De l’ave­nir

L'Informateur - - SANTÉ -

MENEY D’em­blée, soyons clairs: le choix d’al­lai­ter ou non son bé­bé et pen­dant com­bien de temps, ain­si que se­lon une for­mule unique ou mixte ap­par­tient en­tiè­re­ment à la mère. Au fil de l’his­toire mo­derne, se­lon les époques, la ten­dance a suc­ces­si­ve­ment été d’es­sayer de dé­tour­ner les mères de l’al­lai­te­ment (pour le plus grand pro­fit des com­pa­gnies fa­bri­quant des pré­pa­ra­tions com­mer­ciales et des ali­ments pour bé­bé) puis de les y en­cou­ra­ger, par­fois même en culpa­bi­li­sant celles qui ne dé­si­raient pas choi­sir cette op­tion.

Entre re­jet et dik­tat, au­jourd’hui, la so­cié­té semble avoir at­teint un équi­libre. Si toutes les études au­tant que les connais­sances sur le terrain confirment les bien­faits de l’al­lai­te­ment tant pour la mère que pour l’en­fant, plus ques­tion de culpa­bi­li­ser les mères pour qui cette ap­proche ne convient pas. Alexan­dra Smil­lo­vich, In­fir­mière cli­ni­cienne ASI consul­tante en al­lai­te­ment au CIUSSS de l’Est-d-l’île-de-Mon­tréal, connait bien son su­jet. Elle ex­plique que le CIUSSS pro­cure un sou­tien à do­mi­cile de longue ha­leine aux mères qui ont des ques­tions ou qui ren­contrent des dif­fi­cul­tés. Elle pré­cise aus­si que la fa­mille, y com­pris le pa­pa, joue un rôle fon­da­men­tal dans le sys­tème de sou­tien de la mère qui al­laite, pro­cu­rant ré­pit et en­cou­ra­ge­ment quand la fa­tigue se fait sen­tir, ce qui est in­évi­table, du moins les pre­mières se­maines. Au-de­là des idées re­çues, al­lai­ter n’est peut-être pas si exi­geant que l’on pour­rait le craindre. Nul be­soin par exemple de s’as­treindre à un ré­gime ou de boire en quan­ti­tés dé­me­su­rées pour pro­duire un lait riche. La na­ture est ain­si faite que le bé­bé ob­tien­dra tou­jours un «pro­duit» de qua­li­té du sein ma­ter­nel. Des en­quêtes qui ont com­pa­ré le lait de femmes de so­cié­tés oc­ci­den­tales riches à ce­lui de mères afri­caines moins bien ali­men­tées ont pu consta­ter que la qua­li­té du lait était tout à fait com­pa­rable. Dif­fi­cile d’ima­gi­ner un ali­ment plus dé­mo­cra­tique que ce­la ! Les mul­tiples études sur le su­jet ne font que confir­mer que la liste des bien­faits de l’al­lai­te­ment est longue: du point de vue du bé­bé, on re­marque un ren­for­ce­ment de l’im­mu­ni­té et une pro­tec­tion à long terme contre plu­sieurs ma­la­dies graves. L’ef­fet pro­tec­teur est cu­mu­la­tif (c’est aus­si le cas pour la mère): plus l’al­lai­te­ment dure long­temps et plus la pro­tec­tion est grande. À ce su­jet, les ex­perts re­com­mandent un al­lai­te­ment ex­clu­sif de six mois et un al­lai­te­ment mixte al­lant jus­qu’à deux ans. La mère qui al­laite n’est pas en reste, puis­qu’elle voit son or­ga­nisme pro­té­gé dans une cer­taine me­sure contre plu­sieurs can­cers. Des tra­vaux pu­bliés en 2002 dans le pres­ti­gieux The Lan­cet, in­diquent par exemple que plus une femme a al­lai­té long­temps, mieux elle est pro­té­gée contre le cancer du sein. C’est aus­si vrai pour les can­cers ova­riens. En ré­su­mé, le lait ma­ter­nel est un nec­tar gra­tuit, sté­rile, par­fai­te­ment adap­té au bé­bé hu­main, fa­cile à trans­por­ter et qui s’adapte au dé­ve­lop­pe­ment de l’en­fant et à ses be­soins. L’ali­ment de l’ave­nir, en somme !

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