Re­pen­ser les écoles de de­main pour sor­tir de la crise

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Q Pour­quoi vous êtes-vous en­ga­gé à re­pen­ser nos éta­blis­se­ments?

R Mes pre­mières mo­ti­va­tions pour écrire ce livre, ce sont mes filles, nées du­rant le pro­ces­sus d’écri­ture. Quand je voyais les écoles du Qué­bec, je me di­sais qu’il n’était pas ques­tion que mes en­fants aillent dans des écoles comme ça. Je veux qu’elles soient sti­mu­lées, qu’elles aiment l’école et qu’elles aient le goût d’y re­tour­ner.

Il faut que l’école de­vienne le centre d’un quar­tier et d’une com­mu­nau­té plu­tôt qu’une dé­cep­tion comme c’est le cas dans tel­le­ment d’éta­blis­se­ments au Qué­bec. On a honte de nos écoles ac­tuel­le­ment.

Je vois la classe que j’ai connue il y a 25 ans et que mes pa­rents ont aus­si connue il y a 45 ans, et je constate qu’au­jourd’hui, la seule dif­fé­rence, c’est le ta­bleau in­ter­ac­tif. Ce n’est pas ça qui en fait une école mo­derne. J’ai eu be­soin d’écrire là-des­sus.

Q Quels sont les dé­fis pour les écoles du Qué­bec dans les pro­chaines an­nées?

R Le gou­ver­ne­ment a an­non­cé des cen­taines de mil­lions de dol­lars d’in­ves­tis­se­ment cette an­née.

On va re­peindre les murs, re­faire les toi­lettes, faire une belle toi­ture… On a donc une école neuve, de l’ex­té­rieur, qui est ba­sée sur un mo­dèle pé­da­go­gique de 1940. Ça n’a au­cun sens! On ne mo­der­nise pas nos écoles de cette fa­çon-là. Il faut être conscient que ça ne se fe­ra pas du jour au len­de­main.

Ça peut prendre deux ou trois dé­cen­nies, chan­ger l’en­semble des écoles. Mais il faut com­men­cer quelque part et in­ves­tir les sommes né­ces­saires. Ça va prendre de la vo­lon­té, du lea­der­ship et de l’ar­gent pour que toutes les écoles se mo­der­nisent.

Q Pour illus­trer la crise qui touche l’école au Qué­bec, on parle sou­vent des écoles pré­fa­bri­quées, des rou­lottes qu’on ins­talle lors­qu’une école est pleine ou en chan­tier. Qu’est-ce que ça re­pré­sente pour vous?

R Les classes mo­du­laires… (Si­lence) C’est le sym­bole de notre né­gli­gence en ma­tière de pla­ni­fi­ca­tion sco­laire. Ce n’est pas nor­mal, on a des re­cen­se­ments, on sait com­bien d’en­fants sont dans les gar­de­ries.

Une ville qui dé­ve­loppe un pro­jet immobilier sait quel type de pro­jet elle dé­ve­loppe. On est cen­sé sa­voir ce qui ar­rive et pla­ni­fier les écoles en consé­quence. J’ai en­ten­du des té­moi­gnages qui disent qu’on a un pro­blème de com­mu­ni­ca­tion in­croyable entre les villes et les com­mis­sions sco­laires. La pla­ni­fi­ca­tion d’école de­vient très dif­fi­cile. On m’a dit que tant qu’une école n’est pas pleine à 100 %, qu’elle n’est pas sur­peu­plée, le mi­nis­tère va être ré­ti­cent à faire l’agran­dis­se­ment. C’est quand c’est trop tard qu’on ac­corde de l’ar­gent pour agran­dir.

« On va re­peindre les murs, re­faire les toi­lettes, faire une belle toi­ture… On a donc une école neuve, de l’ex­té­rieur, qui est ba­sée sur un mo­dèle pé­da­go­gique de 1940. Ça n’a au­cun sens!» Marc-An­dré Ca­ri­gnan

« L’idée, c’est de pen­ser l’école pour voir comment elle peut être le plus flexible pos­sible.» Marc-An­dré Ca­ri­gnan

Q Pour­quoi l’amé­na­ge­ment des écoles est-il si im­por­tant pour les élèves?

R Dans l’équa­tion de la réus­site édu­ca­tive, il doit y avoir l’équa­tion de l’en­vi­ron­ne­ment phy­sique. Avant d’ou­vrir un livre, l’en­fant doit mettre le pied dans l’école.

Si un em­ployé tra­vaille dans un bu­reau sans fe­nêtres, c‘est prou­vé qu’il va avoir un taux d’ab­sen­téisme plus éle­vé, que sa pro­duc­ti­vi­té va être moins éle­vée, parce qu’il n’est pas dans un en­vi­ron­ne­ment sti­mu­lant. Psy­cho­lo­gi­que­ment, ça l’af­fecte. C’est les mêmes prin­cipes pour des en­fants à l’école.

Q Dans votre livre, vous mon­trez l’exemple de l’école pri­maire Mé­dé­ric-Gra­vel à Sa­gue­nay. Elle re­pré­sente par­fai­te­ment le mo­dèle d’école du XXIe siècle que vous dé­fen­dez. Comment cette école a-t-elle fait pour dé­ve­lop­per tous ces pro­jets, alors que la ma­jo­ri­té des écoles peinent à évo­luer?

R Cette école est ex­tra­or­di­naire. Il n’y a au­cune classe avec des pu­pitres or­di­naires: ce sont des îlots pour sub­di­vi­ser les groupes et pour per­mettre d’ef­fec­tuer dif­fé­rents types de tra­vaux dans la même classe et d’en­cou­ra­ger la so­cia­li­sa­tion.

Quand la pré­si­dente de la com­mis­sion sco­laire est ar­ri­vée, elle a fait le tour de ses écoles au com­plet et elle a dit: «Ça n’a au­cun bon sens, il y a des pu­pitres qui ont fait la guerre et des néons au pla­fond avec du tape pour les te­nir.» Elle a mis en place une équipe de ré­flexion, des pé­da­gogues, des pro­fes­seurs. Ils ont fait des re­cherches et ont éva­lué les meilleures pra­tiques.

Ça a coû­té plus cher, oui, mais il faut voir ça sur le long terme et te­nir compte des bé­né­fices pé­da­go­giques pour les en­fants.

Q Les exemples d’écoles mo­dernes et in­no­vantes pro­posent tou­jours un en­vi­ron­ne­ment flexible, qui s’adapte aux élèves et aux si­tua­tions. Est-ce que c’est ça, l’idée cen­trale pour re­pen­ser nos écoles?

R Le mot qui ré­sume le livre, c’est «flexi­bi­li­té». L’idée, c’est de pen­ser l’école pour voir comment elle peut être le plus flexible pos­sible. Quand tu construis une école, le bâ­ti­ment se­ra là pour 75 ans. En 75 ans, tu vas vivre des ré­vo­lu­tions tech­no­lo­giques, des ba­by-booms, dif­fé­rentes réa­li­tés so­cioé­co­no­miques qui vont faire que ton école va être ap­pe­lée à chan­ger de rôle social ou pé­da­go­gique.

Jo­sie Des­ma­rais / Jour­nal Mé­tro

Marc-An­dré Ca­ri­gnan.

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