L’ART AU FÉ­MI­NIN /

Gail Des­coeurs

Magazin'Art - - Sommaire - Noel Meyer

Ten­ter de dé­crire l'ar­tiste peintre Gail Des­coeurs n'est pas tâche fa­cile, tant elle pos­sède d'at­tri­buts. L'on pour­rait dire qu'elle est dé­ter­mi­née et dis­ci­pli­née, bien sûr, mais tout aus­si bien mys­tique et alerte, ce qui peut pa­raître à prio­ri contra­dic­toire.

Sa créa­tion ar­tis­tique s'oriente vers le réa­lisme contem­po­rain. Elle peint pres­qu'ex­clu­si­ve­ment des pay­sages où l'eau et les ciels splen­dides volent sou­vent la ve­dette. « Ce que je pré­fère peindre par-des­sus tout sont les ciels, les arbres, les pay­sages, les ma­rais, les grands es­paces et l'eau. J'aime la lu­mière. Même dans mes ta­bleaux sombres la lu­mière est pré­sente. »

Ain­si, Brea­thing the in Bet­ween, un ta­bleau de 30 x 40 po, guide l'oeil le long d'un lac puis jus­qu'en haut des mon­tages. Des col­lines cou­vertes d'arbres de chaque cô­té de ce lac, se re­joignent et s'élèvent à l'autre bout du lac pour for­mer les mon­tagnes. Au pre­mier plan, les col­lines et les arbres se ré­flé­chissent dans le lac. Une bande cen­trale plus claire s'étend jus­qu'au bout du lac et se dresse en une for­ma­tion de nuages trans­lu­cides. On semble y per­ce­voir une suc­ces­sion de formes en V jus­qu'au bout du lac, le V des flancs de col­lines, le V des nuages blancs s'éle­vant entre les sombres nuages d'un do­ré fon­cé. Ad­mi­rant ce ta­bleau, le spec­ta­teur suit une tra­jec­toire as­cen­dante, em­prunte un sen­tier spi­ri­tuel en com­mu­nion avec la na­ture.

Née en 1962, Gail Des­coeurs gran­dit en ban­lieue de Mont­réal, à Pin­court sur l'île Per­rot. « Nous de­meu­rions à la li­mite de Pin­court avant son dé­ve­lop­pe­ment ur­bain. Nous étions alors en­tou­rés de bois ; les bois étaient mon en­droit fa­vo­ri et le sont en­core. »

« J'ai gran­di dans la na­ture. Dé­jà très jeune j'ado­rais des­si­ner et peindre. Le pro­ces­sus créa­tif m'ap­por­tait beau­coup de joie. Les ta­bleaux de pay­sage me plai­saient et j'ai eu en­vie d'en peindre. Lorsque je m'y suis mise, j'ai sen­ti que j'avais trou­vé ma voie. »

Es­sen­tiel­le­ment au­to­di­dacte, Des­coeurs fit ses dé­buts en des­si­nant avec son père, un ar­tiste di­let­tante. À 17 ans, c'est sa trousse qu'elle uti­lise pour peindre son pre­mier ta­bleau à l'huile. Elle tente l'aqua­relle mais la na­ture im­pré­vi­sible du mé­dium ne lui plait pas. Elle tra­vaille ex­clu­si­ve­ment à l'huile de­puis long­temps. « J'aime la lu­mi­no­si­té et la tex­ture de l'huile, j'aime comment elles s'in­tègrent. »

À l'ins­tar de bien d'autres ar­tistes, Des­coeurs n'a pu se consa­crer en­tiè­re­ment à son art pour une longue du­rée. Elle a tra­vaillé

comme des­si­na­trice in­dus­trielle pen­dant 22 ans, tout en pra­ti­quant si­mul­ta­né­ment son art, se joi­gnant à des groupes d'ar­tistes et par­ti­ci­pant à des ex­po­si­tions. En 2012 elle com­mence à en­sei­gner, plu­sieurs per­sonnes l'ayant en­joint lors d'ex­po­si­tions de leur pro­di­guer des cours de pein­ture. À comp­ter de 2006, elle consacre tout son temps à l'en­sei­gne­ment et à la pein­ture.

Elle en­seigne quatre classes en ce mo­ment et peint en­vi­ron 30 heures par se­maines. Au dé­but, elle se ren­dait au do­mi­cile de ses élèves ; main­te­nant c'est dans son stu­dio, dans le sous-sol de sa de­meure sur les rives de la Ri­vière des Ou­taouais près de Hud­son Qué­bec, qu'elle pra­tique cet en­sei­gne­ment.

« Je suis heu­reuse lorsque j'ar­rive à peindre deux ou trois ta­bleaux par mois, se­lon leurs di­men­sions. Je peins en très fines couches. Je suis plu­tôt per­fec­tion­niste. Mes ta­bleaux doivent être uniques et in­com­pa­rables. Je ne veux pas qu'ils de­viennent ré­pé­ti­tifs, et je ne veux sur­tout pas me voir im­po­ser ce que je de­vrais peindre. »

Cer­tains pay­sages de Des­coeurs sont de fac­ture très tra­di­tion­nelle, tel que vi­sible dans Brea­thing the in Bet­ween où les pers­pec­tives sont plu­tôt planes et les formes sim­pli­fiées. En même temps, cer­taines de ses toiles telles que Come Away, 10 x 20 po, et Sym­pho­ny of Light, 30 x 30 po, évoquent un cer­tain réa­lisme ma­gique

Come Away est un mer­veilleux ta­bleau qui joue avec notre fa­çon de voir les choses. À pre­mière vue le ta­bleau dé­peint un lac, mais il s'agit plu­tôt de deux ta­bleaux en un. La par­tie su­pé­rieure nous offre une vue stan­dard d'un lac, des arbres et du ciel, puis il y a la ré­flexion des arbres et du ciel dans ce lac. Une mince bande d'eau sé­pare la réa­li­té de la ré­flexion, ce qui di­vise ef­fec­ti­ve­ment le ta­bleau en deux.

Sym­pho­ny of Light se veut un hom­mage à la splen­deur du feuillage d'au­tomne, avec cette ma­gni­fique ex­plo­sion d'arbres oran­gés dont cer­tains, ici aus­si, se re­flètent dans le lac, ce qui pro­digue un ef­fet sai­sis­sant.

Gail Des­coeurs peut voir la Ri­vière des Ou­taouais de la fe­nêtre de sa cui­sine. Chaque jour elle res­sent le be­soin de se re­trou­ver à l'ex­té­rieur. Ma­ra­tho­nienne, lors­qu'elle sent le be­soin de prendre une pause elle chausse ses es­pa­drilles et sort cou­rir, fré­quem­ment sur les pistes de la mon­tagne Ri­gaud si­tuée à proxi­mi­té.

Elle fait ses propres mé­langes de cou­leurs. « Lorsque je mé­lange mes cou­leurs, as­sise dans mon ate­lier, cer­taines m'at­tirent alors se­lon mon hu­meur et c'est avec cette pa­lette que je me mets à peindre. Je veux peindre à ma guise, mais il m'ar­rive par­fois de ne pas trop sa­voir ce que j'ai en­vie de peindre. Je me mets alors à l'oeuvre et l'ins­pi­ra­tion me vient. L'oeuvre prend vie d'elle-même. »

« Puisque je peins plu­tôt des pay­sages et de grands es­paces, j'ai ten­dance à fa­vo­ri­ser le for­mat ho­ri­zon­tal. Pré­sen­te­ment mon pen­chant est d'ac­croître les di­men­sions de mes toiles parce que plus elles sont grandes plus je peux y in­sé­rer d'élé­ments. Il m'ap­pa­raît éga­le­ment que lorsque les ta­bleaux sont grands, les gens ont ten­dance à les re­gar­der plus lon­gue­ment voire à s'y perdre.

Des­coeurs se dé­crit elle-même comme une ar­tiste peintre tra­vaillant en stu­dio plu­tôt que sur le mo­tif. Elle pro­fite ce­pen­dant de ses mo­ments d'es­ca­pades ex­té­rieures : « Je fais des cro­quis et prends des pho­tos. J'es­quisse par­fois de pe­tits ta­bleaux. »

Son style qui était ini­tia­le­ment plus réa­liste, re­lents de son tra­vail d'illus­tra­trice, a de­puis ac­quis plus la sou­plesse. « J'ai mis un cer­tain temps à me dé­ta­cher. Je res­pecte les ar­tistes qui adoptent l'im­pres­sion­nisme, mais ce n'est pas moi. Je ne puis peindre ain­si. »

Il est fort pro­bable que la pein­ture de Gail Des­coeurs de­meure an­crée dans le réa­lisme contem­po­rain. Elle a dres­sé une longue liste d'en­droits qu'elle ai­me­rait peindre. « J'aime voya­ger. Je dé­sire re­tour­ner en Eu­rope, au Sa­gue­nay, à Terre-neuve, à Se­do­na ain­si qu'en Ari­zo­na. Je me sens aus­si très at­ti­rée par l'ir­lande. J'as­pire à connaître ces en­droits spé­ciaux, à sa­voir ce qu'ils m'ins­pi­re­raient. »

Gail Des­coeurs est membre de L’as­so­cia­tion des ar­tistes de La­ke­shore et membre as­so­ciée de la So­cié­té des ar­tistes ca­na­diens. Elle a ga­gné de nom­breux pre­miers prix en com­pé­ti­tion. On peut voir ses oeuvres sur le site www.gail­des­coeurs.com. Elle est re­pré­sen­tée par la Ga­le­rie Iris à Baie-saint-paul et par la West­mount Gal­le­ry à To­ron­to.

Mo­ving in Time, 18 x 36 po

Beyond

Come Away, 10 x 20 po

Into The Echo, 24 x 54 po

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