De l’es­poir dans la lutte à la re­nouée ja­po­naise

Plante exo­tique en­va­his­sante

L'Informateur - - LA UNE - Da­vid Rien­deau

Une bio­lo­giste mont­réa­laise mène un com­bat contre la re­nouée ja­po­naise, une plante exo­tique en­va­his­sante qui met en pé­ril plu­sieurs ha­bi­tats na­tu­rels de l’île. De­puis un an, elle mène des tests pour trou­ver un moyen de stop­per sa pro­li­fé­ra­tion. Mal­gré des signes en­cou­ra­geants, la lutte contre cette es­pèce in­dé­si­rable s’an­nonce ar­due.

La bio­lo­giste Va­lé­rie Au­bin est char­gée de pro­jet au Co­mi­té Zone d’in­ter­ven­tion prio­ri­taire (ZIP) Jacques-Car­tier. Elle tra­vaille sur un pro­jet-pi­lote en col­la­bo­ra­tion avec dif­fé­rentes mu­ni­ci­pa­li­tés pour ve­nir à bout de la re­nouée ja­po­naise, une plante qui at­taque les es­pèces in­di­gènes des mi­lieux hu­mides et fo­res­tiers de plu­sieurs ré­gions du Qué­bec, de­puis 2013.

«La re­nouée est une plante très co­riace, aver­tit-elle. Même si on en coupe la tige et on sème d’autres es­pèces par-des­sus, ses ra­cines pro­duisent une toxine qui tue ses com­pé­ti­trices. Elle fi­ni­ra par re­pous­ser.»

«Dans le parc de la Cou­lée Grou à Poin­teaux-Trembles, par exemple, elle me­nace la po­pu­la­tion de cou­leuvres brunes.»

En mode so­lu­tion

Un pro­jet-pi­lote avec les mu­ni­ci­pa­li­tés de Bea­cons­field, de Re­pen­ti­gny et de Gran­by a per­mis de mettre à l’épreuve cer­taines mé­thodes de contrôle em­ployées ailleurs dans le monde contre ce fléau, comme la coupe ré­pé­tée et l’uti­li­sa­tion d’une mem­brane géo­ther­mique.

«Après une pre­mière an­née, l’ins­tal­la­tion d’une bâche sur les tiges cou­pées au ras le sol semble bien fonc­tion­ner, constate-t-elle. La mem­brane bloque les rayons du so­leil et brûle les ra­cines.»

Tou­te­fois, il ne faut pas crier vic­toire trop vite. Par géo­tro­pisme, les tiges ont ten­dance à pous­ser à l’ho­ri­zon­tale sur un mètre de dis­tance pour sor­tir de la toile. Il faut donc re­pas­ser du­rant la sai­son pour cou­per les bouts qui dé­passent.

De l’avis de la bio­lo­giste, il est en­core trop tôt pour dé­ter­mi­ner si cette mé­thode por­te­ra ses fruits à long terme. «J’ai l’es­poir que d’ici 5 à 10 ans, on puisse plan­ter des es­pèces in­di­gènes là où il y a eu des co­lo­nies de re­nouée, alors que la plante est dé­jà af­fai­blie. »

In­ter­dire sa vente?

Res­sem­blant à un pe­tit bam­bou, la re­nouée ja­po­naise trouve pre­neur au­près des hor­ti­cul­teurs ama­teurs qui peuvent se la pro­cu­rer dans cer­taines pé­pi­nières. La bio­lo­giste pense que l’interdiction de la vente de la re­nouée ja­po­naise se­rait une bonne piste de so­lu­tion pour en­di­guer le pro­blème. Une fois que la plante est en terre, s'en dé­bar­ras­ser est loin d'être fa­cile.

L’ar­ra­cher s’avère ex­ces­si­ve­ment dif­fi­cile. Un seul bout de ra­cine lui per­met de re­prendre vie. Puis­qu’elle croît ra­pi­de­ment, la re­nouée fait de l’ombre aux es­pèces in­di­gènes qui se ra­ré­fient. «N’ayant au­cun pré­da­teur na­tu­rel au Qué­bec, l’éco­sys­tème s’ap­pau­vrit ra­pi­de­ment où se trouve une co­lo­nie de re­nouée», ex­plique la bio­lo­giste.

« Les gens qui l’achètent ne com­prennent pas né­ces­sai­re­ment tous les en­jeux au­tour de la re­nouée. Cette plante a des ré­per­cus­sions né­ga­tives sur l’en­vi­ron­ne­ment.»

(Pho­to Da­vid Rien­deau – TC Me­dia)

La bio­lo­giste Va­lé­rie Au­bin se trouve de­vant une co­lo­nie de re­nouée ja­po­naise près des berges à Pointe-aux-Trembles.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.