LE DέNER RÉ­DUIT POUR FREI­NER LA DÉ­LIN­QUANCE

L'Informateur - - LA UNE - JEAN NU­MA GOU­DOU

Dès la ren­trée 2016, les élèves de l’école Jean-Grou au­ront 15 mi­nutes de moins pour man­ger. Cette me­sure vise à lut­tée contre un re­gain à RDP de mé­faits liés à la dé­lin­quance ju­vé­nile et qui ont été com­mis pour la plu­part sur l’heure du re­pas et après les classes.

ÉDU­CA­TION. Pour lut­ter contre une re­cru­des­cence de la dé­lin­quance ju­vé­nile, la di­rec­tion d’une école se­con­daire à Ri­vière-des-Prai­ries (RDP) sabre d’un quart d’heure la pé­riode du dî­ner.

Dès la ren­trée 2016, les 1100 élèves de l’école Jean-Grou au­ront 15 mi­nutes de moins pour man­ger. De plus, ils com­men­ce­ront et fi­ni­ront les classes cinq mi­nutes plus tard. Ce chan­ge­ment d’ho­raire a été adop­té à la suite d’une re­com­man­da­tion du poste de quar­tier (PDQ) 45 du Ser­vice de po­lice de la ville de Mon­tréal (SPVM).

Plus d’une soixan­taine de mé­faits, liés à la dé­lin­quance ju­vé­nile, ont été re­cen­sés à RDP de sep­tembre 2015 à mars 2016. Se­lon le Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal, la plu­part sont sur­ve­nus pen­dant le dî­ner et à la fin des classes.

Par­mi les dé­lits re­cen­sés, on note des en­trées par ef­frac­tion, vols dans les com­merces du quar­tier, in­ci­vi­li­tés dans les lieux pu­blics et vols de vé­hi­cules. Plus trou­blant, on compte éga­le­ment deux cas d’at­tou­che­ments sexuels sur des ado­les­centes.

« Ce sont des choses qu’on ren­con­trait chez les plus vieux, mais pas chez les 12-16 ans », ex­plique Nor­mand Sé­guin, po­li­cier de la sec­tion so­cio­com­mu­nau­taire du PDQ 45.

La di­rec­tion de l’école se­con­daire Jean-Grou n’a pas tar­dé à mettre en ap­pli­ca­tion la re­com­man­da­tion du PDQ.

« Fi­na­le­ment, 90 mi­nutes pour dî­ner, c’est long quand on sait que les ados mangent ra­pi­de­ment », in­dique Ma­rio Au­bu­chon, di­rec­teur de l’éta­blis­se­ment.

PAS D’UNA­NI­MI­TÉ

S’il s’agit d’une bonne idée, ce n’est pas la pa­na­cée, se­lon Pier­re­son Va­val, di­rec­teur d’Équipe RDP, or­ga­nisme qui lutte entre autres contre la jeune cri­mi­na­li­té.

« Pour nous, ça n’au­ra pas d’im­pact si­gni­fi­ca­tif. Le vé­ri­table pro­blème, c’est que les jeunes manquent de lieux où so­cia­li­ser. Ils nous le disent tout le temps : on n’a rien à faire ».

Le gym­nase de l’école se­con­daire Jean-Grou et l’aré­na Re­né- Mas­son sont des es­paces convoi­tés par Équipe RDP pour réa­li­ser des ac­ti­vi­tés pour les jeunes. Mais les dé­marches de l’or­ga­nisme ne por­te­raient pas leurs fruits, dé­plore M. Va­val.

« Oui, la Mai­son des jeunes est là pour ça, mais c’est une mai­son uni­fa­mi­liale qui ne peut qu’ac­cueillir 60 per­sonnes à la fois. Nous avons be­soin de lo­caux qui peuvent re­ce­voir au moins 300 jeunes », plaide M. Va­val.

Ce der­nier mise sur la réa­li­sa­tion du Centre mul­ti­fonc­tion­nel de l’ar­ron­dis­se­ment. Le pro­jet, qui n’a pas en­core été confir­mé, com­prend des es­paces pour les loi­sirs et les ac­ti­vi­tés com­mu­nau­taires, se­lon Na­tha­lie Pierre- An­toine, conseillère d’ar­ron­dis­se­ment.

De l’avis de Mme Pierre-An­toine, la so­lu­tion au pro­blème de la dé­lin­quance passe par une col­la­bo­ra­tion entre tous les ac­teurs du mi­lieu, no­tam­ment les écoles et les fa­milles.

« L’école de­vrait or­ga­ni­ser des ac­ti­vi­tés au pro­fit des jeunes pen­dant l’heure de pause. Les pa­rents ont un rôle à jouer éga­le­ment dans la prise en charge de cette pro­blé­ma­tique » , ajoute- elle.

Bien qu’il ap­pui la dé­ci­sion de ré­duire l’heure du re­pas des élèves, Gio­va­ni Ra­panà, conseiller d’ar­ron­dis­se­ment dans RDP- PAT, croit qu’il en fau­dra plus pour ve­nir à bout de cette vague de dé­lin­quance ju­vé­nile, comme « mettre plus de mo­ni­teurs pour sur­veiller les élèves » et des ac­ti­vi­tés pour les oc­cu­per.

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