La moi­tié des CPE et gar­de­ries ins­pec­tés une seule fois en cinq ans

L'Informateur - - EMPLOI@LOISELLE.CA - Naël Shiab

Plus de 1500 ser­vices de garde au Qué­bec n’ont su­bi qu’une seule ins­pec­tion du mi­nis­tère de la Fa­mille lors des cinq der­nières an­nées, ré­vèlent des in­for­ma­tions ob­te­nues et ana­ly­sées par TC Mé­dia.

« C’est net­te­ment in­suf­fi­sant et c’est ca­tas­tro­phique », s’in­surge Su­zanne Ma­jor, res­pon­sable du Cer­ti­fi­cat en pe­tite en­fance et fa­mille à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal.

Le nombre de places en ser­vice de garde a ex­plo­sé ces der­nières an­nées au Qué­bec. Ci­tons pour preuve l’aug­men­ta­tion de 660% en 7 ans des places en gar­de­ries pri­vées non­sub­ven­tion­nées, qui sont pas­sées d’en­vi­ron 7000 en 2008-2009 à 53 000 au 31 juillet 2015.

En re­vanche, le nombre d’ins­pec­teurs, lui, stagne de­puis des an­nées, os­cil­lant entre 42 et 46 de­puis 2010. Ils étaient 44 en 2014-2015.

Dé­lais res­pec­tés se­lon le mi­nis­tère

Pour le mi­nis­tère de la Fa­mille, les ins­pec­tions doivent être réa­li­sées dans les six mois sui­vant la dé­li­vrance d’un pre­mier per­mis, avant la date d’un re­nou­vel­le­ment de per­mis ou au maxi­mum 45 jours ou­vrables après la date de ré­cep­tion d’une plainte.

Se­lon Na­dia Ca­ron, porte-pa­role du mi­nis­tère de la Fa­mille, 96,2% des ins­pec­tions ont été réa­li­sées dans les temps pré­vus en 2014-2015.

Pro­duits toxiques, mé­di­ca­ments pé­ri­més et trousses de soins in­com­plètes

Chaque an­née, des cen­taines de man­que­ments re­liés à des pro­duits toxiques, des mé­di­ca­ments ou des trousses de soins sont consta­tés dans les gar­de­ries et les CPE du Qué­bec.

Plus de 1700 man­que­ments en lien avec des mé­di­ca­ments (date de pé­remp­tion dé­pas­sée, ad­mi­nis­tra­tion sans au­to­ri­sa­tion des pa­rents, etc.) ont été consta­tés par les ins­pec­teurs du mi­nis­tère, en moyenne chaque an­née, entre 2010 et 2014.

Quant aux ca­rences liées aux pro­duits toxiques (lieu d’en­tre­po­sage non-ver­rouillé et à por­tée des enfants par exemple), les ins­pec­teurs ont no­té 1400 in­frac­tions par an­née, en moyenne.

Sou­li­gnons éga­le­ment que près de 300 man­que­ments concer­nant les trousses de pre­miers soins (comme des trousses in­com­plètes ou non-conformes) ont été re­le­vés en moyenne, pour la même pé­riode.

Manque de nuance et d’uni­for­mi­té

Si ces chiffres semblent à pre­mière vue trou­blants, l’As­so­cia­tion des gar­de­ries pri­vées du Qué­bec (AGPQ) et l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des CPE (AQCPE) sou­tiennent que le site du mi­nis­tère dresse un por­trait alar­miste de la si­tua­tion.

Se­lon l’AQCPE, le même li­bel­lé est uti­li­sé que ce soit pour le « non-res­pect d’une pres­crip­tion ou un pot de va­se­line qui n’est pas pla­cé sur la bonne éta­gère ».

Mo­na Li­sa Bor­re­ga, porte-pa­role de l’AGPQ, abonde dans le même sens. « C’est de l’in­for­ma­tion gé­né­rique, ex­plique-t-elle. Moi, comme pa­rent, si je li­sais tout ce qui se trouve sur le site du mi­nis­tère, je trou­ve­rais ce­la épou­van­table. »

L’As­so­cia­tion des gar­de­ries pri­vées ré­clame un droit de ré­plique. « On de­mande de­puis long­temps qu’il y ait une pe­tite co­lonne sur le site web du mi­nis­tère, à cô­té du man­que­ment consta­té, où le pres­ta­taire de ser­vice pour­rait s’ex­pli­quer. »

Com­ment avons-nous fait ?

Le mi­nis­tère de la Fa­mille pu­blie sur son site web les rap­ports d’ins­pec­tion pour les gar­de­ries et les CPE. À l’aide d’un pro­gramme in­for­ma­tique co­dé par nos soins, nous avons ex­trait, à la fin du mois d’août der­nier, l’en­semble des rap­ports de­puis no­vembre 2009. Ces in­for­ma­tions ne concernent que les ins­pec­tions me­nées dans les centres de la pe­tite en­fance et les gar­de­ries. Le mi­nis­tère ne pu­blie pas les rap­ports d’ins­pec­tion des ser­vices de garde en mi­lieu fa­mi­lial.

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