La so­phro­lo­gie : pour bien vivre son ac­cou­che­ment

Pour bien vivre son ac­cou­che­ment

Maman & Moi - - Sommaire - Par Ma­rie-Jo­sée Gau­dreau

Toute ma­man sou­haite ap­pré­hen­der se­rei­ne­ment la gros­sesse et l’ac­cou­che­ment. Ain­si, plu­sieurs mé­thodes de re­laxa­tion sont pro­po­sées au­jourd’hui. Pour se pré­pa­rer men­ta­le­ment et phy­si­que­ment à vivre cette pé­riode, la so­phro­lo­gie pro­pose dif­fé­rents ou­tils à la mère afin qu’elle puisse prendre conscience de son corps, de ses ten­sions et ain­si être plus au­to­nome.

Tech­nique de re­laxa­tion s’ap­pa­ren­tant à l’hyp­nose, le terme so­phro­lo­gie a été créé à par­tir des mots grecs sos (har­mo­nie), phren (es­prit) et lo­gia (étude), com­bi­nai­son à la­quelle les so­phro­logues donnent le sens « d’étude de l’har­mo­ni­sa­tion de la conscience ». En fait, elle a été mise au point au mi­lieu du XXe siècle par le doc­teur Al­fon­so Cay­ce­do, neu­ro­psy­chiatre co­lom­bien alors éta­bli en Es­pagne. Il s’in­té­res­sait par­ti­cu­liè­re­ment aux états et ni­veaux de conscience ain­si qu’à l’hyp­nose mé­di­cale. Après avoir étu­dié sé­rieu­se­ment ce phé­no­mène, il a créé of­fi­ciel­le­ment la so­phro­lo­gie en 1960. Lar­ge­ment ins­pi­rés des tech­niques d’au­to­hyp­nose, de yo­ga, de mé­di­ta­tion, ses ou­tils com­prennent sur­tout des exer­cices men­taux et res­pi­ra­toires, de la vi­sua­li­sa­tion et cer­tains exer­cices cor­po­rels.

Pen­dant la gros­sesse, la so­phro­lo­gie aide la mère à éta­blir une re­la­tion avec l’en­fant à naître à tra­vers des vi­sua­li­sa­tions et à se pré­pa­rer men­ta­le­ment et phy­si­que­ment à l’ac­cou­che­ment. Quand ar­rive le jour J, elle peut ain­si mieux gé­rer la dou­leur. Res­pi­ra­tion, dé­tente cor­po­relle et vi­sua­li­sa­tion po­si­tive, voi­là les tech­niques uti­li­sées.

DES COURS SUR DVD

La pré­pa­ra­tion com­mence ha­bi­tuel­le­ment pen­dant le troi­sième tri­mestre de la gros­sesse et s’ef­fec­tue soit en groupe, soit in­di­vi­duel­le­ment. Les séances durent en­vi­ron 1 heure. Pen­dant sept ans, soit de 2003 à 2010, Syl­vie Guil­bault, pra­ti­cienne en hyp­no­nais­sance et en­suite fon­da­trice de Douce-nais­sance, a of­fert des cours aux couples qui sou­hai­taient ex­pé­ri­men­ter cette tech­nique. « On dé­bute ha­bi­tuel­le­ment à 30 se­maines de gros­sesse. En ef­fec­tuant les cours toutes les deux se­maines, ceux-ci se ter­minent au­tour de la 36e se­maine, donc les fu­tures ma­mans pra­tiquent pen­dant deux mois à leur rythme. Idéa­le­ment, elles de­vraient le faire avec leur conjoint. »

De­puis 2011, Douce-nais­sance offre uni­que­ment ses cours sur DVD. Il s’agit de quatre vi­déos qui peuvent être écou­tées à rai­son d’une par deux se­maines. « On y ex­plique toutes les étapes de la nais­sance, les termes mé­di­caux et des as­pects tech­niques de l’ac­cou­che­ment en plus de nom­mer cer­taines peurs pour les démystifier et ain­si ras­su­rer la femme et le couple. Il y a donc une par­tie théo­rique et une par­tie pra­tique », in­dique Syl­vie Gui­bault.

LA SO­PHRO­LO­GIE : D’HIER À AU­JOURD’HUI…

La peur est ef­fec­ti­ve­ment liée à la dou­leur puis­qu’elle crée la ten­sion. C’est ce qu’a dé­cou­vert le mé­de­cin ac­cou­cheur du dé­but du siècle der­nier, Dick Read. Ce­lui-ci a étu­dié le fonc­tion­ne­ment de l’uté­rus et ap­pro­fon­dit sa connais­sance des cou­tumes au­tour de la nais­sance. Comme il le sou­ligne dans son livre, l’adré­na­line est l’en­ne­mi nu­mé­ro un de l’ac­cou­che­ment. Celle-ci fait ar­rê­ter les contrac­tions. Le muscle uté­rin de­vient is­ché­mique, c’est-à-dire qu’il est moins bien oxy­gé­né et qu’il de­vient dou­lou­reux lors­qu’ac­ti­vé. La so­phro­lo­gie per­met donc de ras­su­rer la femme sur ce qui va se pas­ser afin qu’elle n’ait pas de peur donc que sa res­pi­ra­tion se fasse na­tu­rel­le­ment et que ses muscles soient dé­con­trac­tés.

Syl­vie Guil­bault ré­sume en quelques mots la phi­lo­so­phie du Dr Read. « Pour éli­mi­ner les ten­sions chez la femme qui ac­couche, il a eu l’idée de de­man­der à ses pa­tientes de pra­ti­quer une re­laxa­tion par jour, de prendre quelques ins­tants pour s’ar­rê­ter et res­pi­rer, tout en dé­con­trac­tant leur corps par­tie par par­tie. Celles-ci ont eu un bel ac­cou­che­ment. Elles étaient ras­su­rées, car elles sa­vaient ce qui al­lait se pas­ser. »

Tou­te­fois, à l’époque, cette ap­proche fut as­so­ciée à l’hyp­nose qui a tou­jours été per­çue comme une tech­nique dan­ge­reuse, uti­li­sée par des char­la­tans. L’ap­proche de ce mé­de­cin res­ta donc dans l’ombre. Fi­na­le­ment, Ma­rie F. Mon­gan a fait re­naître la théo­rie du Dr Read en 1989. Dé­jà, elle avait ap­pli­qué la phi­lo­so­phie de ce mé­de­cin lors­qu’elle avait eu ses trois en­fants et a dé­ci­dé de mettre au point des cours d’Hyp­no­Nais­sance lorsque sa fille est de­ve­nue en­ceinte. Par la suite, Na­tha­lie Fi­set, une femme mé­de­cin de la ré­gion de Mon­tréal s’est in­té­res­sée à l’idée et a dé­ci­dé de la pra­ti­quer dans l’hô­pi­tal où elle tra­vaillait. Elle a créé son propre pro­gramme : Hyp­noVie. Et fi­na­le­ment, Douce-nais­sance, un cours sur DVD (pour re­joindre les per­sonnes en ré­gions éloi­gnées, les couples ayant un ho­raire char­gé, et ce, à un coût ac­ces­sible) conçu par Mme Guil­bault, pas­sion­née de la nais­sance et plus spé­ci­fi­que­ment de tout ce qui touche le lien af­fec­tif. « Avec l’as­sis­tance du conjoint, la femme ap­prend à dé­ve­lop­per et à contrô­ler l’ap­ti­tude que pos­sède dé­jà son cer­veau à en­trer en mode de pro­duc­tion d’onde al­pha. Il s’agit d’un état idéal où l’on est plus calme, en confiance et dé­ten­du, ajoute Mme Guil­baut. Être en onde al­pha si­gni­fie sim­ple­ment être dans un état de bien-être qui res­semble à ce que l’on éprouve lors­qu’on est dans la lune. »

DES BIEN­FAITS POUR LA MÈRE, MAIS AUS­SI POUR LE BÉ­BÉ

En somme, avec cette mé­thode, la mère ap­prend à gé­rer ses contrac­tions grâce à des res­pi­ra­tions na­tu­relles, des exer­cices de re­laxa­tion et des vi­sua­li­sa­tions qui la placent dans un état de calme alors que son conjoint ap­prend à maî­tri­ser son rôle, qui est pri­mor­dial pour la ma­man, en dé­cou­vrant comment l’ac­com­pa­gner, de­ve­nir le gar­dien de sa bulle et faire ac­ti­ve­ment par­tie de l’équipe qui en­toure la ma­man lors de l’ac­cou­che­ment. Le bé­bé bé­né­fi­cie aus­si des bien­faits de cette mé­thode puisque par l’in­ter­mé­diaire des vi­sua­li­sa­tions et des re­laxa­tions de sa ma­man, il s’im­prègne de ce calme lui pro­cu­rant un sen­ti­ment de sé­cu­ri­té et fa­vo­ri­sant la créa­tion d’un lien so­lide avec ses pa­rents.

Mieux se connaître, se dé­stres­ser et at­té­nuer les an­goisses liées à la gros­sesse et à l’ac­cou­che­ment sont les bases de cette mé­thode. En en­trant en contact avec son corps et son bé­bé par la pen­sée, l’ima­gi­na­tion et le res­sen­ti, la femme éva­cue le stress que peut en­gen­drer l’en­fan­te­ment. La so­phro­lo­gie pos­sède aus­si d’autres ver­tus : elle per­met d’aug­men­ter les dé­fenses im­mu­ni­taires et la ré­sis­tance aux ma­la­dies liées au stress telles que les nau­sées et les vo­mis­se­ments.

Pra­ti­quer cette tech­nique ne veut pas dire ac­cou­cher sans pé­ri­du­rale. La fu­ture ma­man est libre d’op­ter pour cette so­lu­tion si elle le dé­sire. Avec la pré­pa­ra­tion par la so­phro­lo­gie, elle se­ra plus se­reine et pour­ra ain­si dé­ci­der d’ac­cou­cher de ma­nière naturelle ou non.

DÉ­ROU­LE­MENT D’UNE SÉANCE

Du­rant les séances, la femme prend conscience de son corps et de son bé­bé. Dans une pos­ture de re­laxa­tion, sou­vent al­lon­gée, elle est plon­gée dans un état proche de l’hyp­nose, entre la re­laxa­tion et la concen­tra­tion. Di­ri­gée par les pa­roles de l’ac­com­pa­gnante, la femme est à l’écoute de son corps. En fait, l’ac­com­pa­gnante im­merge la fu­ture ma­man dans un ima­gi­naire en lui fai­sant vi­sua­li­ser des mo­ments pré­cis de sa gros­sesse. La force de cette tech­nique se trouve dans la ré­pé­ti­tion. Celle-ci de­mande donc une cer­taine as­si­dui­té. Men­tion­nons que cette mé­thode peut aus­si être uti­li­sée après l’ac­cou­che­ment pour fa­ci­li­ter la lac­ta­tion et pour em­pê­cher le ba­by-blues.

La clien­tèle qui opte pour cette mé­thode est as­sez di­ver­si­fiée. Que ce soit au pre­mier, deuxième ou troi­sième bé­bé, cer­taines veulent un ac­cou­che­ment na­tu­rel, d’autres seule­ment ne pas pa­ni­quer à l’ac­cou­che­ment et cer­taines veulent ac­qué­rir des connais­sances théo­riques. « Tout le monde peut suivre le cours. Tout ce que ça prend, c’est la mo­ti­va­tion pour faire les exer­cices. Il ne s’agit pas d’une tech­nique qu’on applique, mais d’une phi­lo­so­phie qu’on in­tègre », conclut Syl­vie Guil­bault.

http://douce-nais­sance.com

Douce-nais­sance:

TÉ­MOI­GNAGES

Isa­belle a eu re­cours à la so­phro­lo­gie du­rant sa gros­sesse et a par­ti­cu­liè­re­ment ai­mé l’ex­pé­rience. « Cette mé­thode m’a fait vivre une gros­sesse dans le calme et la sé­ré­ni­té, tout en me pré­pa­rant adé­qua­te­ment pour mon pre­mier ac­cou­che­ment qui s’est dé­rou­lé tout en dou­ceur. Tout au long du tra­vail, je sen­tais que j’avais le plein contrôle sur mon corps. Je suis convain­cue des bien­faits de cette ap­proche. »

Quant à Ca­the­rine, elle voit cette phi­lo­so­phie comme un ca­deau qui l’a ai­dée à se pré­pa­rer à l’ac­cou­che­ment et lors de la nais­sance de son en­fant. « En­core au­jourd’hui, je me sers des tech­niques pour m’en­dor­mir plus ra­pi­de­ment entre deux boires. »

Ka­thy a énor­mé­ment été ras­su­rée grâce à cette mé­thode. « De connaître la phy­sio­lo­gie de l’ac­cou­che­ment, le tra­vail des hor­mones, la di­la­ta­tion, l’ef­fa­ce­ment... On sait ce qui se passe, où on est ren­du. Sa­voir que la pa­nique fait mon­ter l’adré­na­line est une belle mo­ti­va­tion à contrô­ler sa res­pi­ra­tion et à gar­der son calme. J’étais prête pour mon ac­cou­che­ment, même si j’avais l’im­pres­sion du contraire. Et mon conjoint a été for­mi­dable, notre com­pli­ci­té nous a per­mis de nous com­prendre avec le mi­ni­mum de pa­roles. » M&M

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