Une équipe d’hos­pi­ta­li­sa­tion à do­mi­cile

L'Informateur - - LA UNE - Sa­man­tha.ve­lan­dia@ tc.tc

Un groupe in­ter­dis­ci­pli­naire de 14 pro­fes­sion­nels de la san­té spé­cia­li­sés en gé­ron­to­psy­chia­trie se rendent à do­mi­cile chez des aî­nés avec des pro­blèmes de san­té men­tale de­puis main­te­nant un an. L’équipe, unique au pays, aide à désen­gor­ger les ur­gences en plus d’of­frir une al­ter­na­tive ra­pide et ef­fi­cace à l’hos­pi­ta­li­sa­tion tra­di­tion­nelle.

Ma­quillée, par­fu­mée et vi­si­ble­ment in­quiète, Mme Trem­blay (non fic­tif) ouvre la porte de son lo­ge­ment de Pointe-aux-Trembles. L’oc­to­gé­naire souffre de dé­pres­sion sé­vère et d’an­xié­té. Mar­di, TC Me­dia ac­com­pa­gnait trois in­ter­ve­nants de l’uni­té d’hos­pi­ta­li­sa­tion et ré­so­lu­tion de crise de l’Ins­ti­tut uni­ver­si­taire en san­té men­tale de Mon­tréal (an­cien­ne­ment l’hô­pi­tal Louis-H. La­fon­taine) qui lui ren­dait vi­site.

«Je vais mieux, mais j’ai hâte que ça s’en aille pour de bon» confie l’aî­née qui a dû vivre des mo­ments dif­fi­ciles.

«Elle était tel­le­ment souf­frante que par­fois, les nuits, elle al­lait co­gner à la porte de ses voi­sins quand elle était en dé­tresse», ex­plique An­ge­la Ge­lo­so, psy­chiatre à la tête de cette uni­té d’in­ter­ven­tion.

Au­jourd’hui, le cas de Mme Trem­blay est presque ré­so­lu après en­vi­ron deux mois de sui­vi. «Elle com­mence à avoir des moins en moins de pen­sées né­ga­tives et se dit prête à re­prendre une vie ac­tive comme elle avait avant», si­gnale Sté­pha­nie La­fond, son in­fir­mière pi­vot.

Celle-ci se ren­dait au do­mi­cile de sa pa­tiente quatre fois par se­maine afin d’éva­luer ses be­soins et pro­di­guer des soins.

Une cen­taine de cas

Pour être ad­mis­sible au pro­gramme ins­pi­ré d’un mo­dèle sem­blable au Royaume-Uni, les pa­tients doivent être ré­fé­rés par leur mé­de­cin de fa­mille ou des in­ter­ve­nants du CLSC. Une ligne té­lé­pho­nique est éga­le­ment dis­po­nible 24 heures sur 7 jours.

L’équipe for­mée de deux psy­chiatres, une tra­vailleuse so­ciale, une er­go­thé­ra­peute ain­si qu’une dou­zaine d’in­fir­mières, a sui­vi une cen­taine de per­sonnes âgées de plus de 70 ans ayant des pro­blèmes en san­té men­tale de­puis la créa­tion du pro­gramme.

«Notre clien­tèle cible sont les aî­nés dont les condi­tions psy­chia­triques sont com­plexes et pour­raient conduire à une plus grande dé­té­rio­ra­tion de leur état de san­té et de leur ni­veau de fonc­tion­ne­ment. Nous leurs of­frons des soins, des sui­vis et fai­sons éga­le­ment beau­coup de liai­sons avec des or­ga­nismes ou d’autres res­sources en san­té afin de nous as­su­rer de mettre toutes les chances de leur cô­té», sou­tient Dre Ge­lo­so.

Pré­sen­te­ment, une tren­taine de pa­tients sont sui­vis dans l’est de Mon­tréal. Les ni­veaux d’in­ter­ven­tion va­rient se­lon l’état de crise et les be­soins de chaque per­sonne.

Dé­pres­sion, an­xié­té et bi­po­la­ri­té

Ny­cole Brous­seau souffre d’an­xié­té et de dé­pres­sion. En­fer­mée dans son lo­ge­ment dans une ré­si­dence pour per­sonnes âgées de l’ave­nue Pelletier, à Mon­tréal-Nord, la dame re­fuse de sor­tir pour man­ger ou de par­ti­ci­per à toute ac­ti­vi­té so­ciale.

«Elle a des pro­blèmes de vi­sion et ce­la semble la gê­ner. Nous tra­vaillons avec elle pour voir com­ment nous pou­vons l’ai­der», in­dique Dre Ge­lo­so qui n’a pris en charge le dos­sier que de­puis quelques se­maines.

Dé­jà, des mé­di­ca­ments ont été pres­crits pour fa­ci­li­ter son som­meil et pour ré­gler son pro­blème de consti­pa­tion. Des me­sures se­ront éga­le­ment prises pour adap­ter son ap­par­te­ment à ses be­soins.

De plus, l’or­ga­nisme Les Pe­tits Frères se­ra contac­té afin de trou­ver quel­qu’un pour ac­com­pa­gner Mme Brous­seau et l’en­cou­ra­ger à sor­tir de l’iso­le­ment.

De son cô­té, M. Al­lard (nom fic­tif) est sui­vi à la suite d’une in­toxi­ca­tion au lithium, un mé­di­ca­ment uti­li­sé pour trai­ter sa bi­po­la­ri­té.

«Il al­lait très bien, mais à la suite de l’in­toxi­ca­tion on a dû lui en­le­ver son mé­di­ca­ment pen­dant quelques se­maines et il a fait une re­chute » , ra­conte l’in­fir­mier Ro­bin Bou­lianne.

L’équipe s’as­sure, entre autres, que le CLSC com­plè­te­ra les trai­te­ments.

«Il uti­lise une sonde uri­naire en ce mo­ment, alors, pour qu’il aille bien men­ta­le­ment, nous avons be­soin de nous as­su­rer qu’il va bien phy­si­que­ment, in­dique M. Bou­lianne. Il va beau­coup mieux, il voit la vie de fa­çon po­si­tive et est re­de­ve­nu as­sez in­dé­pen­dant.»

Le pro­gramme est en constante évo­lu­tion pour ré­pondre le mieux pos­sible aux be­soins de la clien­tèle. Les ré­sul­tats sont plus que pro­bants puis­qu’il n’y a au­cune liste d’at­tente. Pour l’ins­tant, les ser­vices de­meurent concen­trés dans l’est de Mon­tréal.

(Pho­to TC Me­dia – Isa­belle Ber­ge­ron)

Sté­pha­nie La­fond exa­mine le pouls de Mme Trem­blay qui se plaint d’étour­dis­se­ments de­puis un cer­tain temps.

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