Com­ment ac­cueillir une gros­sesse après une fausse couche

Après une fausse couche

Maman & Moi - - Sommaire - Par Sa­rah Rioux

Alors que l’an­nonce d’une gros­sesse se veut un évé­ne­ment heu­reux et por­teur de joie et de pro­jets pour les fu­turs pa­rents, cer­taines cir­cons­tances peuvent por­ter om­brage sur ce mo­ment de bon­heur. La perte d’un en­fant, une gros­sesse pré­cé­dente par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile ou la crainte d’une ma­la­die chez l’en­fant à naître peut, entre autres, rendre la gros­sesse et les sen­ti­ments gé­né­rés par celle-ci plus dif­fi­ciles à por­ter. Dans le même ordre d’idées, une gros­sesse qui suit une, voire plu­sieurs, fausses couches, s’avère aus­si sou­vent plus dif­fi­cile.

Ma­rine, en­ceinte de sept mois et de­mi «Je suis en­trée sur le mar­ché du tra­vail ra­pi­de­ment après mes études col­lé­giales et j’ai eu la chance de dé­cro­cher un poste stable, tout comme mon conjoint, ren­con­tré au cé­gep. Nous avons donc pris la dé­ci­sion d’avoir des en­fants as­sez jeunes. Mais tout ne s’est pas dé­rou­lé comme nous le sou­hai­tions, loin de là! Entre l’âge de 22 et 25 ans, j’ai eu la chance de tom­ber en­ceinte quatre fois, mais cha­cune de ces gros­sesses s’est ter­mi­née dans les larmes, ré­sul­tat de fausses couches. J’ai per­du mes quatre bé­bés as­sez tôt du­rant la gros­sesse; je n’ai ja­mais dé­pas­sé le cap des deux mois de gros­sesse. Après ces évé­ne­ments éprou­vants, je ne vou­lais

rien en­tendre de l’idée de tom­ber en­ceinte de nou­veau. Chaque fois, ça avait été trop dou­lou­reux et je ne pou­vais même plus ima­gi­ner être ca­pable, en tant que femme, de me­ner une gros­sesse à terme. Il m’a fal­lu un peu plus de deux ans avant de vou­loir de nou­veau avoir un en­fant. Je suis bel et bien tom­bée en­ceinte, pour une cin­quième fois, et j’ai at­ten­du que les deux pre­miers mois, cri­tiques dans mon cas, soient pas­sés pour an­non­cer la nou­velle. Je croyais que je pen­se­rais tout le temps à mes gros­sesses pré­cé­dentes, mais main­te­nant, je ne pense qu’à mon en­fant qui ar­ri­ve­ra bien­tôt. Il est le seul qui au­ra eu le temps de gran­dir et de bien se dé­ve­lop­per dans mon ventre, et, pour moi, en ce mo­ment, c’est tout ce qui im­porte! Ce bé­bé pour­ra dire qu’il a été sou­hai­té et at­ten­du. Ce se­ra notre bé­bé mi­racle.»

UN DEUIL OBLI­GÉ MAIS PAS TOU­JOURS CONSI­DÉ­RÉ

Lors de la perte d’un en­fant ou d’un autre être cher, ou en­core si l’on se trouve at­teint d’une ma­la­die grave, on ob­serve gé­né­ra­le­ment un grand élan de so­li­da­ri­té et de sou­tien dans l’en­tou­rage de la per­sonne concer­née. Est-ce à dire qu’une fausse couche touche moins les gens qui en­tourent les pa­rents qui vivent ce deuil? Sans doute pas. Seule­ment, puisque nombre de fausses couches se pro­duisent en tout dé­but de gros­sesse et que, dans bien des cas, les fu­turs pa­rents at­ten­daient d’avoir pas­sé le cap des trois mois pour an­non­cer la ve­nue de bé­bé à la fa­mille et aux proches. Ce­la peut donc s’avé­rer dif­fi­cile dans le cas où la gros­sesse n’avait pas en­core été pu­bli­ci­sée. La dou­leur de l’évé­ne­ment est donc sou­vent tas­sée de cô­té pour le couple, plus en­core pour la mère qui ne trouve pas le moyen d’en par­ler au­tour d’elle.

Tou­te­fois, le fait d’en par­ler, même si ce n’est qu’à quelques proches, per­met d’ob­te­nir un sou­tien et un sen­ti­ment de ne pas être seule dans cette épreuve. Nombre d’études dé­montrent qu’une fausse couche laisse un sen­ti­ment de vide, comme si la gros­sesse en­ta­mée n’était qu’un rêve qui ne pren­drait ja­mais forme.

Ca­ro­lan, ma­man de San­drine et Lio­nel

«J’ai vé­cu deux fausses couches au dé­but de ma tren­taine. On sous-es­time sou­vent l’im­pact de cette épreuve sur les femmes qui doivent les sur­mon­ter. On parle, et avec rai­son, des femmes qui perdent des en­fants... mais les fausses couches passent trop sou­vent pour de “tristes ac­ci­dents de la na­ture”. On se dit que l’en­fant per­du n’étant pas en­core né, que ce der­nier n’exis­tait pas en­core. Mais pour la fu­ture ma­man, le bé­bé per­du était dé­jà bien réel. J’ai fait une dé­pres­sion après ma se­conde fausse couche et c’est un ac­ci­dent, une pi­lule contra­cep­tive ou­bliée qui a fait en sorte que je tombe en­ceinte une nou­velle fois. Je ne vou­lais pas y croire, j’avais tel­le­ment peur de re­vivre ce cau­che­mar! Mais San­drine s’est ac­cro­chée. Et elle m’a don­né en­vie d’y croire en­core, ce qui nous a don­né le cou­rage d’es­sayer une nou­velle fois... et de don­ner à San­drine un pe­tit frère bien en san­té. Ces pertes que j’ai si long­temps per­çues comme des échecs per­son­nels sont der­rière moi main­te­nant et, même si j’y pense en­core, j’ai réus­si à faire le deuil de ces deux gros­sesses pour lais­ser toute la place aux deux en­fants bien en san­té qui rem­plissent mon quo­ti­dien.»

VIVRE L’ÉPREUVE UN JOUR À LA FOIS

Un deuil, par dé­fi­ni­tion, de­meure un mo­ment dif­fi­cile à tra­ver­ser; ce­pen­dant, cer­tains trucs peuvent vous per­mettre de mieux sur­mon­ter cette épreuve. Ac­cor­dez-vous le droit de pleu­rer, de prendre le temps de vivre votre peine. Au contraire, la re­pous­ser et re­tom­ber dans votre rou­tine en vou­lant à tout prix faire comme si de rien n’était ne vous ai­de­ra pas. Une peine, ça ne dis­pa­rait pas; si vous ne la vi­vez pas lors­qu’elle se pré­sente, elle re­fe­ra sans doute sur­face plus tard. Ne di­mi­nuez pas votre peine et l’épreuve qui vous est im­po­sée. L’idée n’est pas d’en faire le su­jet de toutes vos dis­cus­sions, mais de choi­sir les bonnes per­sonnes, votre conjoint, une amie, votre mère, pour en dis­cu­ter et vous sen­tir épau­lée. Vous avez le droit d’être ébran­lée et vous de­vez vous ac­cor­der le temps de vous re­mettre. Si vous en res­sen­tez le be­soin, il peut être avi­sé de consul­ter un psy­cho­logue ou toute autre per­sonne res­source qui sau­ra vous ai­der.

TOM­BER OU NE PAS RE­TOM­BER EN­CEINTE RA­PI­DE­MENT?

Il peut s’avé­rer ten­tant de tom­ber en­ceinte de nou­veau le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Mais est-ce réel­le­ment une bonne idée? Bien en­ten­du, se­lon le stade de la gros­sesse au­quel vous en étiez lors de votre fausse couche et la cause iden­ti­fiée de celle-ci, s’il en est une, votre mé­de­cin pour­ra sans doute vous éclai­rer sur le mo­ment où vous pour­rez de nou­veau ten­ter de tom­ber en­ceinte. Règle gé­né­rale, il ne faut at­tendre que le retour des règles afin que votre corps soit de nou­veau prêt à ac­cueillir un em­bryon. Il est tou­te­fois pos­sible, comme c’est aus­si le cas suite à un ac­cou­che­ment, que la mu­queuse uté­rine ne soit pas prête à re­ce­voir l’oeuf, ce qui pour­rait mal­heu­reu­se­ment en­traî­ner une nou­velle fausse couche. En ce sens, une at­tente de quelques mois peut s’avé­rer une meilleure idée pour maxi­mi­ser vos chances d’avoir une gros­sesse sans sou­cis. Dans le même ordre d’idées, même si au­cune contrin­di­ca­tion claire vous em­pêche de tom­ber en­ceinte si­tôt vos règles re­ve­nues, il est plus sage de vous ac­cor­der un peu de re­pos avant de vous lan­cer de nou­veau. En ef­fet, une fausse couche peut s’avé­rer fort éprou­vante pour le corps et le stress qu’elle oc­ca­sionne peut en­gen­drer des pro­blèmes de som­meil. Il im­porte donc de res­pec­ter votre rythme et de vous lais­ser le temps de re­prendre le des­sus, de re­faire vos ré­serves d’éner­gies. Psy­cho­lo­gi­que­ment, cer­taines femmes se re­met­tront plus ra­pi­de­ment de ce dou­lou­reux évé­ne­ment qu’est la fausse couche, alors que, pour d’autres, le che­min se­ra plus dif­fi­cile. Il ar­rive que cer­taines femmes se sentent stop­pées dans leur dé­sir de de­ve­nir ma­man et d’être en­ceinte de nou­veau. For­cer les choses à ce stade ne ser­vi­ra à rien, at­ten­dez d’être prête. L’im­por­tant est d’être en me­sure d’abor­der cette nou­velle gros­sesse de ma­nière se­reine. M&M

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