Un sa­lon de coif­fure de­ve­nu ins­ti­tu­tion

L'Informateur - - LA UNE - RO­MAIN SCHUÉ ro­main.schue@tc.tc

Ils viennent de l’est de Mon­tréal, Bros­sard, Trois-Ri­vières, et même Ot­ta­wa pour se faire cou­per les che­veux chez Ar­canes Is­lande. Avec une clien­tèle d’ori­gine haï­tienne « à 95 % », ce pe­tit sa­lon de coif­fure est l’une des places les plus cou­rues de Ri­vière-des-Prai­ries.

J’ai tou­jours été très croyante. Dieu m’a don­né la force de gé­rer et sur­mon­ter les dif­fi­cul­tés. Ma vie n’a pas été fa­cile, mais j’ai été bé­nie.» -Is­lande Cas­séus, pro­prié­taire d’Ar­canes Is­lande Je vou­lais ai­der et trans­for­mer les gens, c’était mon but ini­tial. D’un coup de ci­seau, c’était pos­sible et je me sen­tais dans mon monde. Ce­lui de la beau­té et de l’es­thé­tique» -Is­lande Cas­séus

Il faut se le­ver tôt pour ja­ser avec Is­lande Cas­séus. Dès 8 h, une pre­mière clien­tèle pa­tiente dans ce sa­lon de l’ave­nue Fer­nand-Gauthier, au bord du bou­le­vard Per­ras, alors qu’une mu­sique créole re­ten­tit dans l’éta­blis­se­ment.

« Il y a tou­jours du monde, ri­gole la pa­tronne, ac­com­pa­gnée ce jour-là par une jeune col­la­bo­ra­trice qui a fait ses pre­mières armes à ses cô­tés. Se­lon les pé­riodes de l’an­née, on peut ac­cueillir 80 per­sonnes dans la même jour­née. C’est dif­fi­cile, par­fois, d’avoir du temps pour moi. »

Ce suc­cès, les ci­seaux à la main, Is­lande Cas­séus l’a at­ten­du et pro­vo­qué. À la tête de ce sa­lon de coif­fure de­puis près de 25 ans, cette mère mo­no­pa­ren­tale de quatre en­fants, di­vor­cée, a sur­mon­té de nom­breuses dif­fi­cul­tés.

DES RÊVES DE MAN­NE­QUI­NAT

Pe­tite, elle rê­vait d’être man­ne­quin. Comme son mo­dèle Iman, la cé­lèbre So­ma­lienne na­tu­ra­li­sée amé­ri­caine, veuve de Da­vid Bo­wie. « Lorsque j’étais étu­diante, je tra­vaillais dans une sta­tion es­sence, près du parc Jar­ry, et on me di­sait tout le temps que j’étais belle, que je pour­rais avoir des contrats à To­ron­to ou aux États-Unis », ri­gole, quatre dé­cen­nies plus tard, Is­lande Cas­séus, âgée au­jourd’hui de 55 ans.

« Heu­reu­se­ment, ma grande soeur m’a ra­me­né à la rai­son », pour­suit la pa­tronne d’Ar­canes Is­lande, au par­cours si­nueux et par­se­mé d’em­bûches.

DES HÔ­PI­TAUX AUX COUPS DE CI­SEAU

La jeune femme ar­ri­vée d’Haï­ti à l’âge de 13 ans, pour re­joindre Mo­nique, son aî­née de 10 ans ins­tal­lée à quelques pas du stade Olym­pique, se pré­des­ti­nait da­van­tage à une car­rière dans les hô­pi­taux.

« Ma soeur avait rem­pla­cé ma mère, dans mon édu­ca­tion. Elle était ferme. Elle vou­lait que je tra­vaille dans un bu­si­ness ren­table et stable. La mode ne lui plai­sait pas », ra­conte Is­lande Cas­séus.

Après des études d’in­fir­mière auxi­liaire, di­rec­tion New-York et le Queens, en com­pa­gnie d’un pre­mier ma­ri, « un Ita­lien et qui ne vou­lait pas que je tra­vaille». Chan­ge­ment de voie pro­fes­sion­nelle.

En­ceinte dès l’âge de 20 ans, elle se lance dans des cours de coif­fure, « pour le plai­sir et pas­ser le temps ». Une ré­vé­la­tion.

« Je vou­lais ai­der et trans­for­mer les gens, c’était mon but ini­tial. D’un coup de ci­seau, c’était pos­sible et je me sen­tais dans mon monde. Ce­lui de la beau­té et de l’es­thé­tique », ra­conte celle qui en­chaî­ne­ra en­suite des stages de per­fec­tion­ne­ment à Man­hat­tan, en Ca­ro­line du Nord, à Chi­ca­go, à Pa­ris ou en­core à Londres.

SUR­MON­TER SES PEURS

Un di­vorce plus loin, Is­lande Cas­séus rentre à Mon­tréal, seule, en com­pa­gnie de ses quatre en­fants, dont l’un se­ra ren­voyé, quelques an­nées plus tard, aux États-Unis, la faute à des pro­blèmes ju­di­ciaires.

Dé­ter­mi­née, la mère de fa­mille dé­cide de lan­cer sa pe­tite en­tre­prise de coif­fure dans le sous-sol de son du­plex de Ri­vière-des-Prai­ries. Ra­pi­de­ment un franc suc­cès, ja­lou­sé par quelques concur­rents.

« Heu­reu­se­ment pour moi, on m’a dé­non­cé et ce fut une chance. J’avais beau­coup de clients, ça ne plai­sait pas à d’autres sa­lons. Ils pen­saient me faire du mal, mais c’est tout le contraire. Avant, j’avais peur d’ou­vrir un sa­lon, peur des res­pon­sa­bi­li­tés en cas d’échec, avec mes quatre en­fants », re­con­nait-elle.

La vi­site in­op­por­tune d’un ins­pec­teur de la Ville, com­pré­hen­sif et ou­vert, se­ra dé­ter­mi­nante. « Je lui ai ex­pli­qué que je pré­fé­rais tra­vailler chez moi que de tou­cher l’aide so­ciale. Il m’a fait une fa­veur et m’a dit de faire comme si je ne l’avais pas vu, en pro­met­tant d’ou­vrir en­suite mon sa­lon. J’ai pu conti­nuer et éco­no­mi­ser. »

« Je suis très fière de mon par­cours, de ce que j’ai réa­li­sé. J’ai tout don­né», cer­ti­fie Is­lande Cas­séus, qui garde un der­nier pro­jet en tête, alors qu’elle fê­te­ra le 25e an­ni­ver­saire de l’ou­ver­ture de son com­merce en juillet 2017.

«J’ai­me­rais rou­vrir un sa­lon à do­mi­cile, pour bou­cler mon his­toire. Moi, j’ai fait mon temps, je veux lais­ser la place à la jeune gé­né­ra­tion. »

(Pho­to Ro­main Schué/TC Me­dia)

Is­lande Cas­séus di­rige un sa­lon de coif­fure à Ri­vière-des-Prai­ries de­puis bien­tôt 25 ans.

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