Quand un seul des conjoints veut un bé­bé

Maman & Moi - - Sommaire - Par Sa­rah Rioux

Avoir un en­fant est, pour la ma­jo­ri­té des gens, la plus grande dé­ci­sion qu’ils puissent prendre dans leur vie. Dé­ci­sion qui les sui­vra toute leur vie, elle peut aus­si de­ve­nir source de discorde dans le couple. Que faire lors­qu’un seul des par­te­naires dé­sire de­ve­nir pa­rent? Comment faire la part des choses ?

LA PEUR DE LA FA­MILLE RECONSTITUÉE

Bien que ce­la ne s’applique pas à tous les conjoints qui ne dé­si­rent pas d’en­fants, il ar­rive fré­quem­ment que ceux-ci s’avèrent être dé­jà pa­rent d’un ou plu­sieurs en­fants. Plus que la crainte de voir sa vie et son quo­ti­dien cham­bou­lés, c’est alors la ré­ac­tion des en­fants dé­jà pré­sents qui peut être an­gois­sante. Pour ce­lui ou celle qui dé­sire avoir son pre­mier en­fant, c’est fa­cile de perdre de vue la réa­li­té de son conjoint qui est dé­jà pa­rent. De même, pour ce der­nier, il peut s’avé­rer dif­fi­cile de com­prendre toute l’am­pleur du dé­sir d’un pre­mier en­fant. Il im­porte donc de prendre le temps de com­mu­ni­quer et de ten­ter de désa­mor­cer les craintes de cha­cun.

En ef­fet, il est cou­rant de croire que les en­fants is­sus d’une pré­cé­dente union puissent être ébran­lés et dé­ran­gés par l’ar­ri­vée d’un bé­bé tout neuf. Ce­pen­dant, c’est da­van­tage la ma­nière dont les choses leur se­ront pré­sen­tées qui dé­ter­mi­ne­ra leur ré­ac­tion face à la nou­velle.

De fait, cer­tains couples dé­ci­de­ront d’an­non­cer à l’avance aux en­fants leur in­ten­tion d’agran­dir la fa­mille. En plus de leur don­ner le temps de se faire à l’idée, il se­ra aus­si pos­sible pour eux de s’im­pli­quer et de sen­tir qu’ils font par­tie du pro­jet bé­bé. Plu­tôt que de ris­quer de se sen­tir ex­clus ou mis de cô­té par la ve­nue pro­chaine d’un pou­pon à la mai­son, ils se sen­ti­ront im­pli­qués. Ce­la se­ra bé­né­fique pour les en­fants, bien en­ten­du, mais éga­le­ment pour l’am­biance fa­mi­liale, de même que pour les conjoints.

Su­zanne, 37 ans, en couple avec Ro­bert, 34 ans

« J’ai quelques an­nées de plus que mon conjoint et j’avais dé­jà 34 ans quand on a com­men­cé à se fré­quen­ter. Je sor­tais d’une re­la­tion dif­fi­cile et, de son cô­té, di­vor­cé de­puis trois ans, il avait dé­jà deux en­fants âgés de 5 et 6 ans. À cause de mon âge, c’est cer­tain que la ques­tion des en­fants a été ra­pi­de­ment abor­dée. Pour mon conjoint, ce­la a été une sur­prise. C’était tel­le­ment une étape de sa vie qu’il consi­dé­rait der­rière lui qu’il n’avait pas pu ima­gi­ner que ce soit dif­fé­rent pour moi. Sur le coup ça m’a cho­quée, mais on en a re­dis­cu­té quelques mois plus tard et on a dé­ci­dé de se lais­ser en­core un peu de temps pour conso­li­der la re­la­tion entre moi et ses deux en­fants qui ha­bi­taient avec nous une se­maine sur deux. Je pense que ce­la a été la bonne chose à faire; je suis main­te­nant en­ceinte de quatre mois. Et, grâce au temps et à l’éner­gie que nous avons tous mis à ap­prendre à vivre en­semble, notre bé­bé en route vien­dra au monde dans une fa­mille dont tous les membres l’at­tendent avec im­pa­tience! »

CHÉ­RIE, CE N’EST PAS LE BON MO­MENT…

Pour cer­tains, il peut être dif­fi­cile de mettre de cô­té cer­taines op­por­tu­ni­tés pro­fes­sion­nelles ou des pos­si­bi­li­tés d’avan­ce­ment pour se consa­crer au pro­jet bé­bé. De même, la peur de perdre une cer­taine li­ber­té peut être pré­sente. Évi­dem­ment, les soi­rées au ci­né­ma, les voyages dé­ci­dés à la der­nière minute et les wee­kends de ski se­ront plus rares, et cette adap­ta­tion peut être plus dif­fi­cile pour cer­taines per­sonnes de na­ture plus no­made et spon­ta­née.

C’est à cha­cun de dé­ter­mi­ner l’im­por­tance de la vie pro­fes­sion­nelle et la li­ber­té qu’offre une vie sans en­fants. Bien sûr, l’âge des par­te­naires au­ra aus­si un im­pact consi­dé­rable sur ces réflexions. Par exemple, il est lé­gi­time, pour un couple dans la jeune ving­taine, de vou­loir s’éta­blir pro­fes­sion­nel­le­ment avant de fon­der une fa­mille, et ce, même si les deux par­te­naires dé­si­rent de­ve­nir pa­rents à plus ou moins long terme. Il im­porte de ne pas confondre le dé­sir de pro­fi­ter de sa jeu­nesse avec le re­fus de de­ve­nir pa­rent. Après tout, les jeunes adultes sont de plus en plus nom­breux à com­plé­ter des

études uni­ver­si­taires de pre­mier ou de deuxième cycle. Il est nor­mal qu’après au­tant d’an­nées d’ef­forts et d’études, on sou­haite mi­ser sur sa car­rière du­rant quelques temps.

Ce­pen­dant, à un cer­tain mo­ment, il faut se de­man­der à quel point le pro­jet de fon­der une fa­mille est es­sen­tiel à notre plan de vie. En ef­fet, si l’on at­tend de trou­ver le mo­ment idéal, ce­lui où l’ar­ri­vée de bé­bé ne cham­bou­le­ra pas notre vie, il y a fort à pa­rier que les en­fants n’ar­ri­ve­ront ja­mais. Si cer­tains mo­ments peuvent être plus pro­pices à l’ar­ri­vée d’un nou­veau membre de la fa­mille, il faut, dans tous les cas, faire le grand saut. L’ar­ri­vée d’un bé­bé se­ra source de nombre de chan­ge­ments dans votre vie, mais le meilleur mo­ment pour de­ve­nir pa­rent est sans contre­dit le mo­ment où vous sen­ti­rez que, émo­tion­nel­le­ment, vous êtes prêts à faire pas­ser ce pe­tit être en pre­mier.

Ka­rine, 32 ans, en couple avec Xa­vier, 33 ans

« J’ai tou­jours vou­lu des en­fants et je vou­lais les avoir as­sez jeune pour qu’ils aient une ma­man en forme le plus long­temps pos­sible. Avec les études, les pos­si­bi­li­tés d’avan­ce­ment et de pro­mo­tions au tra­vail, les rai­sons ont été nom­breuses de re­mettre ce pro­jet à plus tard. Tou­jours juste de quelques mois, mais après trois ans, j’ai réa­li­sé que le temps fi­lait vite. Mon chum, lui était prêt. Ça l’a été à moi de com­prendre que la vie ne s’ar­rête ja­mais. Si on at­tend le mo­ment où on peut s’ar­rê­ter un an pour avoir un en­fant sans ne rien man­quer, on n’en au­ra ja­mais. J’ai fi­na­le­ment don­né le GO à mon chum il y a près de deux ans et nous vi­vons main­te­nant avec notre pe­tit Théo qui a quatre mois. Oui, j’ai man­qué des op­por­tu­ni­tés au tra­vail du­rant mon congé, mais en consta­tant le bon­heur d’être ma­man au quo­ti­dien, je ne peux même pas conce­voir que je me sois blo­quée pour si peu du­rant des an­nées ! »

LA PEUR DE NE PAS ÊTRE À LA HAU­TEUR Da­vid, 34 ans, en couple avec Léa, 31 ans

« J’ai deux frères et deux soeurs. Pour moi, la fa­mille c’est très im­por­tant et j’ai tou­jours su que j’au­rais des en­fants... idéa­le­ment plus de trois! Comme j’ai fait un cours au cé­gep, il y a dé­jà plu­sieurs an­nées que je suis en­tré sur le mar­ché du tra­vail et j’ai une car­rière stable. Il y a deux ans, j’ai réa­li­sé que c’était le temps pour moi de de­ve­nir pa­pa. J’étais en couple avec Léa de­puis cinq ans dé­jà et je n’avais au­cun doute qu’elle fe­rait une mère ex­tra. J’ai cru qu’elle bla­guait quand elle m’a dit qu’elle n’était plus cer­taine de vou­loir des en­fants. Après de nom­breuses dis­cus­sions – et quelques dis­putes! – j’ai com­pris que, pour elle, c’était la crainte de ne pas être à la hau­teur qui blo­quait son dé­sir de de­ve­nir ma­man. Elle n’a pas eu une en­fance fa­cile comme la mienne et sa vi­sion de la fa­mille est dif­fé­rente. C’est à moi de l’ai­der à pas­ser par-des­sus ses craintes. Dans un couple, avoir un en­fant, c’est un des pro­jets pour les­quels les deux par­te­naires doivent être prêts et au dia­pa­son. Alors je res­pecte le rythme de Léa et ses craintes. Pour moi, ça va de soi. »

On l’en­tend sou­vent de la bouche de pa­rents d’un ou plu­sieurs en­fants : être pa­rent, c’est le rôle d’une vie. Gé­né­ra­le­ment plus im­por­tant que la car­rière, ce rôle ne vient tou­te­fois pas avec un mode d’em­ploi. Bien en­ten­du, une pléiade de livres sur la ques­tion ha­bille les ta­blettes des li­brai­ries. Du guide nu­tri­tion­nel pour bé­bé de 0 à 2 ans au bou­quin sur la psy­cho­lo­gie de l’ado­les­cent en pas­sant par le ré­per­toire des troubles d’ap­pren­tis­sage, les livres sur le dé­ve­lop­pe­ment du lan­gage et les guide de sur­vie des nou­veaux pa­rents .... les titres sont in­nom­brables! Mais après avoir lu com­bien de ces livres lus peut-on consi­dé­rer qu’un pa­rent a ter­mi­né son ap­pren­tis­sage? Évi­dem­ment, im­pos­sible de ré­pondre à cette ques­tion. Après tout, ce­la se­rait bien trop simple.

Alors que, de par leur per­son­na­li­té fon­ceuse, cer­tains fu­turs pa­rents se lan­ce­ront dans l’aven­ture de la vie de fa­mille tête pre­mière en en­vi­sa­geant la vie au jour le jour, d’autres se­ront as­saillis par les doutes et les in­quié­tudes. Bien qu’il soit tout à fait pos­sible de ne tout sim­ple­ment pas vou­loir d’en­fants, il ar­rive aus­si sou­vent que der­rière ce re­fus de de­ve­nir ma­man ou pa­pa se cache la crainte de ne pas être à la hau­teur de la tâche. Ce­la s’ob­serve sou­vent chez les hommes ou femmes is­sus de fa­milles peu nom­breuses ou en­fants unique. En ef­fet, comme ceux-ci n’ont pas au­tant en contact avec des pou­pons ou de jeunes en­fants que ceux nés dans une fa­mille de trois ou quatre en­fants, l’idée de de­ve­nir pa­rent peut faire peur parce qu’elle de­meure re­la­ti­ve­ment abs­traite. Un contact fré­quent avec des en­fants de l’en­tou­rage et des dis­cus­sions et des ren­contres avec des amis ou membres de la fa­mille qui sont dé­jà pa­rents sau­ront, de ma­nière gé­né­rale, rendre cette idée plus concrète et apai­ser les craintes des fu­turs pa­rents. Les meilleurs con­seils? Se lais­ser du temps et écou­ter et ac­cep­ter les craintes de son conjoint. M&M

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