L'UPAC dé­barque chez Cos­mo Ma­cio­cia

L'Informateur - - LA UNE - Jean-Marc Gil­bert

Des en­quê­teurs de l’Uni­té per­ma­nente an­ti­cor­rup­tion (UPAC) ont me­né une spec­ta­cu­laire sé­rie de perquisitions en lien avec le scan­dale des comp­teurs d’eau, dont une au do­mi­cile de l’an­cien maire, Cos­mo Ma­cio­cia. Une per­qui­si­tion qui ne sur­prend pas la conseillère Su­zanne Dé­ca­rie.

Outre celle de M. Ma­cio­cia, les ré­si­dences de l’ac­tuel maire de La­chine, Claude Dau­phin, l’an­cien conseiller, Sam­my For­cillo, ain­si que l’ex-conseillère de Côte-des-Neiges, Fran­cine Sé­né­cal ont aus­si re­çu la vi­site des en­quê­teurs, le 22 juillet. L’hô­tel de ville de l’ar­ron­dis­se­ment La­chine a éga­le­ment été vi­sé par la cin­quan­taine de po­li­ciers qui ont par­ti­ci­pé à la rafle.

Cos­mo Ma­cio­cia, maire de l’ar­ron­dis­se­ment de Ri­vière- des- Prai­ries - Pointe- auxT­rembles de 2005 à 2009, a sié­gé au co­mi­té exé­cu­tif de la Ville de Mon­tréal en tant que res­pon­sable des dos­siers d’ha­bi­ta­tion.

La conseillère Dé­ca­rie, la seule élue en­core en poste, qui était dé­jà conseillère à l’époque où Cos­mo Ma­cio­cia était maire de l’ar­ron­dis­se­ment, se dit «peu sur­prise» d’ap­prendre que l’UPAC a dé­bar­qué chez l’ex-maire Ma­cio­cia.

«On ne réus­si­ra peut-être pas à faire le grand mé­nage, mais on va au moins pou­voir en­le­ver beau­coup de pous­sière», dit-elle.

Se­lon Mme Dé­ca­rie, il est pri­mor­dial que «l’UPAC fasse la lu­mière sur ce qui s’est pas­sé», ques­tion de rendre la ville «plus propre».

Elle ajoute qu’il est faux de pen­ser qu’en quit­tant la vie po­li­tique, un élu n’est plus im­pu­table de quoi que ce soit.

La conseillère était dans l’op­po­si­tion à l’époque où M. Ma­cio­cia était maire de l’ar­ron­dis­se­ment.

Lors­qu’elle a été élue en 2005, c’était sous la ban­nière de Vi­sion Mon­tréal, di­ri­gé à l’époque par Pierre Bourque, alors que M. Ma­cio­cia était dans le par­ti de Gé­rald Trem­blay.

Plu­sieurs autres perquisitions

«C’est la cin­quième fois que l’on per­qui­si­tionne dans le cadre de cette en­quête», a ex­pli­qué la porte-pa­role de l’UPAC, Anne-Fré­dé­rick Lau­rence. Le len­de­main, une sixième per­qui­si­tion était me­née, cette fois chez Le­roux, Beau­doin, Hu­rens et as­so­ciés, une firme de gé­nie-con­seil si­tuée à Ahunt­sic-Car­tier­ville. Le contro­ver­sé contrat des comp­teurs d’eau avait été oc­troyé par l’ad­mi­nis­tra­tion Trem­blay en 2007. Il de­vait per­mettre d’op­ti­mi­ser l’uti­li­sa­tion de l’eau et évi­ter le gas­pillage. Le contrat avait été sus­pen­du puis an­nu­lé en 2009 quand une en­quête eu ré­vé­lé que le nu­mé­ro 2 de l’ad­mi­nis­tra­tion Trem­blay, Frank Zam­pi­no avait voya­gé sur le yacht du fu­tur vain­queur du contrat – To­ny Ac­cur­so – en pleine pré­pa­ra­tion de l’ap­pel d’offres de­vant me­ner au choix du four­nis­seur.

Ar­res­ta­tions à pré­voir?

Pour Da­nielle Pi­lette, pro­fes­seure à l’UQAM et ex­perte des questions sur la ges­tion mu­ni­ci­pale et mé­tro­po­li­taine, il est dif­fi­cile d’éva­luer si l’UPAC mul­ti­plie les perquisitions en vue de por­ter des ac­cu­sa­tions.

«On peut pré­su­mer que l’UPAC sou­haite me­ner des ar­res­ta­tions, mais on peut éga­le­ment pen­ser que les en­quê­teurs ac­cu­mulent des preuves, pour éven­tuel­le­ment ré­cla­mer de l’ar­gent aux firmes im­pli­quées dans ce scan­dale. Même si le contrat a été an­nu­lé. La Ville de Mon­tréal a en­cou­ru des sommes im­por­tantes.»

Mme Pi­lette dé­plore la gou­ver­nance dé­fi­ciente de la Ville de Mon­tréal et du gou­ver­ne­ment dans ce dos­sier. «Au-de­là des in­di­vi­dus, il y a un pro­blème sys­té­mique. L’UPAC et un vé­ri­fi­ca­teur gé­né­ral, c’est bien, mais ils en­quêtent après que le mal soit fait. Il fau­drait mettre en place des mé­ca­nismes de sur­veillance qui vont pré­ve­nir ce genre de scan­dales.»

Pots de vin et vie po­li­tique

Se­lon un té­moi­gnage en­ten­du à la com­mis­sion Char­bon­neau, M. Ma­cio­cia au­rait illé­ga­le­ment re­çu 60 000$ de la part du groupe Gé­nius Con­seil pour sa cam­pagne élec­to­rale de 2005 en échange de pro­messe de contrats.

Une somme de 15 000 $ supplémentaires avait éga­le­ment été ac­cor­dée par le groupe de gé­nie-con­seil à son suc­ces­seur Joe Ma­gri pour les élec­tions de 2009.

M. Ma­cio­cia a éga­le­ment été conseiller mu­ni­ci­pal de Saint-Léo­nard en 1978, ain­si que dé­pu­té du Par­ti li­bé­ral dans Vi­ger en 1981.

Il a dé­ci­dé de quit­ter la vie po­li­tique, après 30 ans de ser­vice, en 2009.

Avec la col­la­bo­ra­tion de Va­nes­sa Li­moges, Sa­man­tha Ve­lan­dia, David Rien­deau et Ré­dac­tion TC Me­dia.

(Pho­to TC Me­dia – Ar­chives)

À droite, l’an­cien maire Cos­mo Ma­cio­cia, en com­pa­gnie de Frank Zam­pi­no, Ber­nard Tré­pa­nier et Sam­my For­cillo.

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