiers des Mont­réa­lais uti­lisent le trans­port col­lec­tif pour se rendre au tra­vail. C’est bien, mais se­lon Mme Junca-Ade­not, cette pro­por­tion doit s’ac­croître pour s’at­ta­quer au pro­blème de la conges­tion. Mais les cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion ne suf­fi­ront pas.

« Il faut dé­ployer l’offre de ser­vice de trans­port col­lec­tif sur l’en­semble du ter­ri­toire de la fa­çon la moins coû­teuse. C’est-à-dire, des voies ré­ser­vées aux au­to­bus. Il faut of­frir du ser­vice là où il n’y en a pas. »

Se­lon elle, les tra­vailleurs ne veulent pas zig­za­guer en au­to­bus dans leur quar­tier pour cueillir les autres usa­gers; ils veulent se rendre di­rec­te­ment du point A au point B. Il fau­drait donc amé­na­ger plus de points d’en­trées au ré­seau de transports col­lec­tifs où les uti­li­sa­teurs peuvent se re­grou­per. Par exemple, des sta­tion­ne­ments in­ci­ta­tifs en marge des grandes ar­tères.

Mais la pré­ca­ri­té fi­nan­cière de la Ville et de la So­cié­té de trans­port de Mon­tréal (STM) rend dif­fi­cile la bo­ni­fi­ca­tion de l’offre de ser­vices.

« On n’est pas dans l’ère de dé­cu­pler l’offre, mais dans l’ère de la mise à ni­veau des in­fra­struc­tures exis­tantes », fait va­loir Mme Junca-Ade­not.

Den­si­fier les quar­tiers

L’an­cienne pré­si­dente de l’AMT ajoute que la di­ver­si­fi­ca­tion des moyens de trans­port col­lec­tif n’est qu’une pièce du casse-tête.

« Les pro­chains dé­ve­lop­pe­ments doivent es­sayer de créer des quar­tiers mul­ti­fonc­tion­nels. Il faut choi­sir de construire au­tour de pôles de trans­port col­lec­tif, si pos­sible, là où il y a dé­jà des em­plois. Il faut mê­ler com­merces, ser­vices, em­ployeurs et ré­si­dences. En fai­sant ce­la, vous ve­nez de tra­vailler sur la conges­tion. »

Mais les quar­tiers ne vivent pas en au­tar­cie; il faut une concep­tion ré­gio­nale du dé­ve­lop­pe­ment, plaide-t-elle. Le Plan mé­tro­po­li­tain d’amé­na­ge­ment et de dé­ve­lop­pe­ment (PMAD), qui com­porte un vo­let sur la mo­bi­li­té, pour­rait jouer ce rôle.

Mais en­core faut-il que « les me­sures se mettent en place et que tout le monde marche dans le même sens, in­dique Mme Junca-Ade­not. Pour l’ins­tant, il n’y a pas de chef d’or­chestre unique. »

Ri­vière-des-Prai­ries – Pointe-auxT­rembles (RDP-PAT) est par­mi les trois ar­ron­dis­se­ments où les ci­toyens uti­lisent le plus leur voi­ture pour se rendre au tra­vail. Une si­tua­tion que dé­plorent des in­ter­ve­nants du mi­lieu d’af­faires qui consi­dèrent que les ci­toyens ont peu d’op­tions au mo­ment d’al­ler tra­vailler.

« Dans un ar­ron­dis­se­ment comme RDPPAT, les gens n’ont pas le choix de prendre leur voi­ture pour al­ler tra­vailler, ex­plique Bru­no O’Kane, pré­sident de la Chambre de com­merce de la Pointe-de-l’Île. Les gens ne veulent pas pas­ser une heure et de­mie en au­to­bus et avoir à faire des trans­ferts pour se rendre à leur lieu de tra­vail. »

Il in­dique que cette réa­li­té re­pré­sente aus­si un obs­tacle pour les en­tre­prises à la re­cherche de main-d’oeuvre.

« Je ne peux pas af­fir­mer que toutes les en­tre­prises de la Pointe-de-l’Île ont de la dif­fi­cul­té à re­cru­ter en rai­son de l’in­ef­fi­cience du trans­port en com­mun, mais c’est dé­fi­ni­ti­ve­ment un obs­tacle à consi­dé­rer », si­gnale M. O’Kane.

Il ra­conte qu’il y a quelques se­maines, il a lui-même été con­fron­té à cette pro­blé­ma­tique qui touche prin­ci­pa­le­ment les pe­tites et moyennes en­tre­prises de la ré­gion.

« Nous étions à la re­cherche d’un pro­gram­meur. Après avoir pas­sé près de 25 per­sonnes en en­tre­vue, nous avons of­fert l’em­ploi à un can­di­dat au­quel nous étions très in­té­res­sés et il l’a re­fu­sé, ra­conte M. O’Kane. Il nous a ex­pli­qué qu’il n’avait pas de voi­ture et qu’il n’avait pas en­vie de faire le tra­jet en au­to­bus, parce que c’était trop long. »

Il ex­plique que même s’il n’y a pas de « so­lu­tion mi­racle », le pro­lon­ge­ment de la ligne bleue, pour­rait amé­lio­rer la si­tua­tion.

« Le mé­tro va nous ai­der beau­coup. Ça va di­mi­nuer le nombre de trans­ferts, alors je pense que ça va en­cou­ra­ger da­van­tage des gens à tra­vailler dans l’Est. »

Les au­to­mo­bi­listes fa­vo­ri­sés à l’em­bauche

Pour sa part, Vé­ro­nique Per­reault, char­gée de pro­jets au pla­ce­ment de main-d’oeuvre à la So­cié­té de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique Ri­vière-des-Prai­ries-Pointe-aux-Trem­blesMon­tréal- Est ( SODEC RDP- PAT- ME), si­gnale que c’est sou­vent pour les quarts de tra­vail de nuit que les en­tre­prises ont le plus de dif­fi­cul­té à re­cru­ter.

« Il n’y a pas beau­coup d’au­to­bus pour les gens qui tra­vaillent de nuit, ex­plique-t-elle. C’est pour ça que les gens doivent avoir une voi­ture, si­non, il se­rait im­pos­sible de se rendre sur leur lieu de tra­vail dans des temps rai­son­nables. »

Elle in­dique qu’à l’in­té­rieur même du sec­teur, il est dif­fi­cile de se dé­pla­cer en trans­port en com­mun pour al­ler tra­vailler dans un quar­tier voi­sin.

« Il y a sou­vent des gens de Mon­tréal-Nord qui sont très qua­li­fiés pour des em­plois à Pointe- aux- Trembles, mais ça peut leur prendre jus­qu’à une heure et quart pour s’y rendre, dit Mme Per­reault. Cette si­tua­tion fait en sorte que les gens avec une voi­ture sont sou­vent beau­coup plus fa­vo­ri­sés au mo­ment de l’em­bauche. »

À RDP-PAT, 73 % des gens uti­lisent leur voi­ture comme moyen de trans­port pour al­ler tra­vailler, 23 % uti­lisent le trans­port en com­mun, et seu­le­ment 4 % le trans­port ac­tif. Des chiffres, qui ne plaisent pas à la mai­resse de l’ar­ron­dis­se­ment, Chan­tal Rou­leau.

« Nous sommes conscients que le trans­port en com­mun nuit à tous les ci­toyens de l’ar­ron­dis­se­ment, dit-elle. Je ren­contre ré­gu­liè­re­ment les di­ri­geants de la So­cié­té de trans­port de Mon­tréal (STM) et il y a des choses qui vont chan­ger. »

Se­lon Mme Rou­leau, le taxi-col­lec­tif, le train de l’Est et la fu­ture na­vette flu­viale, chan­ge­ront le vi­sage de l’ar­ron­dis­se­ment en ma­tière de trans­port col­lec­tif.

« Ce sont des chan­ge­ments que nous at­ten­dons de­puis long­temps. Jus­qu’à main­te­nant, la STM jus­ti­fiait le manque de ser­vice par le peu d’acha­lan­dage. Mais main­te­nant, la de­mande jus­ti­fie un meilleur ser­vice. Si nous sommes nom­breux à nous plaindre, ils n’au­ront pas le choix que de ré­éva­luer la si­tua­tion », conclut la mai­resse.

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