Will Pros­per

L'Informateur - - DOSSIER DU MOIS -

Son nom est sy­no­nyme de mi­li­tan­tisme. Will Pros­per a Mont­réal-Nord ta­toué sur le coeur. Dès qu’on lui tend le mi­cro, il prend la pa­role pour conscien­ti­ser la so­cié­té au sort de la di­ver­si­té.

Son do­cu­men­taire met la lu­mière sur des jeunes Qué­bé­cois d’ori­gine Haï­tienne qui tra­vaillent à la re­cons­truc­tion du pays dé­vas­té par un ter­rible séisme.

D’où est ve­nue l’idée du film?

Après le trem­ble­ment de terre, il y a sept ans, on a fait réus­sit à amas­ser 100 000$ par un spec­tacle-bé­né­fice. Les dons ont été dis­tri­bués dans dif­fé­rentes ONG, mais on n’a ja­mais vu où était al­lé l’ar­gent. Des gens de mon en­tou­rage ont pen­sé qu’il se­rait plus ef­fi­cace d’al­ler sur le ter­rain. J’ai vou­lu en sa­voir plus sur leur im­pli­ca­tion et leur per­cep­tion.

Ton do­cu­men­taire ne montre pas une vie en rose, on per­çoit la dé­cep­tion vé­cue et les em­bûches tra­ver­sées, pour­quoi cette vi­sion par­fois pes­si­miste?

J’ai es­sayé d’être le plus hon­nête pos­sible. Il y a une réa­li­té dif­fé­rente au pays, par­ti­cu­liè­re­ment au ni­veau de la sé­cu­ri­té et de la pau­vre­té. Les gens prennent la dé­ci­sion d’y faire face. Une phrase qui m’a mar­qué est lorsque Car­la Beau­vais dit «À la fin de la jour­née, je vois l’im­pact que j’ai ici. Mon com­bat est plus grand que mes propres sa­cri­fices.»

As-tu dé­jà pen­sé tout lais­ser tom­ber et par­tir faire un pro­jet au pays de tes an­cêtres?

Oui, c’est une des rai­sons de ce do­cu­men­taire. Je vou­lais avoir un réel por­trait de la si­tua­tion, sa­voir à quoi ça res­semble à tra­vers mon oeil de réa­li­sa­teur. J’ai tou­jours été in­té­res­sé à avoir une ex­pé­rience concrète en Haï­ti, ça me trotte dans la tête, mais j’ai des obli­ga­tions fa­mi­liales. Au-de­là du tra­vail hu­ma­ni­taire, le dé­bat d’iden­ti­té ti­raille beau­coup de per­sonnes. Les im­mi­grants de deuxième ou troi­sième gé­né­ra­tion disent sou­vent qu’ils ne se sentent pas chez eux nulle part. J’ai pu abor­der ou­ver­te­ment ce sen­ti­ment dans le film.

Tu te dé­fi­nis toi-même comme ac­ti­viste, est-ce ex­té­nuant d’al­ler tou­jours au front?

Oui, de­puis 10 ans, il n’y a pas un jour qu’on ne m’ap­pelle pas pour par­ler de bru­ta­li­té po­li­cière, pro­fi­lage ra­cial ou ra­cisme sys­té­mique. C’est épui­sant d’être tou­jours en ré­ac­tion et je le fais bé­né­vo­le­ment. Je ne peux pas faire au­tre­ment, c’est un sa­cri­fice pour que mes en­fants n’aient pas à le faire dans le fu­tur. Avant, les gens pen­saient que j’étais un ra­di­cal, au­jourd’hui ils sont plus alertes, s’in­forment da­van­tage et ar­rêtent de nier les pro­blé­ma­tiques. Après des an­nées à le mar­te­ler, le mes­sage porte fruit. Je sens un mo­men­tum au mou­ve­ment.

As-tu dé­jà re­çu des com­men­taires déso­bli­geants face à tes ba­tailles?

Il suf­fit de lire les com­men­taires sous mes ar­ticles pour le voir! Je re­çois constam­ment des me­naces de mort et des mes­sages hai­neux. Si on se fit là-des­sus, ça pour­rait dé­cou­ra­ger n’im­porte qui. Ce­pen­dant, je constate que les ac­tions sur le ter­rain ont un grand rôle à jouer. Les in­éga­li­tés en lien avec la race sont in­ad­mis­sibles et il faut les com­battre pour une so­cié­té juste.

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