WOULD: PLON­GER AU COEUR DE TOUS LES POS­SIBLES

Nord Info - - LA UNE - CLAUDE DES­JAR­DINS

Mé­di­ta­tion sur la po­ten­tia­li­té, la pos­si­bi­li­té, l’uto­pie et la ma­nie que nous avons de nous pro­je­ter dans l’ave­nir en nous ac­com­mo­dant du main­te­nant, voi­là comment se pré­sente

une cho­ré­gra­phie de Mé­la­nie De­mers à l’af­fiche du Théâtre Lio­nelG­roulx, le mer­cre­di 12 oc­tobre.

«C’est pro­ba­ble­ment la plus op­ti­miste de toutes mes créa­tions», ex­prime l’ar­tiste à propos de cet opus qui a re­çu le Prix du CALQ pour la meilleure oeuvre cho­ré­gra­phique, dans le cadre des Prix de la danse de Mon­tréal 2015.

LE DÉ­BUT… OU LA FIN

Pen­dant en­vi­ron une heure, deux dan­seurs, Marc Boi­vin et Kate Hol­den, oc­cupent la scène, in­car­nant des per­son­nages en­ga­gés dans une re­la­tion in­tense et sen­suelle, dans l’acte du vivre en­semble et de l’in­ven­tion, ou plu­tôt la pro­jec­tion de ce qui les at­tend. Le tout se dé­roule dans un es­pace, un lieu non dé­fi­ni, qui pour­rait re­pré­sen­ter la fin d’un monde ou le dé­but d’un autre (Adam et Ève ou les der­niers sur­vi­vants). Peu d’ac­ces­soires, éga­le­ment, des cos­tumes très sobres, pour lais­ser toute la place à la re­la­tion. «Je ne cho­ré­gra­phie pas des mou­ve­ments, mais des re­la­tions», sou­ligne d’ailleurs Mé­la­nie De­mers, qui énu­mère alors les jeux de pou­voir, de do­mi­na­tion, de sup­port et d’an­ta­go­nisme.

«Peu im­porte les thèmes que j’aborde, pour­suit-elle, qu’ils soient uni­ver­sels, in­tem­po­rels ou an­crés dans l’ac­tua­li­té, l’im­por­tant de­meure tou­jours la phy­si­ca­li­té. Il faut qu’on puisse ex­pri­mer ces thèmes par la chair, les os et la sueur», in­dique la cho­ré­graphe pour qui l’art n’a de sens que par sa por­tée politique et sa ca­pa­ci­té à sus­ci­ter la ré­flexion.

UNE OEUVRE HÉ­TÉ­RO­GÈNE

On pré­sente la chose comme un élé­ment par­ti­cu­lier, les in­ter­prètes Boi­vin (la cin­quan­taine) et Hol­den ne sont plus de la toute pre­mière jeu­nesse, ce qui n’en­lève rien à leurs qua­li­tés ath­lé­tiques, d’une part, et n’est pas, d’autre part, étran­ger à la signature de la cho­ré­graphe. «J’aime avoir des dis­tri­bu­tions hé­té­ro­gènes, avec des cas­tings ou­verts sur la cou­leur, la culture, la langue, l’âge, les types de corps. Tout ça fait par­tie de mon oeuvre et dans Would, même si ce sont les in­ter­prètes qui m’ont d’abord ap­pro­chée, on re­trouve ça aus­si», dit-elle.

LES FORMES BÂTARDES

Autre par­ti­cu­la­ri­té, Mé­la­nie De­mers a étu­dié la danse, bien sûr, mais aus­si la lit­té­ra­ture et le théâtre, au­tant de formes d’ex­pres­sion qui teintent sa pro­duc­tion et contri­buent à for­ger sa signature. «Tout passe par le corps, bien sûr, mais j’aime uti­li­ser tous les moyens à ma dis­po­si­tion pour faire en sorte que toutes les forces vives et les in­tui­tions convergent. J’adore les mots, ils font tou­jours par­tie de mon oeuvre, mais ils sont uti­li­sés de fa­çon mu­si­cale. J’adore la mu­sique, sur­tout pour le rythme. J’aime uti­li­ser un mé­dium et son contraire. J’aime la danse et j’y re­cherche son cô­té cru, l’épui­se­ment qu’elle amène et la sen­sa­tion qu’elle te donne d’être vi­vant. J’aime les formes bâtardes», glisse-t-elle, ce der­nier mot en­glo­bant tout le reste.

JUS­QU’À L’ÉLÉ­VA­TION

Elle aime aus­si que la danse se mette au ser­vice de l’in­tel­li­gence. «Il faut que la danse ait un sens. Qu’elle nous per­mette, en pas­sant par le geste, de nous éle­ver un peu. Je ne dis pas que ça ar­rive à chaque fois, mais c’est mon dé­sir», dit-elle, tout en ne re­niant pas cette pré­oc­cu­pa­tion qu’elle a de faire aus­si de ses cho­ré­gra­phies, des ob­jets es­thé­tiques.

«Le fond et la forme, pour moi, doivent se tres­ser pour don­ner un ob­jet scé­nique sub­stan­tiel. Le conte­nant et le conte­nu doivent être in­trin­sè­que­ment liés», de dire celle qui in­vite le pu­blic à vivre cette élé­va­tion en forme de ca­thar­sis, le 12 oc­tobre au Théâtre Lio­nel-Groulx. In­for­ma­tion: [www.odys­cene.com].

Photo Sabrina Reeves

Mé­la­nie De­mers, cho­ré­graphe et di­rec­trice ar­tis­tique de la com­pa­gnie May­day.

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