L’aus­té­ri­té dont vous êtes le hé­ros

L'Informateur - - LA UNE - Roxanne Léou­zon

Mises à pied mas­sives dans les or­ga­nismes pu­blics, di­mi­nu­tion de ser­vices dans les écoles, hausses de ta­rifs – Mé­tro s’est at­te­lé, en se ba­sant sur les don­nées les plus ré­centes de l’Ins­ti­tut de re­cherche et d’in­for­ma­tions so­cio-éco­no­miques ( IRIS) ob­te­nues en pri­meur, à re­cen­ser les me­sures d’aus­té­ri­té im­po­sées par le gou­ver­ne­ment du Qué­bec de­puis un an et leurs consé­quences pour les ci­toyens. De cet exer­cice est né un ou­til in­ter­ac­tif: l’aus­té­ri­mètre.

Ren­dez- vous sur le site Web http:// bit. ly/1C5­bo49 pour vé­ri­fier à quel point ces me­sures vous af­fectent.

Ce sont 145 me­sures qui ont ain­si été comp­ta­bi­li­sées et contre-vé­ri­fiées par Mé­tro, pour des com­pres­sions to­tales de 1,3G$. «Ce n’est que la pointe de l’ice­berg», a avan­cé Minh Nguyen, le cher­cheur de l’IRIS res­pon­sable du pro­jet. M. Nguyen a sé­lec­tion­né les me­sures en se ba­sant presque ex­clu­si­ve­ment sur des in­for­ma­tions pu­bliées dans les mé­dias et confir­mées par les or­ga­ni­sa­tions qui les su­bissent. «Ce ne sont pas tous les or­ga­nismes et ins­ti­tu­tions qui ont dé­non­cé leurs com­pres­sions dans les mé­dias. Par exemple, je n’ai pas trou­vé le dé­tail des com­pres­sions pour tous les cé­geps», a sou­li­gné M. Nguyen.

Alors que les ef­fets de cer­taines coupes passent sous le ra­dar, d’autres peuvent être exa­gé­rées par les or­ga­nismes qui les su­bissent, croit Mia Hom­sy, di­rec­trice gé­né­rale de l’Ins­ti­tut du Qué­bec, un centre de re­cherche so­cioé­co­no­mique. «Une com­mis­sion sco­laire peut an­non­cer des coupes pour faire ré­agir et for­cer le gou­ver­ne­ment à re­ve­nir sur sa dé­ci­sion», a-telle ar­gué. S’ajoutent à cette in­cer­ti­tude les com­pres­sions an­non­cées, puis an­nu­lées par le gou­ver­ne­ment et les or­ga­nismes.

Les im­pacts des me­sures d’aus­té­ri­té sur les ser­vices à la po­pu­la­tion peuvent d’ailleurs prendre plu­sieurs an­nées à se faire sen­tir. Dif­fi­cile pour les ci­toyens, donc, d’en avoir une vi­sion d’en­semble pré­cise. Le ré­per­toire de Mé­tro est ce qui per­met de s’en rap­pro­cher le plus. Les me­sures ont été or­ga­ni­sées dans un ou­til en ligne ap­pe­lé aus­té­ri­mètre, grâce au­quel les ci­toyens ré­pondent à un ques­tion­naire qui leur per­met de voir quelles me­sures sont sus­cep­tibles de les tou­cher.

«Quand on a un em­ploi stable, au­cun pro­blème de san­té et que tout va bien dans la fa­mille, on voit moins d’im­pact. Mais le jour où on a un pé­pin, la des­cente est très ra­pide. On va avoir be­soin d’un fi­let so­cial et on va réa­li­ser que ce­lui qu’on a mis 40 ans à construire se se­ra ef­fri­té, a es­ti­mé Ju­lie Ni­co­las, di­rec­trice gé­né­rale du RACOR en san­té men­tale, qui re­groupe 86 or­ga­nismes. Les per­sonnes qui vivent des dif­fi­cul­tés, elles, voient très con­crè­te­ment les ef­fets sur elles.»

Contexte éco­no­mique

Il faut re­pla­cer les me­sures d’aus­té­ri­té dans leur contexte so­cio-éco­no­mique, sou­ligne Mia Hom­sy, co- au­teur du rap­port in­ti­tu­lé Crois­sance éco­no­mique et aus­té­ri­té: l’heure juste sur la si­tua­tion du Qué­bec. Cette étude conclut entre autres que la crois­sance éco­no­mique du Qué­bec ne se­rait pas re­mise en ques­tion par les com­pres­sions ac­tuelles.

«Avec le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, main­te­nir l’équi­libre bud­gé­taire va être un dé­fi. Si on conti­nue à trop dé­pen­ser, on va traî­ner le dé­fi­cit et com­pro­mettre les ser­vices aux ci­toyens dans le fu­tur», a-t-elle éva­lué.

Même si Mme Hom­sy croit que les com­pres­sions bud­gé­taires sont né­ces­saires, elle es­time qu’on peut ques­tion­ner la ma­nière dont le gou­ver­ne­ment s’y prend. Elle re­con­naît éga­le­ment que le tra­vail de do­cu­men­ta­tion des im­pacts à court terme sur la qua­li­té des ser­vices aux ci­toyens, comme le fait l’IRIS et Mé­tro, peut être com­plé­men­taire à sa propre ana­lyse.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.