HEU­REUX COMME UN CHAN­TEUR SUR SCÈNE

Nord Info - - LA UNE - CLAUDE DES­JAR­DINS

a peut sem­bler étrange, mais le plai­sir de la scène était une no­tion pra­ti­que­ment in­con­nue pour l’au­teur­com­po­si­teur-in­ter­prète Jacques Mi­chel, qui l’a vé­ri­ta­ble­ment goû­té pour la pre­mière fois à l’âge de 73 ans. C’était il y a deux ans, au Fes­ti­val des gui­tares du monde de l’Abi­ti­bi-Té­mis­ca­mingue (sa ré­gion na­tale), où on l’avait in­vi­té à chan­ter trois chan­sons, lui qui s’était re­ti­ré de­puis 30 ans et dont la der­nière ap­pa­ri­tion pu­blique da­tait de 2004, aux Fran­coFo­lies.

«Je ne sais pas trop ce qui s’est pas­sé, mais dès la pre­mière chan­son, après deux ou trois phrases, j’avais l’im­pres­sion de lé­vi­ter», ra­conte ce­lui qui, au­pa­ra­vant, avait tou­jours abor­dé cette fa­cette du mé­tier comme un bou­lot ou quelque chose d’ex­trê­me­ment sé­rieux. «Je m’oc­cu­pais de tout, pour­suit-il. Je por­tais tous les cha­peaux, je né­go­ciais les ca­chets des mu­si­ciens, je louais le trans­port, je m’oc­cu­pais de la tech­nique. Plein de choses m’ac­ca­pa­raient. Par ailleurs, je n’avais pas at­teint la sé­ré­ni­té que j’ai at­teinte avec les an­nées. Dé­sor­mais, je ne monte plus sur scène pour ga­gner ma vie, mais pour le plai­sir de chan­ter et faire plai­sir à ceux qui sont dans la salle.»

UN NOU­VEAU JOUR

Son che­min de Da­mas, peut-être l’a-til trou­vé dans la com­pli­ci­té qui s’était aus­si­tôt ins­tal­lée avec le pu­blic, mais sur­tout avec ses mu­si­ciens, les gui­ta­ristes Yves et Mar­co Sa­vard, avec qui il est vite en­tré en stu­dio pour bou­cler l’al­bum Un nou­veau jour, fait de re­prises de ses grands suc­cès en ver­sion acous­tique. Une tour­née sui­vrait, qui pas­se­ra par le Ca­ba­ret BMO SteT­hé­rèse, le sa­me­di 12 no­vembre. «C’est im­por­tant, la com­pli­ci­té entre mu­si­ciens», glisse-t-il, avant d’éla­bo­rer sur cette mou­ture épu­rée de ses chan­sons qui, à l’époque, jouis­saient d’une or­ches­tra­tion tout de même consis­tante.

«D’abord, c’est beau­coup plus mu­si­cal. Et comme je ne suis plus obli­gé de crier mes textes, j’ai ap­pris à les chan­ter. Avant, j’étais un in­ter­prète. Main­te­nant, je chante mes textes. Ça fait une sa­prée dif­fé­rence», di­til, ajou­tant que l’ac­com­pa­gne­ment mu­si­cal sert dé­sor­mais à mettre les chan­sons en va­leur.

On ne perd donc ja­mais le texte, qui se trouve tou­jours por­té par une voix qui n’a pas pris une seule ride, sa­chez-le: «À 75 ans, je chante en­core Pas be­soin de frap­per en al­lant cher­cher le sol, en haut, comme je le fai­sais à 31 ans. Mon timbre de voix n’a pas chan­gé et, ça non plus, je ne peux pas l’ex­pli­quer. Ça a peut-être quelque chose à voir avec l’éner­gie et le feu qu’on porte en soi, à la nais­sance. Je n’ai au­cun mé­rite. Je l’ai, ce talent, et j’en suis re­con­nais­sant. À moi de le mettre à pro­fit du mieux que je peux.»

LE TRA­VAIL ET LA RI­GUEUR

On ne le dit pas as­sez sou­vent, Jacques Mi­chel est aus­si un grand au­teur qui a écrit des chan­sons par­mi les plus belles du ré­per­toire qué­bé­cois. Nombre d’entre elles vont as­su­ré­ment nous sur­vivre. Pas be­soin de les nom­mer. Vous les connais­sez. Des hymnes à la li­ber­té, à la to­lé­rance, des chan­sons d’es­poir et des ma­ni­festes qui ont tou­jours la même por­tée so­ciale et po­li­tique. Lui ar­rive-t-il par­fois de se pin­cer?

«Oui! re­con­naît-il, un clin d’oeil dans la voix. En pré­pa­rant la tour­née, j’ai dû re­vi­si­ter mon ré­per­toire et je suis tom­bé sur des chan­sons da­tant, par exemple, de 1970, en me de­man­dant comment j’avais pu les écrire. Ça non plus, je n’ar­rive pas à l’ex­pli­quer. La seule chose que je sais, en fait, c’est que j’ai beau­coup de ri­gueur. Je suis un per­fec­tion­niste et je tra­vaille beau­coup.» Au point, parce que cette tour­née le lui per­met, d’en re­tra­vailler quelques-unes quand une tour­nure lui pa­raît mal­adroite.

DÉ­SOR­MAIS LE PLAI­SIR

Et ce cô­té mi­li­tant ou de ci­toyen sen­si­bi­li­sé, dont nous par­lions plus haut, il le doit à son grand-père ma­ter­nel, Jo­seph Cliche: «Il li­sait L’Ac­tion ca­tho­lique et il com­men­tait tout. Moi, j’étais un pe­tit gars, j’étais as­sis par terre et je l’écou­tais. Je lui dois mon im­pli­ca­tion so­ciale et po­li­tique.»

Et peut-être un bout des ex­cel­lentes chan­sons qu’il a écrites tout au long de sa car­rière et qu’il vous ser­vi­ra avec plai­sir, le sa­me­di 12 no­vembre à Sainte-Thé­rèse. «Main­te­nant, quand le spectacle com­mence, que les gens sont là, c’est comme être en fa­mille», lance-t-il en guise d’in­vi­ta­tion.

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