Le grand ta­page

L'Informateur - - NEWS - Amine.es­se­ghir@ tc.tc et si­mon.bous­quet-ri­chard@ tc.tc

Les pri­son­niers de Bor­deaux ont in­ven­té leur propre tra­di­tion, pour cé­lé­brer le nou­vel An. À mi­nuit, le 31, ils font un tel va­carme que le bruit peut être en­ten­du à l’ex­té­rieur des murs. Un tin­ta­marre qui glace le sang de ceux qui l’ont en­ten­du.

«Ce dont je me sou­viens le plus, c’est le va­carme épou­van­table fait par les dé­te­nus à mi­nuit, se rap­pelle Michel Tza­na­cos, ex-dé­te­nu de Bor­deaux. Ça criait, ça ta­pait avec tout ce qui pou­vait leur tom­ber sous la main et ça se sou­hai­tait joyeux Noël et bonne an­née à tue-tête.»

Ces bruits dans la nuit qui fusent de la pri­son de Bor­deaux semblent être une ha­bi­tude de longue date.

Le son du déses­poir

L’écri­vain Claude Jas­min, qui a vé­cu non loin de la vieille pri­son dans les an­nées 1960 et 1970, se sou­vient d’une étrange fin de l’an­née 1975.

«Il fai­sait un temps d’une dou­ceur toute prin­ta­nière et, sur­pris par cette tem­pé­ra­ture in­ouïe, nous pre­nions l’air sur le bal­con ar­rière dans notre rue- im­passe Zo­tique- Ra­ci­cot. Sou­dain, ve­nus de la rue voi­sine, Poin­car­ré, là où se si­tue la vieille pri­son, nous avons en­ten­du des râles, des cris dans le soir. Une voix d’homme se la­men­tait, criant comme chien à la lune: « Pauline, je t’aime... Pauline, je t’aime!»»

«Ce fut ter­rible ces ap­pels dans le soir d’un pa­reil jour, se re­mé­more l’au­teur de «La Pe­tite Pa­trie», in­ter­viewé par TC Me­dia en 2012. Je me rap­pelle avoir bu da­van­tage de Pernod ce soir-là. Pour ou­blier sans doute cet homme mal­heu­reux dans sa cel­lule!»

Cette tra­di­tion n’est pas im­plan­tée à Ri­vière-des-Prai­ries, mais, vers mi­nuit, cer­tains condam­nés se sou­haitent la bonne an­née en criant par les bar­reaux de leur cel­lule.

Pas d’al­cool, ni de me­nu des Fêtes

À Ri­vière-des-Prai­ries, les dé­te­nus ne trinquent pas à la nouvelle an­née. La pe­ti­tesse des sec­teurs et les fouilles fré­quentes rendent la pro­duc­tion d’al­cool et le tra­fic de drogue pra­ti­que­ment im­pos­sibles, se­lon notre an­cien dé­te­nu qui y a pas­sé le temps des Fêtes.

M. Tza­na­cos, de son cô­té, au­rait ap­pré­cié qu’on lui serve un me­nu plus fes­tif « en­de­dans», en cette pé­riode de ré­jouis­sance. Il se rap­pelle qu’à Bor­deaux, on avait dis­tri­bué des crous­tilles, une frian­dise et une bois­son ga­zeuse dans les cel­lules. «Rien de quoi vrai­ment faire la fête.»

Quand on fait du temps, la pé­riode des Fêtes perd com­plè­te­ment sa si­gni­fi­ca­tion, ex­plique l’an­cien «ré­sident» de Ri­vière-des-Prai­ries, qui a pas­sé sept ans der­rière les bar­reaux.

(Pho­to journal Me­tro)

L’es­prit n’est pas à fête der­rière les bar­reaux de Ri­vière-des-Prai­ries.

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