Re­pen­ser la prise en charge des en­fants au­tistes

L'Informateur - - LA UNE - NICOLAS LEDAIN nicolas.ledain@tc.tc

EN­TRE­VUE. Face aux dif­fi­cul­tés du sys­tème de san­té, le Dr. Laurent Mot­tron et ses équipes tra­vaillent sur une nou­velle prise en charge de l’au­tisme ba­sée sur la mise en va­leur des forces des en­fants et l’im­pli­ca­tion des pa­rents. Dans le cadre du mois de l’au­tisme, TC Me­dia s’est en­tre­te­nu avec ce pro­fes­seur de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal et ti­tu­laire de la Chaire de re­cherche en neu­ros­ciences cog­ni­tives fon­da­men­tales et ap­pli­quées du spectre au­tis­tique. Q SE­LON VOUS, IL FAUT RE­PEN­SER LA PRISE EN CHARGE DES EN­FANTS AU­TISTES. QUELLES SO­LU­TIONS PROPOSEZ-VOUS AUX PA­RENTS?

R «On ne peut plus es­pé­rer que des pro­fes­sion­nels passent 10 ou 15 heures par se­maine par en­fant. Au­cun sys­tème de san­té n’a les reins as­sez lourds pour le faire. Lors­qu’on a un en­fant au­tiste, la vie va être plus com­pli­quée, les pa­rents vont avoir plus de choses en charge, mais en même temps, ça peut être en par­tie sur eux que re­pose l’adap­ta­tion de leur en­fant. Il faut ac­cep­ter de chan­ger cer­taines pra­tiques édu­ca­tives vis-à-vis de leur en­fant.»

Q QUELLE MÉ­THODE AP­PLI­QUEZ-VOUS?

R «Il s’agit pour les cher­cheurs et in­ter­ve­nants d’ap­prendre aux pa­rents ce qu’ils doivent mo­di­fier de leurs gestes et de leurs pra­tiques quo­ti­diennes plu­tôt que de le faire à leur place. Ça leur per­met aus­si de pou­voir ap­pli­quer ra­pi­de­ment ces choses-là dans une si­tua­tion ou le ré­seau n’est pas ca­pable de don­ner de l’in­ter­ven­tion pré­coce après le diag­nos­tic.»

Q QU’EST-CE QUI VOUS DIS­TINGUE DES AUTRES TRA­VAUX ME­NÉS SUR L’AU­TISME?

R «Le gros de la re­cherche porte sur com­ment les au­tistes traitent l’in­for­ma­tion. C’est très vaste, ce­la va de la per­cep­tion à la mé­moire en pas­sant par l’at­ten­tion. On se de­mande com­ment le cer­veau va dé­tec­ter, connaître, et ma­ni­pu­ler l’in­for­ma­tion. Nous avons tra­vaillé sur des do­maines sur les­quels les au­tistes sont plu­tôt bons, voire meilleurs que les pas au­tistes. C’était notre image de marque et on a conti­nué sur cette ligne-là puisque j’ai dé­pla­cé le centre de gra­vi­té des re­cherches sur l’in­ter­ven­tion pré­coce de l’au­tisme fon­dée sur les forces, donc sur ce qu’on peut faire à par­tir de ce sur quoi ils sont bons pour leur fa­ci­li­ter la vie.»

Q POUR­QUOI AVOIR CHOI­SI DE SE CONCEN­TRER SUR CES FORCES?

R «Parce que tra­vailler sur les fai­blesses ça ne marche pas. On va tra­vailler sur des do­maines

L’in­ter­ven­tion pré­coce avec un en­fant au­tiste, c’est se de­man­der quel ma­té­riel on lui donne et com­ment l’ac­com­pa­gner dans son ap­pren­tis­sage et sa dé­cou­verte du monde.» Dr. Laurent Mot­tron

qui peuvent être l’ob­jet d’amé­lio­ra­tion et on va sup­po­ser que les fai­blesses sont consti­tu­tives, qu’elles ne sont pas mo­di­fiables. Une fois qu’on a dé­tec­té et diag­nos­ti­qué l’au­tisme, on veut éle­ver l’en­fant en fonc­tion de ses forces. Avec un en­fant sourd, on va dé­ve­lop­per le lan­gage ges­tuel. L’in­ter­ven­tion pré­coce avec un en­fant au­tiste, c’est se de­man­der quel ma­té­riel on lui donne et com­ment l’ac­com­pa­gner dans son ap­pren­tis­sage et sa dé­cou­verte du monde.»

Q AVEZ-VOUS UNE IDÉE DE CE QUE CE­LA PEUT DON­NER À TERME?

R «Ab­so­lu­ment et c’est notre force. On a tra­vaillé de­puis une quin­zaine d’an­nées avec une très grande proxi­mi­té avec des au­tistes adultes, donc la plu­part des choses qu’on pro­pose aux en­fants sont des choses que les adultes nous ont dit être ce qui leur ren­dait ser­vice. Notre va­li­da­tion et notre jus­ti­fi­ca­tion pour faire ce qu’on fait, c’est qu’on a les au­tistes avec nous.»

Lors­qu’on a un en­fant au­tiste, la vie va être plus com­pli­quée, les pa­rents vont avoir plus de choses en charge, mais en même temps, ça peut être en par­tie sur eux que re­pose l’adap­ta­tion de leur en­fant. Il faut ac­cep­ter de chan­ger cer­taines pra­tiques édu­ca­tives vis-à-vis de leur en­fant.» Dr. Laurent Mot­tron

(Pho­to gra­cieu­se­té / CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Mon­tréal)

Le doc­teur Laurent Mot­tron.

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