L’ART AU FÉ­MI­NIN

Jac­que­line Gos­se­lin

Magazin'Art - - Sommaire - Isa­belle Gau­thier

Le monde co­lo­ré de Jac­que­line Gos­se­lin se dé­crit mieux par l'im­pres­sion qu'il laisse que par la des­crip­tion de ses teintes. Voyage dans l'ima­gi­naire, rê­ve­rie phi­lo­so­phique ou hu­meurs va­ga­bondes semblent plus jus­te­ment tra­duire son oeuvre. In­cur­sion dans la poé­sie de l'image.

Douze an­nées de tra­vail ré­gu­lier ap­portent à l'ar­tiste de Ro­se­mère une vi­sion de plus en plus dé­fi­nie et une tech­nique qui suit son ins­pi­ra­tion. Jac­que­line Gos­se­lin se sou­vient de son père, ha­bile des­si­na­teur, qui l'amu­sait en lui ra­con­tant des his­toires qu'il illus­trait à me­sure. As­sise sur ses ge­noux, un monde ima­gi­naire nais­sait de­vant ses yeux d'en­fant. C'est peut-être en ce loin­tain sou­ve­nir que s'en­ra­cine son pen­chant pour la trame nar­ra­tive qui ac­com­pagne cha­cune de ses toiles. Ob­ser­va­tion du com­por­te­ment hu­main ou im­pres­sion de voyage, Jac­que­line Gos­se­lin res­sent le be­soin que chaque toile soit por­teuse d'un mes­sage. Par exemple, dans son ate­lier, une oeuvre re­pré­sen­tant une fleur per­dant ses pé­tales fait mi­roir à deux su­jets en conver­sa­tion as­sis sur une cou­ver­ture dont les car­rés s'égrènent aus­si. Le temps qui passe, les traces que l'on sème.

Au coeur de sa dé­marche, l'ar­tiste cherche à tou­cher les cordes sen­sibles, à par­ta­ger l'ex­pé­rience hu­maine. Ses su­jets émergent de ses ex­pé­riences per­son­nelles; tout ce qui a su l'émou­voir peut ser­vir de point de dé­part pour une nou­velle toile. An­crée dans le mo­ment, elle se re­tire de la réa­li­té pour cher­cher un dé­but sur la page blanche que re­pré­sente la toile neuve. « On di­rait que j'at­tends qu'elle me parle. »

In­tui­tive, l'ar­tiste fa­vo­rise des ma­té­riaux qui lui laissent un maxi­mum de li­ber­té. Bien qu'elle soit fa­mi­lière avec l'huile, l'acry­lique ob­tient sa fa­veur pour sa flexi­bi­li­té et les pos­si­bi­li­tés d'ex­plo­rer les tech­niques mixtes. Ob­jets, pa­piers im­pri­més ou po­choirs, la découverte se trans­forme en jeu d'en­fant. « Ajou­ter de la tex­ture donne de la pro­fon­deur. » Bien qu'elle soit peintre fi­gu­ra­tive, cer­taines zones de ses toiles laissent place à l'ima­gi­na­tion. Un bout de corde col­lé sur une mer tur­quoise, des formes rap­pe­lant des au­vents ou en­core des traits de pin­ceaux tels des mats pen­chés, nous sug­gèrent un uni­vers marin. Le sym­bo­lisme est tou­jours pré­sent, prêt à se li­vrer à l'in­ter­pré­ta­tion de qui le dé­chiffre. À titre d'ar­tistes ins­pi­rants, elle cite Cha­gall pour l'ima­gi­naire, Gau­guin et Bas­quiat pour l'in­ten­si­té des couleurs.

Dans une pro­chaine ex­po­si­tion in­ti­tu­lée Entre Terre et Mer, les couleurs chaudes cô­toie­ront les froides en re­pré­sen­ta­tion de ses deux mondes. Le vert aqua­ma­rine do­mine les toiles du cô­té mer, alors que l'ocre et les oran­gés éblouissent ce­lui de la terre. Une cin­quan­taine de toiles in­vi­te­ront à la contem­pla­tion de mondes

fan­tai­sistes. Les toiles de l'ar­tiste gagnent à être ob­ser­vées sans em­pres­se­ment, afin qu'elles vous livrent quelque mes­sage bien ca­ché ou une pa­ra­bole qui rai­son­ne­ra avec l'ob­ser­va­teur. Les su­jets va­rient du por­trait au pay­sage, avec tous les soins ap­por­tés par l'ar­tiste pour que cet évé­ne­ment soit cen­tré sur « tout ce qui fait la beau­té du monde ».

Jac­que­line Gos­se­lin écrit par­fois de la poé­sie pour ac­com­pa­gner une oeuvre ou en faire par­tie, quelques fois de fa­çon ori­gi­nale, comme au dos de ce pa­ravent mi­nu­tieu­se­ment peint d'une scène toute droit sor­tie d'un rêve. Son texte ser­pente dis­crè­te­ment l'en­dos de l'oeuvre. Bien qu'elle s'ins­pire ré­gu­liè­re­ment des mots, tra­vailler à par­tir d'un thème im­po­sé lui pose tout un dé­fi. Cette ar­tiste pré­fère suivre son in­tui­tion et lais­ser l'oeuvre se ré­vé­ler. Ses es­quisses sont un exu­toire, un mo­ment où les contraintes s'es­tompent pour faire place à la créa­tion pure, sans la pres­sion de la toile. « Quand j'es­quisse, je mets les at­tentes de cô­té. C'est un tra­vail pré­pa­ra­toire mais j'es­saie de ne pas y pen­ser. Je dé­dra­ma­tise afin de lais­ser cou­ler l'ins­pi­ra­tion. »

Avec cette rigueur et cette conti­nui­té, l'ar­tiste ré­colte ré­gu­liè­re­ment les hon­neurs et les ac­co­lades de la com­mu­nau­té ar­tis­tique lo­cale. Elle fut nom­mée « Ar­tiste émé­rite 2015 » par la Cor­po­ra­tion Rose-art; ce prix sou­ligne l'ar­tiste ayant dé­mon­tré la plus grande évo­lu­tion. S'ajoutent éga­le­ment le prix du ju­ry au sym­po­sium de Ter­re­bonne 2015 (sym­po­sium AAAVT) et le 1er grand prix, ex­po­con­cours Blain­ville-art 2016, deux dis­tinc­tions par­mi ses par­ti­ci­pa­tions sur la route des sym­po­siums. Elle ex­pose à l'oc­ca­sion sans tou­te­fois être of­fi­ciel­le­ment re­pré­sen­tée en ga­le­rie.

À ce stade, Jac­que­line Gos­se­lin vise à conser­ver son plai­sir de peindre et de créer tout en gar­dant sa li­ber­té. Elle per­çoit l'évo­lu­tion de son art comme étant plus sty­li­sé qu'à ses dé­buts, s'éloi­gnant du réa­lisme dans un style qu'elle qua­li­fie de se­mi-mo­derne. In­ter­pe­lée par la sculp­ture, qu'elle a dé­jà tra­vaillée, elle ai­me­rait ap­pro­fon­dir son ex­plo­ra­tion de ce mé­dium. Sim­ple­ment, son ob­jec­tif per­son­nel consiste à faire tou­jours un peu mieux pour chaque toile.

Dans l'at­tente de Ca­leb

Comme le ba­lan­ce­ment des ma­rées

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