Lettre ou­verte aux dé­ci­deurs en ma­tière d’arts vi­suels.

Magazin'Art - - Éditorial - Vous ai­me­riez faire un com­men­taire qui se­rait pu­blié ? Con­tac­tez-nous par in­ter­net au ma­ga­zi­nart@vi­deo­tron.ca Mi­chel Bois

Force est d'ad­mettre qu'au Qué­bec, la re­con­nais­sance et la no­to­rié­té sont ra­re­ment au ren­dez-vous en ce qui a trait aux arts vi­suels. Pire en­core si l'ar­tiste est dans la qua­ran­taine, vend des oeuvres tout en fai­sant son pe­tit bon­homme de che­min, sans bourse au­cune. Ce­la Rio­pelle l'avait com­pris. Si le peintre ne s'était pas ins­tal­lé en Eu­rope pen­dant la ma­jeure par­tie de sa vie ac­tive, pro­bable qu'il se se­rait fon­du dans la masse sans ja­mais pro­fi­ter d'une cote in­ter­na­tio­nale. Même tra­jec­toire pour Cor­no. La dame s'est fait un nom à la force du pin­ceau un peu par­tout sur le globe. Or le Mu­sée na­tio­nal des beaux-arts du Qué­bec ne pos­sède au­cun Cor­no. Pas plus qu'on ne lui a of­fert une ex­po en son ma­jes­tueux écrin. Est-ce la faute des conser­va­teurs qui ont tel­le­ment peur de se trom­per en ache­tant une oeuvre qu'ils sont prêts à ac­qué­rir une fiente de pi­geon si elle se qua­li­fie sur leur grille d'ana­lyse ? Est-ce la faute des com­mis­saires qui pré­fèrent ex­po­ser le Ca­na­dien exi­lé en France Bryan Adams, chan­teur rock dont le hob­by est la pho­to­gra­phie et qu'on va ex­po­ser tout l'été pour at­ti­rer les tou­ristes ?

Du calme. Le Mu­sée na­tio­nal des beaux-arts du Qué­bec, n'est certes pas le seul res­pon­sable dans tout ce­la. Il se­rait avi­sé de poin­ter aus­si les res­pon­sables à la ré­dac­tion des jour­naux et ceux des ré­seaux té­lé­vi­suels. Sim­ple­ment parce qu'on n'y fait qu'une mi­nime place anec­do­tique aux arts vi­suels. Et que si on daigne en faire men­tion, ce se­ra tou­jours pré­sen­té avec le dé­dain éli­tiste des for­mu­la­tions et ex­pli­ca­tions alam­bi­quées. Sauf bien sûr si l'on peut vendre de la co­pie avec le dé­cès in­at­ten­du d'un nom connu. Rap­pe­lez-vous Cor­no… Les té­moi­gnages ont dé­fer­lés. Du pa­thé­tique à la com­pas­sion en pas­sant par la cri­tique as­sas­sine. « Ouin mais elle était com­mer­ciale » se sont in­sur­gés cer­tains jour­na­listes et pseu­do cri­tiques en gros ca­rac­tères dans les jour­naux. « C'est pour ça qu'elle n'est pas au Mu­sée … » Ah bon, pour­tant, Bryan Adams est com­mer­cial. Ce­ci ex­pli­que­rait-il ce­la ? Al­lez sa­voir… D'ac­cord, nul n'est pro­phète en son pays, ra­conte l'adage. J'ajoute, en­core moins si vous êtes un ar­tiste vi­vant et ex­po­sant seule­ment au Qué­bec. Pour­tant l'art n'est pas un amu­se­ment, une bé­belle, un di­ver­tis­se­ment il est avant toute chose ex­pres­sion et com­mu­ni­ca­tion entre les êtres. Et au sein d'une col­lec­tion mu­séale, il est un re­père dans le temps pour les gé­né­ra­tions à ve­nir. En­fin, mal­gré l'agran­dis­se­ment du MNBAQ, le manque d'oeuvres d'ar­tistes qué­bé­cois sur les ci­maises saute aux yeux. Quelle place au­jourd'hui ré­serve-t-on dans notre ima­gi­naire vi­suel aux Cor­no, Claude-a Si­mard, Re­né Ri­chard, Bru­no Cô­té, Paul La­croix, Charles Gagnon, Ulysse Com­tois, Georges St-pierre, Lise Ger­vais, Kit­ty Bru­neau et autres ?

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