LES IDÉES GRISES

Métro Montréal - - OPINIONS - CA­THE­RINE ÉTHIER Au­teure

Ré­vé­rence et me­nuet à vous! Pre­mier ven­dre­di post-heu­re­re­cu­lée; pre­mière se­maine de no­vembre der­rière le col rou­lé, aus­si. Hor­mis les quelques en­thou­siastes dé­jà coif­fés de guir­landes lu­mi­neuses qui em­ploient leur heure de dî­ner à fa­çon­ner des fa­ciès de rois mages dans la mousse de leur lat­té-pi­rou­lines, la ten­dance de no­vembre veut, hé­las, que les ca­quets baissent en al­ti­tude.

Mal­gré le bon­heur re­la­tif, les as­sises, l’amour, la quié­tude, l’en­tou­rage, les pattes d’ours ou la simple dou­ceur d’une grand’ cou­verte en mo­hair, nul n’est à l’abri des pe­tits et grands bleus dont le coeur s’af­fuble par­fois sans qu’on ne l’ait vu ve­nir. Et c’est bien ça, le sou­ci. On ne les voit pas ve­nir. Parce que les idées noires n’ar­rivent pas comme ça, pan! sans crier gare en plein ré­ci­tal de bal­let de ta pe­tite nièce Guer­tie. D’abord pâ­lottes, puis grises, tout ano­dines, elles s’ac­crochent au ba­nal. Sou­vent iso­lées, ja­mais si ter­ri­fiantes. Puis elles se re­groupent, se sa­turent et forment un clan noir­ci, un pe­tit gang au blou­son de sa­tin pat­ché au dos de la ré­con­for­tante no­tice : «On te lâ­che­ra pas de si­tôt, ma belle fille.»

On ne dé­cide pas de se pendre un beau ma­tin en man­geant ses toasts. Mais par­fois, pour toutes sortes de rai­sons, d’écueils, de chienne de vie et de cir­cons­tances de Mi­ckey Mouse, l’idée se fau­file, tout dou­ce­ment. Pe­tit bon­homme de che­min fai­sant, d’abord en ras­su­rante blague : «Ben voyons, je fe­rais ja­mais ça!» Puis en ré­con­for­tante pen­sée. Jus­qu’au ma­tin où la rô­tie ne passe plus et que l’ombre plante ses pi­quets.

Ce que j’es­saie de tis­ser en votre bulbe en n’ayant pas quatre che­mins par où pas­ser en ces quelques mots qui me sont al­loués, c’est une pe­tite bro­de­rie de vi­gi­lance. Juste là, sur votre plexus. Une bro­de­rie dont je prends soin de me pa­rer, aus­si, tout de suite, main­te­nant. Parce qu’en ce mois où la lu­mière se ra­ré­fie, en cette pé­riode des Fêtes qui nous somme d’être heu­reux comme des ro­bots aux bras char­gés de sacs Sears, guille­rets et jol­ly à s’en écla­ter la ron­delle, cer­taines perches ne se ten­dront pas. Des perches toutes simples. Un re­gard. Un mot. Une bien­veillance sup­plé­men­taire même si le pe­tit ef­fort n’est pas na­ture ou une la­sagne sur­prise au dé­tour d’un «com­ment tu vas, donc?» Des perches qui sauvent de la mer.

Il est de ces gens, des gens qu’on cô­toie quo­ti­dien­ne­ment, des col­lègues, des ca­ma­rades, une soeur ou ce gar­çon as­sis en in­dien sur le trot­toir en at­ten­dant la fin de l’hi­ver, dont on ne soup­çonne pas les ver­tiges. Des gens qui se forcent le sou­rire et la pa­rure pour ne pas éveiller les doutes. Pour ne pas dé­ran­ger. Pour ne sur­tout pas bles­ser ou ris­quer d’alour­dir les épaules d’au­trui avec des idées gris fon­cé.

Je pro­fite de cet es­pace pour nous rap­pe­ler, tous, de gar­der l’oeil ou­vert. Mal­gré la fa­tigue. Mal­gré les grands stress de l’abri tem­po, du pot­luck et de la dic­tée moyenne du p’tit. Au mo­ment de lire ces lignes, vous êtes peut-être tout près de quel­qu’un qui a be­soin d’un bon ca­fé. Sou­riez­lui. Pre­nons soin.

La bise.

Il est de ces gens, des gens qu’on cô­toie quo­ti­dien­ne­ment, des col­lègues, des ca­ma­rades, une soeur ou ce gar­çon as­sis en in­dien sur le trot­toir en at­ten­dant la fin de l’hi­ver, dont on ne soup­çonne pas les ver­tiges. Des gens qui se forcent le sou­rire et la pa­rure pour ne pas éveiller les doutes. Pour ne pas dé­ran­ger.

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