CLIN D’OEIL /

Luc Tes­sier

Magazin'Art - - Sommaire - Mi­chel Bois

« L’oeuvre d’art naît du re­non­ce­ment de l’in­tel­li­gence à rai­son­ner le concret. » — Al­bert Ca­mus

Luc Tes­sier peint des coeurs. Ce sym­bole uni­ver­sel et sché­ma­ti­sé dont l'ori­gine trouve sa source dans l'an­ti­qui­té par as­so­cia­tion à la feuille de vigne, nous me­nant tout droit à Dio­ny­sos, le dieu du vin, de la bonne chair et de la sen­sua­li­té. Or, au cours du temps le sym­bole trou­va sa si­gni­fi­ca­tion à part en­tière. Ap­pa­rut alors au moyen âge la forme en rouge (cou­leur du sang) pour lui don­ner une di­men­sion char­nelle, cor­po­relle, phy­sique, tan­gible. La croyance à l'époque vou­lait que les sen­timents hu­mains pro­viennent du coeur, il n'en fal­lait pas da­van­tage pour as­so­cier le sym­bole de la sen­sua­li­té et l'or­gane. Et ce, jus­qu'à au­jourd'hui.

Mu­si­cien, pho­to­graphe, ébé­niste, Luc Tes­sier, peintre au­to­di­dacte, a aper­çu la forme d'un coeur sur la toile sans trop qu'il ne sache pour­quoi. Nous sommes en 2011. L'homme vi­vait le dé­cès de son conjoint. Il fit la découverte des oeuvres des Syl­vain Cou­lombe et Do­mi­nic Bes­ner. À ce mo­ment, la tour­mente in­té­rieure de son âme l'in­vi­tait à se ca­ta­pul­ter en pein­ture pour sa sur­vie. De­puis, l'ar­tiste a fait ses gammes co­lo­rées. Et de­vant le dé­fi de peintre, en toute hu­mi­li­té, il ne sait ja­mais si le « la » de « la pein­ture » se­ra note ou sym­pho­nie.

La pas­sion de la cou­leur

Le mont­réa­lais de 56 ans est heu­reux. Ou, plus ap­pro­prié de dire, apai­sé. Il a les mains d'un ébé­niste qui ac­cueille les ma­tières. Et le re­gard mo­bile, vif et lu­mi­neux des peintres. Ses oeuvres les plus ré­centes sont gor­gées des cou­leurs les plus ex­pres­sives. L'or­ga­ni­sa­tion spa­tiale laisse peu de place à la pause pour le spec­ta­teur. Plus on contemple les oeuvres, plus nous vi­vons la di­men­sion psy­cho­lo­gique des cou­leurs en nous.

L'ar­tiste dit n'avoir au­cune idée préa­lable et sug­gère l'idée de l'im­pro­vi­sa­tion. Luc Tes­sier aime les concoc­tions co­lo­rées d'acry­lique qu'il étale à plein pin­ceau sur la toile ou un sup­port de bois. Un jet im­pul­sif, s'en­tend. Au sé­chage, les co­lo­ris vien­dront in­ten­si­fier l'éclat des teintes et des formes du coeur. Si l'oeuvre est sur bois, dans un deuxième temps, Tes­sier vien­dra sa­bler et grat­ter la mé­moire des couches d'acry­lique ac­cu­mu­lées en épais­seur. Puis, il ins­cri­ra le mo­tif qu'il écra­se­ra ou fe­ra gran­dir se­lon ses hu­meurs. Il y au­ra des par­ties li­bé­rées, trou­vant la res­pi­ra­tion par l'am­bi­va­lence d'oxy­gène pro­ve­nant de l'in­té­rio­ri­té psy­chique des cou­leurs. Des dé­gou­li­nures et du « drip­ping » pour in­duire spon­ta­néi­té et fé­bri­li­té au mou­ve­ment dans sa re­cherche et sug­ges­tion des sen­timents. De fait, les formes im­plosent ou ex­plosent se­lon l'ef­fet émo­tion­nel re­cher­ché.

La mu­sique

Mu­si­cien aguer­ri, Luc Tes­sier se plonge tou­jours dans une am­biance so­nore pour que les vi­bra­tions et l'éner­gie cir­culent, se­lon ses mots. Ce­la peut être du rock ou du clas­sique, l'im­por­tant pour lui est de se lais­ser trans­por­ter dans un uni­vers en­voû­tant, ins­pi­rant et créa­tif. Le rouge se­ra stri­dent, ve­nant ba­la­frer la toile comme un so­lo de gui­tare élec­trique. Le jaune, rieur comme la cla­ri­nette. Le bleu, apai­sant, ras­su­rant et en­ve­lop­pant comme le saxophone. Les toiles de Tes­sier s'offrent tel un uni­vers glo­bal. Fé­cond. Où le suc des cou­leurs an­nonce la fi­gure du coeur tel un fruit sans ve­nin. Un écrin pour le joyau du spec­ta­teur qui sau­ra y dé­po­ser ses dé­si­rs et ses as­pi­ra­tions. Oeuvre d'une grande fraî­cheur, pas de dis­cours, de mes­sage. L'évi­dence de ces oeuvres est d'une vi­sion qui at­teint à une di­men­sion franche de la condi­tion hu­maine et de sa spi­ri­tua­li­té.

« Pour moi, un ta­bleau est ter­mi­né lors­qu'ar­rive cette in­tui­tion de ne plus de­voir y tou­cher sans que tout bas­cule à nou­veau vers le chaos. Quand mou­ve­ments, cou­leurs, at­mo­sphère et dé­li­ca­tesse sont au ren­dez-vous, je me sens à l'aise avec l'oeuvre, car s'élève aus­si en moi le sen­ti­ment d'être ar­ri­vé à com­mu­ni­quer. Je peins

à tous les jours, sans sa­voir d'avance ce que je vais faire. » Ce­la dé­pend sou­vent de ses états d'âme. Le titre se­ra inexo­ra­ble­ment rat­ta­ché à un sou­ve­nir. « La pra­tique de l'art m'aide à vivre. L'art ins­pire la bon­té chez les hu­mains. Je fais de la pein­ture pour faire du bien aux gens. »

Les oeuvres les plus ré­centes laissent ap­pa­raître un coeur sorte de per­son­nage à mi-che­min entre le che­va­lier et l'ange-gar­dien. Tes­sier aime ra­con­ter des his­toires. Et, pour lui comme pour nous, le meilleur est à ve­nir.

Luc Tes­sier est re­pré­sen­té par les ga­le­ries sui­vantes : Qué­bec Art 40, rue Notre-dame, Qué­bec, QC 418 692-8200 www.ga­le­rie­que­be­cart.com Ga­le­rie MP Tre­sart 220, rue Hô­tel-de-ville, Du­rham-sud, Qué­bec, QC 819 858-2177 www.ga­le­riemp­tre­sart.com Ga­le­rie Do­sha 922, rue Lau­rier, Be­loeil, QC 450 813-4737 www.do­sha.ca Ga­le­rie Guylaine Four­nier, 104, rue Saint Jean Baptiste, Baie-saint-paul, QC Ga­le­rie Le Bour­get 34, rue Saint-paul Ouest, Mon­tréa, QC

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