Tous aux urnes : le dé­fi d’in­ci­ter la par­ti­ci­pa­tion élec­to­rale

L'Informateur - - ACTUALITÉS - RALPH-BONET SANON ralph-bonet.sanon@tc.tc

En 2013, près de 6 élec­teurs mon­tréa­lais sur 10 ont choi­si de ne pas vo­ter lors du scru­tin mu­ni­ci­pal. Est-ce le symp­tôme d’un dés­in­té­rêt, d’un sen­ti­ment d’im­puis­sance ou d’un cy­nisme gé­né­ra­li­sé en­vers la classe po­li­tique ? À l’aube d’une nou­velle élec­tion, des ex­perts consul­tés par TC Me­dia rap­pellent que la ques­tion de la par­ti­ci­pa­tion à la dé­mo­cra­tie mu­ni­ci­pale est com­plexe.

De­puis peu, le Di­rec­teur gé­né­ral des élec­tions du Qué­bec (DGEQ) dif­fuse une cam­pagne de pub pour mousser le vote. Le concept : moins de la moi­tié des élec­teurs ins­crits ont vo­té aux élec­tions mu­ni­ci­pales de 2013, alors ima­gi­nez si votre mu­ni­ci­pa­li­té fai­sait les choses à moi­tié.

Cette cam­pagne qui se veut hu­mo­ris­tique évoque pour­tant une ques­tion sé­rieuse : pour­quoi est-il en­core né­ces­saire de de­voir ex­pli­quer aux élec­teurs l’im­por­tance d’exer­cer son droit de vote ?

C’est peut-être parce qu’ils croient à tort que le mu­ni­ci­pal n’est qu’un pa­lier « pu­re­ment ad­mi­nis­tra­tif », où il n’y a pas de lutte po­li­tique, in­dique la pro­fes­seure Ca­ro­line Pat­sias, du Dé­par­te­ment de science po­li­tique de l’UQAM. « C’est vrai qu’il y a moins de lutte po­li­tique à ce pa­lier, sur­tout dans les mu­ni­ci­pa­li­tés où il n’y a pas de par­ti po­li­tique, mais quelque chose comme la taxe fon­cière est un im­pôt émi­nem­ment po­li­tique, fait va­loir Mme Pat­sias. Ce que fait une ville, c’est po­li­tique, comme la culture, l’éga­li­té entre les classes so­ciales, les pis­cines, etc. En quelque part, c’est un ou­til pour com­pen­ser les dif­fé­rences entre les classes so­ciales. »

Pour sa part, la pro­fes­seure as­so­ciée Da­nielle Pi­lette, de l’École des sciences de la ges­tion de l’UQAM, croit que les élec­teurs sont très conscients qu’au contraire, le mu­ni­ci­pal, «c’est comme la météo : ça af­fecte leur vie tous les jours. Ne se­rait-ce qu’en ma­tière de dé­nei­ge­ment ou de ré­pa­ra­tion des nids-de-poule.

« Si on re­garde la cam­pagne élec­to­rale ac­tuelle à Mon­tréal, il est clair que les can­di­dats à la mai­rie sont dif­fé­rents, mais ce n’est pas tel­le­ment clair, dans leurs pro­grammes, ce qu’il y au­rait de dif­fé­rent dans le ser­vice d’au­to­bus ou le dé­nei­ge­ment par exemple », illustre Mme Pi­lette.

Les taux de par­ti­ci­pa­tion sont, en gé­né­ral, plus éle­vés dans les pe­tites villes, où moins de can­di­dats briguent un poste et plus faibles dans les grandes comme Mon­tréal, où il y a plus de noms au bulletin de vote.

« Ça s’ex­plique pro­ba­ble­ment par le fait qu’il y a beau­coup de lo­ca­taires, ex­plique Mme Pi­lette. Parce qu’ils ne payent pas di­rec­te­ment de comptes de taxes fon­cières, les lo­ca­taires se sen­ti­raient moins concer­nés par les en­jeux fi­nan­ciers et fis­caux mu­ni­ci­paux.

« En plus, ils sont sou­vent plus mo­biles : ils ha­bitent Mon­tréal, La­val ou Lon­gueuil au­jourd’hui, mais es­pèrent avoir ac­cès à la pro­prié­té un jour, et chan­ge­ront sou­vent de ville pour y ar­ri­ver, en­traî­nant comme un manque d’en­ga­ge­ment et de mo­bi­li­sa­tion dans la com­mu­nau­té où l’on est», ajoute Mme Da­nielle Pi­lette.

Tou­te­fois, il exis­te­rait un désa­bu­se­ment, une im­pres­sion que le vote ne change peut-être rien.

FAIRE VO­TER LES JEUNES

Tous s’en­tendent tou­te­fois pour dire que les jeunes votent moins, et ce, peu im­porte le pa­lier de l’élec­tion. Se­lon une étude, le taux de par­ti­ci­pa­tion chez les 18-34 ans était moins éle­vé que dans l’en­semble de la po­pu­la­tion aux pro­vin­ciales de 2014.

Il se­rait par­ti­cu­liè­re­ment faible chez les jeunes fa­milles, com­pa­ra­ti­ve­ment aux jeunes sans en­fants et aux aî­nés, chez les­quels le vote se­rait « plus va­lo­ri­sé » et qui lors­qu’ils sont re­grou­pés en ré­si­dence par exemple, peuvent bé­né­fi­cier d’un bu­reau de scru­tin sur place.

« Entre les aî­nés et les très jeunes, des ex­pé­riences de vo­ta­tion autre ont été ten­tées pour les gens d’âge moyen avec fa­mille, parce qu’ils manquent de temps et ont d’autres prio­ri­tés comme la conci­lia­tion fa­mille-tra­vail. »

« Même si on n’a pas de chiffres au ni­veau mu­ni­ci­pal, on ima­gine que c’est aus­si le cas », sup­pose Alexan­dra Re­né, porte-pa­role du bu­reau du Di­rec­teur gé­né­ral des élec­tions du Qué­bec (DGEQ).

D’où vient l’idée de faire une cam­pagne de pub qui mise sur l’hu­mour et le par­tage sur les ré­seaux so­ciaux.

« On veut sti­mu­ler la par­ti­ci­pa­tion élec­to­rale et on pense que c’est notre rôle de s’ex­pri­mer sur la place pu­blique, même si le DGEQ n’or­ga­nise pas les élec­tions mu­ni­ci­pales», té­moigne Mme Re­né.

Afin que les ci­toyens puissent se ren­sei­gner sur les élec­tions mu­ni­ci­pales et même re­ce­voir un tex­to de rap­pel le jour du scru­tin, le DGEQ a mis en ligne elec­tions­mu­ni­ci­pales.que­bec.

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