FORMES, VO­LUME ET ES­PACE /

Ca­role Des­ga­gné

Magazin'Art - - Sommaire - Li­sanne Le­tel­lier

Ori­gi­naire du Sa­gue­nay, Ca­role Des­ga­gné est d'abord une femme d'ac­tion qui ap­pré­cie la na­ture et le plein air. C'est pour don­ner un nou­veau souffle à son par­cours ar­tis­tique, dé­jà bien amor­cé dans sa ré­gion, qu'elle vient s'éta­blir à Mont­réal. Cette au­dace se ré­vèle ga­gnante, car ra­pi­de­ment, son art y ex­plose et sa vi­si­bi­li­té a ug­mente sans cesse de­puis 5 ans. Ne crai­gnant pas d'al­ler de l'avant, elle peut au­jourd'hui comp­ter sur une re­con­nais­sance pu­blique lui ayant fait mé­ri­ter plu­sieurs prix ain­si que de nom­breuses dis­tinc­tions et l'ayant ame­née jus­qu'au car­rou­sel du Louvre, à Pa­ris, pour ne nom­mer que cet en­droit par­mi tous ceux qu'elle a conquis. Ses créa­tions en argile ou en bronze de fac­ture contem­po­raine abordent la condi­tion hu­maine d'une fa­çon in­tem­po­relle qui pé­nètre les âmes.

Éle­vée au sein d'une fa­mille de 7 en­fants dont la mère est une pas­sion­née des arts, Ca­role Des­ga­gné a le pri­vi­lège d'être en contact dès l'en­fance avec ce vaste uni­vers. En plus des toiles au­then­tiques qui ornent les murs de la mai­son fa­mi­liale et de la bi­blio­thèque gar­nie d'ou­vrages de ré­fé­rence qui éduquent son re­gard et ali­mentent ses connais­sances, elle se sou­vient de toutes les ex­po­si­tions où on l'a ame­née au fil des ans. Dé­jà, la sculp­ture

at­tire son at­ten­tion, même si elle des­sine beau­coup et peint pour s'amu­ser. En 1993, elle en­tre­prend des études en arts vi­suels, avec 4 cours de sculp­ture au pro­gramme. C'est un vé­ri­table ap­pel ! L'un de ses pro­fes­seurs re­marque tout de suite qu'elle sai­sit bien les prin­cipes du tra­vail en trois di­men­sions, ce qui n'est pas don­né à tout le monde. Comme ses autres for­ma­teurs l'en­cou­ragent tous à pous­ser son ta­lent plus loin, elle prend confiance et dé­cide de pour­suivre ses ap­pren­tis­sages, en­cou­ra­gée par ce sou­tien una­nime.

Elle suit alors un ate­lier in­ten­sif à Saint-jean-port-jo­li où elle mo­dèle l'argile et ap­prend à par­faire sa tech­nique. Puis, elle réa­lise une sé­rie d'oeuvres en plâtre, ne pou­vant en­core as­su­mer les coûts éle­vés du cou­lage en fon­de­rie. La vente de presque toutes les oeuvres de sa pre­mière ex­po­si­tion lui confirme qu'elle a sa place dans le mi­lieu et lui donne l'élan pour en­vi­sa­ger sé­rieu­se­ment une car­rière d'ar­tiste. La sculp­ture de­vien­dra sa grande com­plice voire sa confi­dente, lui per­met­tant de­puis 20 ans d'ex­pri­mer ses émo­tions in­times et de par­ta­ger son amour de la vie, au­tant que de prendre par­ti so­cia­le­ment en fa­veur des va­leurs de jus­tice et d'éga­li­té. Comme elle adore ac­com­pa­gner les autres et trans­mettre ce qu'elle a ap­pris, elle offre éga­le­ment de­puis 2 ans des ses­sions de cours à ceux qui ont en­vie de dé­cou­vrir la sculp­ture ou de conti­nuer à avan­cer.

Au coeur de sa dé­marche, le monde du ré­cit ; lors de lec­tures ou en écou­tant les pa­roles d'une chan­son, un mot ou une ex­pres­sion ré­sonne en elle jus­qu'à faire ger­mer une idée. Sans ja­mais faire de cro­quis, la forme monte en­suite de l'in­té­rieur. « Les thèmes s'im­posent à moi et je n'ai alors pas le choix de les faire, confie-t-elle, tant le be­soin de dire de­vient fort. » Sans vi­sage et sou­vent sans bras, ses per­son­nages par­viennent à trans­mettre avec in­ten­si­té les sen­sa­tions qui les ont fait ap­pa­raître en émer­geant de la ma­tière. Plu­sieurs ad­mi­ra­teurs vont même jus­qu'à pleu­rer tant ils vibrent de­vant ses bronzes, qui se dé­clinent en dif­fé­rentes nuances de pa­tine, al­lant du vert de gris au do­ré plus clair ou plus fon­cé. On peut sup­po­ser que ses 10 ans de bal­let clas­sique l'ont en­traî­née à com­prendre pro­fon­dé­ment les mul­tiples fa­çons dont l'être peut par­ler grâce au mou­ve­ment, en concen­trant l'éner­gie dans cer­taines par­ties du corps ou cer­tains gestes. « Je tiens à ce que le mes­sage passe es­sen­tiel­le­ment par la po­si­tion du tronc et de la tête afin de lui don­ner le plus de force pos­sible. Je ne re­cherche pas la per­fec­tion. »

Pour elle, ce sont jus­te­ment les im­per­fec­tions de l'hu­ma­ni­té qui lui confèrent sa cou­leur et elle trouve beau qu'une per­sonne ac­cepte ses propres fai­blesses. À ses yeux, il y a tou­jours un éclat de lu­mière qui existe dans la souf­france ou les pe­tites dé­fec­tuo­si­tés et là ré­side sa vi­sion d'es­poir et de paix. Les re­la­tions hu­maines prennent d'ailleurs de plus en plus de place dans sa vie, ce qui ne sau­rait al­ler sans se re­flé­ter dans son lan­gage plas­tique. Si ses sculp­tures se suf­fisent en elles-mêmes, elles sont néan­moins tou­jours ac­com­pa­gnées de textes. Ceux-ci té­moignent du vé­cu de l'ar­tiste au mo­ment de leur réa­li­sa­tion et sont écrits très spon­ta­né­ment juste après leur fi­na­li­té, ap­por­tant une di­men­sion plus in­tel­lec­tuelle à leur in­ter­pré­ta­tion.

Sui­vant l'in­vi­ta­tion du pro­prié­taire du Do­maine des Côtes d'ar­doise de Dun­ham, qui or­ga­nise de­puis 15 ans une ex­po­si­tion ex­té­rieure de sculp­tures dis­po­sées sur le ter­rain du vi­gnoble, Ca­role Des­ga­gné ac­cepte de sou­mettre une oeuvre de plus d'un mètre de hau­teur, com­po­sée de bois de grève, de po­ly­mère et de bé­ton. De­vant l'ac­cueil fa­vo­rable du pu­blic, elle a l'in­ten­tion de créer d'autres pro­po­si­tions du même genre, élar­gis­sant du coup son champ d'ex­plo­ra­tion tout en re­ve­nant in­di­rec­te­ment à ses sources, au Lac-saint-jean. Lors de ses sor­ties en kayak sur la ri­vière Mis­tas­si­ni, elle ra­masse des branches éro­dées, avec les­quelles

elle éla­bo­re­ra ses nou­velles créa­tions, ca­pables d'oc­cu­per aus­si bien les de­meures que les jar­dins. « Chaque oeuvre d'art contient une part de son créa­teur, ce qui en fait un ob­jet vrai, qui a de la pré­sence et qui ha­bite l'es­pace où il se si­tue. »

Dans l'ave­nir, elle sou­hai­te­rait aus­si avoir l'op­por­tu­ni­té de tou­cher le coeur d'un maxi­mum de gens en créant d'im­menses sculp­tures or­ne­men­tales pla­cées dans des lieux ac­ces­sibles à tout le monde, per­met­tant ain­si à tout un cha­cun de s'ap­pro­cher de l'art sans vi­si­ter une ga­le­rie. Sa créa­tion en­vi­ron­ne­men­tale en alu­mi­nium de plus de 2 mètres, pour une Mai­son de femmes en dif­fi­cul­tés, a été pour elle une ex­pé­rience mar­quante qu'elle ai­me­rait ré­pé­ter en uti­li­sant des ma­té­riaux de toutes sortes. « Ce qui est im­po­sant dé­gage quelque chose de mer­veilleux et l'en­vie de c om­mu­ni­quer est très puis­sante en moi », dit-elle. En plus de par­ti­ci­per à plu­sieurs sym­po­siums choi­sis, Ca­role Des­ga­gné pla­ni­fie elle-même chaque an­née un évé­ne­ment où elle s'as­so­cie à un ar­tiste peintre pour ex­po­ser du­rant une se­maine. Il lui im­porte de contri­buer à faire gran­dir l'art au Qué­bec et elle ai­me­rait que la po­pu­la­tion s'en­gage de plus en plus à sou­te­nir les créa­teurs d'ici, toutes dis­ci­plines confon­dues. « Notre peuple est riche d'ori­gi­na­li­té, d'in­gé­nio­si­té, de cou­leurs, de sa­veurs ! Il faut lui per­mettre de conti­nuer à prendre de l'ex­pan­sion en va­lo­ri­sant son tra­vail », af­firme-t-elle avec convic­tion.

Après avoir été pour une deuxième an­née au Pa­lais des con­grès de Mont­réal dans le cadre du Grand Sa­lon de la sculp­ture, on pour­ra la re­trou­ver à la Mai­son de la cul­ture de Saint-léo­nard, dans la ga­le­rie Port-mau­rice, avec une ex­po­si­tion in­ti­tu­lée En mou­ve­ment !, de la mi-dé­cembre à la mi-fé­vrier. Un pre­mier pas pour faire éven­tuel­le­ment par­tie du ca­ta­logue du 1 %, une me­sure gou­ver­ne­men­tale se­lon la­quelle les en­tre­prises bé­né­fi­cient d'une dé­duc­tion d'im­pôt pour l'achat d'une oeuvre d'art ins­crite dans ce der­nier. De plus, à la de­mande de plu­sieurs, elle lan­ce­ra bien­tôt un re­cueil qui réunit l'en­semble des textes joints à ses oeuvres, les­quels émeuvent par­fois avec au­tant de force. Ré­cem­ment, elle a re­com­men­cé à peindre, tout dou­ce­ment, pour voir où ce­la pour­rait la conduire. Les quelques ta­bleaux réa­li­sés à l'acry­lique et à la spa­tule, dé­voi­lés pres­qu'en ca­ti­mi­ni, ont gé­né­ré des ré­ac­tions po­si­tives qui la pous­se­ront peut-être à dé­ve­lop­per ses pro­jets pic­tu­raux da­van­tage, étant don­né que le plai­sir est as­su­ré­ment au ren­dez-vous. Mais la sculp­ture de­meu­re­ra sans contre­dit en pre­mière place, car le lien construit avec elle est là pour du­rer, comme une al­liance qu'on di­rait cou­lée en mé­tal.

Les ama­teurs peuvent voir cer­taines de ses pièces à la ga­le­rie La Ma­rée Mon­tante de l’île d’or­léans ain­si qu’à la ga­le­rie Suite 60 de Trois-ri­vières.

On peut aus­si vi­si­ter son site in­ter­net : www.ca­ro­le­des­gagne.com

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