GRANDE REN­CONTRE /

Lit­to­rio Del Si­gnore

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C'est avec sa bon­ho­mie ha­bi­tuelle que Lit­to­rio Del Si­gnore m'ac­cueille chez lui pour par­ta­ger des pans de son exis­tence bien rem­plie, tou­jours aus­si jo­vial et gé­né­reux. Mal­gré la somme de ses ac­com­plis­se­ments et des marques de dis­tinc­tion ac­cu­mu­lées au fil de sa car­rière, il de­meure mo­deste en par­lant de ses nom­breuses réa­li­sa­tions. Ja­mais il n'a eu à qué­man­der quoi que ce soit, se conten­tant de pro­duire des ta­bleaux res­plen­dis­sants de lu­mière qui ont su at­ti­rer l'at­ten­tion de quan­ti­té de ju­rys. C'est ain­si que son âme d'ar­tiste ne se fait pas prier pour ra­con­ter pêle-mêle une foule d'anec­dotes qui té­moignent des points forts d'une qua­ran­taine d'an­nées de tra­vail. « Je ne vis que de mon art de­puis mon ar­ri­vée ici, je n'ai ja­mais fait autre chose », pré­cise-t-il.

Aus­si­tôt qu'on entre dans sa mai­son, on constate que la pein­ture et la sculp­ture font par­tie de l'iden­ti­té des oc­cu­pants. Chaque ob­jet qui com­pose le dé­cor re­flète l'amour de l'art, soit la prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion de Del Si­gnore de­puis qu'il a quit­té son vil­lage na­tal de Sul­mo­na d'à peine 800 ha­bi­tants pour de­ve­nir peintre à part en­tière. Après avoir vé­cu une di­zaine d'an­nées en France où il tra­vaille comme gra­phiste, il s'aper­çoit en re­tour­nant chez lui qu'il a dé­sor­mais be­soin d'op­por­tu­ni­tés plus vastes que celles que l'ita­lie peut lui of­frir, s'il veut me­ner à bien son pro­jet. Comme à l'époque, le cli­mat so­cioé­co­no­mique ten­du de l'hexa­gone est peu pro­pice à ses am­bi­tions, il met plu­tôt le cap sur le Ca­na­da, après être ve­nu son­der le ter­rain en 1976, où il y a vu jaillir une ef­fer­ves­cence et une ou­ver­ture sé­dui­santes. Ayant sou­vent lais­sé er­rer son ima­gi­na­tion vers les grands es­paces du Ca­na­da re­pré­sen­tés dans les bandes des­si­nées qui l'ac­com­pagnent dans sa jeu­nesse, il réa­lise son rêve d'en­fance quand il réus­sit à ve­nir s'ins­tal­ler à Mon­tréal, en 1978.

Les pre­miers quatre ans se passent à sillon­ner la ville à toute heure du jour ou du soir, à pied ou en au­to­bus, afin d'en cap­ter l'es­sence avec sa ca­mé­ra. « Je re­fu­sais d'avoir une voi­ture, parce que c'est en me pro­me­nant par­tout que je me suis im­pré­gné des lieux, me construi­sant peu à peu une banque de mil­liers de pho­tos dont je me sers en­core au­jourd'hui. » Si le point de dé­part de ses toiles est gé­né­ra­le­ment is­su d'une image, Del Si­gnore s'en dé­tache ra­pi­de­ment pour trans­for­mer celle-ci en vé­ri­table pein­ture, in­ven­tant ain­si son propre monde en y ajou­tant ou re­ti­rant des élé­ments pour l'équi­libre de la com­po­si­tion, avec une pa­lette unique qu'on pour­rait qua­li­fier de sen­ti­men­tale. En ré­sulte des oeuvres à la fois simples et gran­dioses, où le re­gard est ma­gné­ti­sé par la force et la féé­rie des couleurs, em­por­té dans un en­vi­ron­ne­ment mi fic­tif mais en­tiè­re­ment plau­sible. « Ce sont sur­tout les at­mo­sphères qui m'in­té­ressent dans les ta­bleaux et c'est ce qui, d'après moi, ca­rac­té­rise ma si­gna­ture », dit-il avec fier­té.

Très vite, Lit­to­rio Del Si­gnore re­marque que per­sonne n'illustre des scènes urbaines ou les ruelles de quar­tier, pour­tant si ty­piques et si pleines de vie. Il se­ra l'un des pre­miers à ex­ploi­ter ces thèmes, sous des éclai­rages où la neige luit sous le ciel tein­té des fins de

jour­née d'hi­ver. « Beau­coup des sou­ve­nirs d'en­fance des gens du Qué­bec se passent dans les ruelles, où plu­sieurs ont joué au ho­ckey. J'ai vou­lu té­moi­gner de cette réa­li­té par­ti­cu­lière en la met­tant en va­leur. » C'est ain­si que naî­tront des af­fi­ni­tés na­tu­relles avec cer­tains membres du Ca­na­dien de Mon­tréal, no­tam­ment avec Jean Bé­li­veau qui de­vien­dra un grand ami per­son­nel et si­gne­ra plus tard la pré­face de son livre.

La liste d'évé­ne­ments mar­quants de son che­mi­ne­ment est en­suite si longue qu'il de­vient dif­fi­cile d'y faire des choix. Par­lons quand même de sa par­ti­ci­pa­tion au car­na­val de Qué­bec du­rant 8 ans, lors du­quel une di­zaine de peintres triés sur le vo­let étaient conviés, de son rôle de pré­sident d'hon­neur du fes­ti­val de pein­ture Rêves d'au­tomne de Baie-st-paul du­rant 2 ans, de sa ré­tros­pec­tive au Châ­teau Ra­me­zay sui­vant l'in­vi­ta­tion de son di­rec­teur, ain­si que du sym­po­sium de Baie-co­meau qu'il a eu l'idée gé­niale de fon­der en 1987 en s'ins­pi­rant d'un évé­ne­ment si­mi­laire ayant lieu en Ita­lie, convain­quant quelques amis de ve­nir peindre en di­rect avec lui. Men­tion­nons que grâce à ce sym­po­sium, de­ve­nu le plus grand du genre de la pro­vince et qui compte main­te­nant plus de 16 000 vi­si­teurs chaque an­née, Baie-co­meau s'est mé­ri­té le grand prix du tou­risme du­rant 4 ans. Dif­fi­cile aus­si de pas­ser sous si­lence le timbre-poste réa­li­sé à par­tir d'une de ses oeuvres, la Mé­daille de l'as­sem­blée na­tio­nale re­çue en 2011 ain­si que celle du ju­bi­lé de la Reine Éli­za­beth II, la­quelle re­con­naît les réa­li­sa­tions de per­sonnes qui, au cours des 50 der­nières an­nées, ont ai­dé à créer le Ca­na­da d'au­jourd'hui. Dans un autre ordre d'idées, in­vi­té à li­vrer un té­moi­gnage dans le livre de son col­lègue Um­ber­to Bru­ni, l'en­vie lui prend d'en pro­duire un lui aus­si. Le lan­ce­ment au­ra lieu en au­tomne 2012 à la salle des mé­dias du Cé­gep An­dré-lau­ren­deau, où plus de 400 per­sonnes dont la mai­resse de Lasalle et autres di­gni­taires vien­dront ap­puyer son ini­tia­tive dans une am­biance toute ita­lienne, avec spu­mante et pas­tic­ce­rie. Au moins 1 100 exem­plaires ont été ven­dus jus­qu'à main­te­nant.

S'il a rem­por­té le pre­mier prix de com­po­si­tion abs­traite à Deau­ville en 1969 par­mi 900 par­ti­ci­pants, sa pré­fé­rence va au style fi­gu­ra­tif. Ses toiles sont de fac­ture plu­tôt tra­di­tion­nelle et un cer­tain idéa­lisme ro­man­tique s'en dé­gage. « Pour qu'on puisse le clas­ser comme oeuvre d'art, un ta­bleau doit dé­mon­trer un style per­son­nel qui re­pose sur la maî­trise des règles de base du des­sin, soit de l'ana­to­mie, des pro­por­tions, de la pers­pec­tive, des jeux de clair-obs­cur. Si­non, il faut plu­tôt par­ler d'oeuvres dé­co­ra­tives.

Con­tre­jour hi­ver­nal - Mon­tréal, acry­lique, 30 x 46 po, 2016

L'avant match, 40 x 60 po, 2016

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