Consa­crer sa vie au ser­vice de l’être ai­mé

Nouvelles Hochelaga-Maisonneuve - - LA UNE - NI­CO­LAS LEDAIN ni­co­las.ledain@tc.tc

le cadre de la se­maine na­tio­nale des proches ai­dants, Les Nou­velles a ren­con­tré Ri­ta Tétreault, une ré­si­dente de Ho­che­la­ga qui s’oc­cupe au quo­ti­dien de son ma­ri Mi­chel, at­teint de la ma­la­die d’Alz­hei­mer de­puis cinq ans.

Pen­chée au-des­sus de Mi­chel, Ri­ta lui verse quelques gouttes dans son oeil gauche pour con­trer la pro­gres­sion d’un glau­come. Le geste à ré­pé­ter cinq fois par jour peut pa­raître ano­din, mais pour cette re­trai­tée proche ai­dante, il re­vêt tou­jours un ca­rac­tère in­édit.

« Je dois lui ré­ex­pli­quer à chaque fois, parce qu’il ne se rap­pelle ja­mais. Cette fois-ci ça al­lait, mais par­fois il est agi­té », ex­plique-t-elle.

De­puis que l’Alz­hei­mer a été diag­nos­ti­qué il y a cinq ans, Ri­ta, 79 ans, se consacre à plein temps à son ma­ri pour lui per­mettre de res­ter le plus long­temps pos­sible à leur do­mi­cile. Mais la pro­gres­sion de la ma­la­die est inexo­rable et chaque stade re­quiert une adap­ta­tion dé­li­cate.

«Il est de plus en plus per­du. Avant son ob­ses­sion était tou­jours de par­tir et main­te­nant, il a be­soin que je m’oc­cupe de lui. Il a aus­si un pro­blème com­pul­sif et à me­sure que l’Alz­hei­mer avance, il re­cule dans le temps. En ce mo­ment, il est ren­du à une étape où il était plus jeune et la pa­pe­rasse l’oc­cupe, mais il n’y a rien de lo­gique », dé­taille la re­trai­tée.

Si elle est au­jourd’hui à l’aise avec son rôle de proche ai­dante, Ri­ta a eu des dif­fi­cul­tés à ap­pré­hen­der la ma­la­die au dé­part. Elle s’est alors tour­née vers la So­cié­té Alz­hei­mer qui l’a orien­tée vers l’or­ga­nisme Le Temps d’une pause. Là-bas, elle a bé­né­fi­cié de conseils de spé­cia­listes et de for­ma­tions sur l’Alz­hei­mer.

« J’ai eu des mo­ments durs parce que j’étais fa­ti­guée et l’ac­cep­ta­tion de la ma­la­die est dif­fi­cile. Je suis une per­sonne douce et calme, mais à un mo­ment il y avait un trop-plein, se sou­vient Ri­ta. Je conseille d’al­ler cher­cher de l’aide. »

Mi­chel né­ces­site dé­sor­mais une pré­sence 24 h/24 au do­mi­cile, alors pour souf­fler du­rant la se­maine, Ri­ta pro­fite des ser­vices du Temps d’une pause, qui pro­pose une halte ré­pit le sa­me­di après-mi­di du­rant la­quelle les per­sonnes ma­lades sont prises en charge par des in­ter­ve­nants. Grâce au sys­tème de chèque em­ploi-ser­vice, l’un des tra­vailleurs de l’or­ga­nisme vient aus­si une jour­née par se­maine pen­dant

6h pour s’oc­cu­per de Mi­chel.

« Ils ont été des sau­veurs pour moi. Ils ne font pas juste du gar­dien­nage, les in­ter­ve­nants sont des per­sonnes qua­li­fiées. Tu te sens en sé­cu­ri­té avec eux. Ce­la m’a don­né un sur­saut pour conti­nuer », té­moigne Ri­ta.

«On ar­rive à un mo­ment où les proches ai­dants se re­trouvent à ac­com­pa­gner quel­qu’un qui est à un stade avan­cé. Notre ob­jec­tif est de pré­ve­nir l’épui­se­ment pour res­pec­ter ce choix de main­tien à do­mi­cile. Le ré­pit est sou­vent le pre­mier be­soin », ajoute Sa­rah Guigues, co­or­don­na­trice du pro­gramme de sou­tien pour Le Temps d’une pause.

Même si Ri­ta re­con­naît qu’elle a mis ses be­soins de cô­té pour se consa­crer à son ma­ri, elle ne re­grette pas d’être une proche ai­dante.

« C’est comme avec un en­fant, ce sont ses be­soins qui passent en pre­mier, mais j’ai ça dans ma na­ture. J’ai été mas­so­thé­ra­peute, donc ma ten­dance c’est de prendre soin. Ce­la fait 53 ans que nous sommes en­semble, dans la vie il y a des hauts et des bas, mais on s’ha­bi­tue à beau­coup de choses», confie la sep­tua­gé­naire.

SE­MAINE DES PROCHES AI­DANTS

Dans le cadre de la se­maine na­tio­nale des proches ai­dants, plu­sieurs ac­ti­vi­tés ont été or­ga­ni­sées à Mon­tréal pour sa­luer l’in­ves­tis­se­ment per­son­nel et l’al­truisme de ces per­sonnes.

Le point d’orgue était le 11 no­vembre au CHSLD Élo­ria-Le­page avec la jour­née «Vous êtes im­por­tants», or­ga­ni­sée par l’or­ga­nisme Le Temps d’une pause.

«Il nous pa­raît in­dis­pen­sable de sou­li­gner le tra­vail fon­da­men­tal des proches ai­dants qui sont des pi­liers pour le main­tien à do­mi­cile. Les gou­ver­ne­ments se tournent de plus en plus vers eux et ce sont les meilleurs dé­co­deurs pour avoir des re­la­tions avec les per­sonnes at­teintes», sa­lue Sa­rah Guigues, membre de l’or­ga­nisme. Le Temps d’une pause vient en aide à plus de 500 proches ai­dants de l’est et du nord de Mon­tréal.

POR­TRAIT.Dans Ça prend beau­coup d’amour pour faire ce­la. Je ne parle pas seule­ment d’être en amour, ça prend de l’amour in­con­di­tion­nel.»

Ri­ta Tétreault, proche ai­dante. Une jour­née pour ceux qui aident

(Pho­to TC Media — Ni­co­las Ledain)

Ri­ta s’oc­cupe de son ma­ri Mi­chel, 78 ans, at­teint d’Alz­hei­mer de­puis cinq ans.

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